Val-de-Marne : un homme de 72 ans jugé pour avoir tenté de poignarder sa compagne devant leur fille

La victime voulait se séparer, mais pas lui. Un différend qui a fini par plusieurs coups de couteau, en 2017 au Kremlin-Bicêtre. «C’est maman qui a poussé papa à bout», avait expliqué le père à son enfant juste après l’agression.

 Tribunal judiciaire de Créteil. L’accusé est jugé aux assises jusqu’à ce jeudi pour tentative de meurtre.
Tribunal judiciaire de Créteil. L’accusé est jugé aux assises jusqu’à ce jeudi pour tentative de meurtre.  LP/Fanny Delporte

Elle lui a proposé un chocolat chaud. Mais ni le cacao ni les mots de réconfort de cette voisine de palier ne l'ont aidée à se calmer. Cette dernière est venue raconter ce mardi à la barre de la cour d'assises du Val-de-Marne comment elle a été la première, en mai 2017, à recueillir Lola (le prénom a été changé), la petite fille d'un couple de voisins.

La maman de Lola est aussi présente en tant que partie civile, près de quatre ans après avoir été poignardée par son ex-compagnon dont elle voulait se séparer. Le père de 72 ans, installé dans le box des accusés, est jugé jusqu'à ce jeudi pour tentative de meurtre pour ces violences envers celle qu'il appelle toujours « ma compagne ». L'association Tremplins 94, qui vient en aide dans le département aux femmes victimes de violences, est partie civile dans ce dossier.

«Je ne veux pas que papa aille en prison», crie la fillette

Il est environ 15 heures ce 21 mai 2017 quand la voisine entend les premiers cris, dans son logement situé au 11e étage d'un immeuble de la rue Gabriel-Péri, au Kremlin-Bicêtre. « J'étais seule à l'appartement, relate-t-elle. J'ai ouvert la porte et j'ai vu Lola qui criait et agitait les bras. Elle répétait : Je ne veux pas que papa aille en prison. »

Le voisin, auquel elle n'a jamais rien dit d'autre que « bonjour, bonsoir », arrive dans la foulée : « Il avait un couteau à la main qu'il a lâché en me voyant. » Le souffle court à la barre, ce témoin raconte avoir tout de suite mis la petite fille, alors âgée de 8 ans, à l'abri. Avant d'entendre à nouveau des cris, d'ouvrir la porte et de se retrouver cette fois nez à nez avec sa maman, « jambes nues, avec des taches de sang sur son tee-shirt blanc ».

Kremlin-Bicêtre. C’est dans cette résidence de la rue Gabriel-Péri que les faits se sont déroulés. GoogleStreetView
Kremlin-Bicêtre. C’est dans cette résidence de la rue Gabriel-Péri que les faits se sont déroulés. GoogleStreetView  

Cette femme, à l'époque âgée de 39 ans, lui demande de prévenir la police. Alors qu'il passe la porte de cette même voisine, le compagnon demande quelque chose à sa fille. Des phrases qui semblent avoir marqué l'ancienne voisine pour longtemps. « Il lui a dit : Lola, papa t'aime, tu as tout vu, tu sais que c'est maman qui a poussé papa à bout. Souviens-t'en lorsque le juge te posera la question, c'est important. »

Quinze jours d'ITT

Ce « différend conjugal », qui vaudra quinze jours d'ITT à la victime blessée de plusieurs coups de couteau, mène les policiers du commissariat du Kremlin-Bicêtre jusqu'à ce 11e étage. La maman, réfugiée dans un autre appartement du même palier, « avait reçu les gestes de premiers secours », se souvient ce policier. L'homme est arrêté sans avoir tenté de prendre la fuite. La petite fille est prise en charge par sa tante.

Les autres locataires de l'immeuble tombent des nues en comprenant ce qui venait d'avoir lieu chez ces voisins décrits comme « gentils » et « calmes », lui en particulier. « Il ramenait sa fille de l'école, il s'en occupait », raconte cette voisine, qui avait fait connaissance avec le couple.

Des «humiliations quotidiennes»

Lola naît deux ans après leur rencontre au sein d'une société en 2006. « Très proches », ils ont vécu un temps en Allemagne avant de s'installer dans ce logement du Kremlin-Bicêtre, un studio de toute évidence bien trop exigu pour eux. « Moi je dormais sur un matelas pliant », explique l'accusé. La victime « dormait sur un futon dans la cuisine ». Les repas ne les rassemblaient pas davantage que les lits. « A un moment, ma compagne avait décidé de prendre ses repas dans la salle de bains », indique l'accusé.

Newsletter L'essentiel du 94
Un tour de l'actualité du Val-de-Marne et de l'IDF
Toutes les newsletters

C'est à la voisine qui les fréquentait que la femme a confié les « humiliations quotidiennes » dont elle dit avoir été la cible, les « menaces de mort » et, dans le même temps son exaspération de voir que cet homme, qui avait été les premières années un compagnon « soutenant » sur le plan moral, « ne participait pas aux charges », lui posait « des problèmes depuis plusieurs années », « dépensait trop d'argent ». Jusqu'à déposer une main courante pour se plaindre du fait qu'il ne payait plus le loyer.