Val-de-Marne : primée, cette jeune chercheuse met l’intelligence artificielle au service de l’archéologie

Marie-Morgane Paumard, 28 ans, est lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal - Unesco pour les femmes et la science. Une récompense décernée à l’occasion de la Fête de la science.

 Marie-Morgane Paumard, jeune chercheuse de Saint-Maur-des-Fossés, vient d’être récompensée par la Fondation L’Oréal et l’Unesco, à l’occasion de la Fête de la science.
Marie-Morgane Paumard, jeune chercheuse de Saint-Maur-des-Fossés, vient d’être récompensée par la Fondation L’Oréal et l’Unesco, à l’occasion de la Fête de la science. Fondation L’Oréal

Enfant, elle était capable de vous faire visiter avec passion les salles du Louvre consacrées à l'Égypte. Vingt ans plus tard, le destin l'a ramenée à l'histoire et à l'archéologie. Marie-Morgane Paumard, qui a fait toute sa scolarité à Saint-Maur-des-Fossés, travaille depuis plusieurs années sur l'aide que peuvent apporter les ordinateurs aux archéologues. Sa thèse, sur l'intelligence artificielle et la façon dont elle peut aider à la reconstitution de poteries et autres pièces anciennes, lui vaut même un prix prestigieux. En cette semaine de Fête de la science, Marie-Morgane vient d'être récompensée par la Fondation L'Oréal et l'Unesco. Son prix Jeunes Talents lui permet de toucher 15 000 € pour développer ses idées innovantes.

« Je suis tombée dans l'informatique toute petite, mes deux parents sont informaticiens et mon grand-père travaillait aussi sur les premiers systèmes informatisés », raconte avec passion celle qui a usé ses jeans au collège Pissarro, au lycée D'Arsonval, puis en prépa à Marcelin-Berthelot.

Autodidacte multicartes

À 12 ans, Marie-Morgane programmait déjà seule une machine qu'elle avait assemblée elle-même. « Autodidacte en sciences », comme elle aime se caractériser, elle a toujours cherché à apprendre, se nourrissant de conférences, articles et autres publications. Elle a appris seule le japonais et prend en ce moment des cours de business en ligne auprès de Harvard. Après des années de formation, elle rêve maintenant d'utiliser sa bourse L'Oréal notamment pour acheter une carte graphique haute performance. Il est loin de temps de la naissance de sa passion, et même celui de l'école normale supérieure de Rennes, où elle était la seule femme en informatique.

En plus de son temps passé sur écran, Marie-Morgane Paumard multiplie les activités. Professeur de danses de salon auprès d'étudiants à l'université Jussieu à Paris, elle aime leur donner confiance en eux. « À Saint-Maur j'ai beaucoup bénéficié de projets, de voyages scolaires et extrascolaires, d'associations, ça m'a nourrie, ouvert aux autres, alors je le souhaite à tous », lance la jeune femme éprise de valse et de tango argentin, fiancée avec un expert en neurosciences, rencontré à l'école de Rennes.

Les algorithmes permettent de reconstituer des objets anciens

Dans sa thèse, Marie-Morgane travaille sur des algorithmes « qui permettront de réassembler virtuellement des fragments de monuments et d'objets anciens », vante L'Oréal, qui a apprécié ce projet ambitieux. « Il n'est pas encore applicable, mais on travaille différemment de ce que fait le cerveau humain, qui part des bords ou d'une suite de couleurs pour reconstituer un puzzle, explique la chercheuse. Là, l'ordinateur mémorise des schémas habituels et se base ensuite dessus pour réassembler les pièces, y compris s'il en manque. Les possibilités offertes par l'intelligence artificielle, notamment en médecine, sont formidables. »

Venue grâce à une rencontre à l'archéologie comme sujet de thèse informatique, Marie-Morgane ne sait pas encore si elle va poursuivre dans cette voie, mais elle aime profondément la recherche. Grâce à son Trophée, et si la pandémie le permet, elle aimerait voyager et assister à des séminaires à l'étranger.

Cinq autres Val-de-Marnaises récompensées

Une bourse de 15 000 à 20 000 euros et surtout un prestigieux prix pour lancer leur carrière. En plus de Marie-Morgane Paumard, elles sont cinq Val-de-Marnaises à avoir décroché cette année un prix L’Oréal-Unesco.

Solène Marie, de Villejuif, qui dédie son prix à sa tante décédée d’un cancer du sein, travaille sur des méthodes d’imagerie « non-invasives » permettant de visualiser et quantifier la distribution des médicaments dans l’organisme, notamment vers le cerveau et le foie.

Léa Bonnefoy, qui vit à Vitry, s’est spécialisée en planétologie. « Ses recherches visent à améliorer notre compréhension des surfaces des lunes de Saturne, et ainsi de contribuer à une meilleure compréhension de leur évolution et de leurs interactions avec le système de Saturne, précise L’Oréal. Ces résultats serviront à préparer les futures missions de l’ESA et de la NASA qui exploreront les lunes glacées de Jupiter et Saturne. »

Marine Moussu, également de Vitry, travaille sur la physique des ondes. Ses travaux de recherche portent sur les antennes dédiées aux appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM), pour améliorer la précision des images lors d’examens médicaux.

Charlotte Canet-Jourdan, de Saint-Mandé, elle, a toujours été passionnée par la biologie humaine et s’est spécialisée dans la recherche en oncologie.

Enfin Johanna Mondésir, de Vincennes, est docteur en médecine. Au cours de son internat en hématologie, elle est amenée à prendre en charge des patients atteints de leucémie aiguë myéloïde (LAM), une forme agressive de cancer de la moelle osseuse qui, malgré les traitements actuels, reste associée à un taux élevé de décès lié aux risques de rechute. Johanna choisit alors d’effectuer son master puis sa thèse sur cette maladie.