Val-de-Marne : sept ans de prison pour avoir tenté de tuer sa compagne

Cet homme de 72 ans comparaissait devant la cour d’assises pour avoir poignardé à quatre reprises sa victime, dans leur appartement du Kremlin-Bicêtre en mai 2017.

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 Créteil. Ce jeudi soir, la cour d’assises  a condamné  un homme âgé de 72 ans qui avait poignardé à plusieurs reprises sa compagne âgée de 39 ans.
Créteil. Ce jeudi soir, la cour d’assises a condamné un homme âgé de 72 ans qui avait poignardé à plusieurs reprises sa compagne âgée de 39 ans. LP/A.V.

« J'aimerais revoir ma fille avant que mes yeux ne se ferment, bredouille l'accusé, juste avant que la cour d'assises du Val-de-Marne ne se retire pour délibérer, ce jeudi dans la nuit. Papa a essayé de se racheter. »

Trois heures plus tard, vers 23 h 30, le verdict est tombé. L'accusé, âgé de 72 ans, a été condamné à sept ans de prison pour avoir tenté de tuer sa compagne, au 11e étage d'un immeuble de la rue Gabriel-Péri, au Kremlin-Bicêtre, le 21 mai 2017. Une peine qui suit à la lettre les réquisitions de l'avocate générale alors que le père de Lola (le prénom a été modifié), âgée de 8 ans au moment des faits, encourait la réclusion à perpétuité.

«Un climat de violences psychologiques»

« Ce dossier n'est pas l'emblème d'une emprise d'un homme violent envers sa femme », a rappelé la représentante du ministère public lors des réquisitions.

L'avocate Velia Volland qui représentait l'association Tremplins 94 SOS femmes a évoqué, au contraire, « un dossier emblématique ». « On est bien face à une tentative de féminicide, clame l'avocate qui évoque : un climat de violences psychologiques. »

Durant trois jours, la cour s'est penchée sur la vie de ce couple atypique, entre une femme de 39 ans et un homme de trente ans son aîné, au moment des faits, qui vivait dans un petit deux-pièces de 27 mètres carrés avec leur enfant.

L'accusé n'a pas contesté les faits. Il a bien reconnu avoir poignardé à quatre reprises son ancienne compagne dans l'appartement alors que Lola se trouvait dans la pièce d'à côté. Paniquée, la fillette s'était réfugiée chez une voisine en hurlant : « Je ne veux pas que papa aille en prison ».

Un psychiatre parle de pulsion de vie

Quelques secondes plus tard, la victime s'était présentée, jambes nues avec un tee-shirt taché de sang, chez une voisine. Elle s'en était tirée avec 15 jours d'incapacité totale de travail (ITT). Son compagnon avait été interpellé quelques minutes plus tard, sans opposer de résistance.

D'un côté, le père a expliqué les humiliations quotidiennes qu'il subissait, les brimades. « Le psychiatre a évoqué une pulsion de vie, a martelé Me Anne-Hélène Ricaud, l'avocate de l'accusé lors de sa plaidoirie. Il a essayé de reprendre le dessus après des années d'humiliation, de négation de sa personne. »

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Elle est ensuite longuement revenue sur les échanges entre la victime et sa sœur qui démontrent une personnalité plus calculatrice. « Il y a une distorsion entre les faits et la réalité », estime Me Anne-Hélène Ricaud qui revient sur les mains courantes faites auprès des policiers après des menaces, parfois insignifiantes. Dans l'une d'elles, la victime dit : « Il m'a dit que je débloque ! »

Quand en face, la victime qui a témoigné en visioconférence, estime que l'accusé « a tout fait pour la contrôler », l'avocate de l'accusé rappelle qu'elle « partait cinq jours par semaine pour des déplacements professionnels en Angleterre et en France. C'est ça contrôler sa vie ? »

De son côté, la partie civile a évoqué également les « humiliations quotidiennes » et les « menaces de mort » que la victime subissait comme elle l'avait raconté à une voisine.

« C'est un dossier représentatif de la violence verbale réciproque, a rappelé l'avocate générale. Ils n'ont pas su trouver un espace de dialogue. »

Depuis, la victime a refait sa vie avec sa fille au Canada. La cour, qui a tenu compte du fait que l'accusé souffre d'un cancer du foie, ne lui a pas supprimé son autorité parentale. Mais depuis le 21 mai 2017, il n'a plus revu Lola.