Val-de-Marne : une «task force» d’informaticiens pour aider les entreprises menacées par la crise

Une cinquantaine de structures ont déjà été conseillées depuis mars par des étudiants d’Epitech, l’école du numérique et de l’informatique au Kremlin-Bicêtre. Elle a décidé de remettre ça, cette fois en priorité auprès des petits commerçants.

 Le Kremlin-Bicêtre. Des élèves d’Epitech l’école de l’informatique et du numérique viennent en aide à des entreprises et structures pour les aider à passer le cap de la digitalisation. Tout se fait à distance.
Le Kremlin-Bicêtre. Des élèves d’Epitech l’école de l’informatique et du numérique viennent en aide à des entreprises et structures pour les aider à passer le cap de la digitalisation. Tout se fait à distance.  Epitech

Au Kremlin-Bicêtre, des étudiants prouvent qu'une « task force » ce ne sont pas seulement des gros costauds en treillis au visage peinturluré avec des armes à la main : ce sont aussi des pros de l'informatique avec un t-shirt siglé « Epitech ». L'école du numérique et de l'informatique fondée dans le Val-de-Marne et qui est aujourd'hui implantée dans 13 villes vient de relancer une proposition née au moment du premier confinement : aider des entreprises et structures à se digitaliser. Partout en France, et gratuitement.

« Quand on a appris qu'on allait tous être confinés ça a été un gros choc et on s'est dit : il faut qu'on se mobilise, raconte le directeur général d'Epitech Emmanuel Carli. Cela faisait déjà 4 ou 5 ans que l'on a les outils pour travailler en remote (à distance, NDLR). On s'est dit qu'on pouvait mettre notre expertise à disposition ». À partir de mars, une cinquantaine de structures, en majorité des entreprises, ont pu être aidées par une centaine d'étudiants répartis sur tout le territoire.

Deuxième confinement, enjeu différent

« Là l'enjeu n'est plus du tout le même, estime Emmanuel Carli, parce qu'il existe désormais une vraie culture du télétravail. Pour cette deuxième étape, c'est la problématique économique en particulier pour les petits commerces qui est prégnante, car tous les commerces non essentiels font face à un risque énorme ». Et en premier lieu, estime l'école, « les TPE-PME, pour qui la digitalisation est complexe à implanter mais demeure nécessaire à la sauvegarde de leur activité ».

Prise en main d'outils liés au télétravail, résolution de problèmes techniques, utilisation d'une plateforme de gestion de projet… « Certains nous disent : je n'ai pas cette culture-là, relate Emmanuel Carli. Ou : je n'ai pas le temps, c'est un deuxième métier ».

Pour preuve, les propositions qui accueillent instantanément ceux qui visitent en ce moment le site de la chambre des métiers et de l'artisanat du Val-de-Marne : « Evaluez votre maturité digitale », « Faites votre autodiagnostic numérique », le tout « en dix minutes » et gratuitement là aussi. Des outils sur lesquels l'école créée au Kremlin-Bicêtre jette un œil comme la plateforme « Clique mon commerce » présentée il y a quelques jours par le ministre de l'Economie Bruno le Maire pour « soutenir les commerces de proximité ».

Une solution proposée dans la semaine

« On reproduit ce que l'on a fait lors du premier confinement parce qu'on sait le faire, résume Emmanuel Carli. Des entreprises nous sollicitent, et nous mobilisons des équipes localement. Les étudiants vont échanger avec les commerçants pour voir quelle est la solution la plus adaptée ». Pas question pour les apprentis informaticiens de développer de nouveaux outils. « Nous essayons de comprendre quels sont les besoins, et nous regardons ce qui existe ». L'équipe d'étudiants établit un diagnostic et propose une solution dans la semaine. Et assure un suivi.

Cette commerçante responsable d'une petite boutique de prêt-à-porter dans le Val-de-Marne hésite justement à se lancer dans la création d'un site Internet pour vendre ses produits. Cela fait plusieurs années qu'elle utilise les réseaux sociaux comme une « vitrine » pour présenter ses nouveautés. « Mais ça ne me sert pas à vendre, seulement à faire venir des clients », précise-t-elle. Sa petite boutique de quartier a essentiellement une clientèle d'habitués. « À notre niveau nous ne sommes pas informatisés, raconte cette gérante. On travaille avec un stock à l'ancienne. On est des épiciers ».

« On est des épiciers »

Elle est consciente que mettre en place de la vente en ligne l'obligerait « à se restructurer », peut-être à devoir embaucher. « On n'aurait pas le temps de gérer ça », balaie-t-elle. Les étudiants d'Epitech peuvent-ils la convaincre du contraire ? Les inscriptions pour cette nouvelle session sont tout juste ouvertes. Emmanuel Carli y voit aussi leur intérêt. « Nous, on les sollicite tous les jours à devenir des experts de l'informatique. Là ils sont confrontés tout de suite à des gens, à la réalité. C'est une manière de lutter contre la fracture numérique et de développer l'entraide ».

Les commerces, entreprises et structures intéressées peuvent envoyer un mail à : [email protected]