Val-de-Marne : les voisins du chantier de la gare furieux de ne plus être dédommagés pour les nuisances

«Sans prévenir», la Société du Grand Paris a mis fin aux aides au loyer accordées en 2018 à 188 locataires de Champigny-sur-Marne qui habitent près de la future ligne 15 Sud. Une pétition a été lancée pour contester cette décision.

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 Champigny (Val-de-Marne), le 26 janvier. Les locataires des 142 et 142 bis de l’avenue Salengro assurent toujours subir le bruit et la poussière venant du chantier.
Champigny (Val-de-Marne), le 26 janvier. Les locataires des 142 et 142 bis de l’avenue Salengro assurent toujours subir le bruit et la poussière venant du chantier. LP/Laure Parny

Du balcon, elles peuvent observer les ouvriers présents sur le chantier, voir la poussière dégagée par les engins, comptabiliser le nombre de passage des camions toupies sur l'avenue. Se raconter aussi les nuits sans cesse perturbées par les spots qui éclairent le chantier de ce qui sera la future gare Champigny-Centre, sur la ligne 15 Sud du Grand Paris Express. Mais ce que ces locataires des petits bâtiments du 142 et 142 bis de l'avenue Salengro, à Champigny (Val-de-Marne), ne peuvent plus faire, c'est se consoler en pensant à la prise en charge d'un tiers du montant de leur loyer par la Société du Grand Paris (SGP).

Comme 188 locataires du bailleur social IDF Habitat, Yolande Chaulet, présidente de l'amicale CNL locale, ne décolère pas. Elle a appris en fin d'année dernière que le constructeur du futur métro avait décidé, sans concertation ni même annonce préalable, de suspendre les indemnisations à compter du 1er janvier 2021, mais aussi pour la période du premier confinement. « Tout ça sans nous avoir prévenus, et alors qu'il n'y a eu aucune rencontre de concertation depuis le printemps dernier », tempête Yolande Chaulet, qui a adressé fin décembre une pétition à la SGP au nom de sa résidence.

La décision de la SGP fait craindre le pire sur les autres chantiers en cours sur la future ligne 15 Sud (Pont-de-Sèvres/Noisy-Champs) et sur le prolongement de la 14 Sud de Paris à Orly. A Maisons-Alfort par exemple, les indemnisations sont également à l'arrêt près de la future station Vert-de-Maisons. « Les dernières conventions d'indemnisation que nous avions signées prenaient fin en décembre 2019 et mars 2020 » précise-t-on au sein de Valophis, le bailleur de ce secteur.

« Nous restons extrêmement vigilants, insiste-t-on au cabinet du président du conseil départemental, mis lui aussi face au fait accompli. Le premier argument pour arrêter les versements à Champigny était l'arrêt des parois moulées. Or la fin de cette étape a lieu ailleurs aussi… »

Pour Champigny, c'est le bailleur IDF Habitat qui a été prévenu, en novembre, que la SGP revenait sur ses engagements en ne versant finalement plus d'indemnisations pour la période du confinement. « Evidemment nous avions déjà appliqué les aides sur les loyers au printemps dernier et avons donc dû compenser avec des loyers pleins sur novembre et décembre, regrette Delphine Valentin, directrice d'IDF Habitat. Nous réclamons une reprise du dialogue, il n'existe plus depuis mi-2019! » Dans cette ville, la plus impactée du département par les chantiers du futur métro, les commerçants s'étaient déjà battus pour toucher des indemnisations.

«Notre galère existe bel et bien», s'insurgent les riverains

Les nuisances, elles, sont toujours là. Les locataires ont tous vue sur les travaux, qui durent nuit et jour. « Notre quotidien est toujours autant chamboulé, défend Malika Gholam, une riveraine. Les va-et-vient des camions, la poussière, le bruit ambiant, la pollution et les problèmes de stationnement : rien n'a disparu. On dort toujours dans le salon, puisque côté chambre c'est invivable ! » Les locataires reconnaissent que le chantier était à l'arrêt pendant le confinement mais « ils ont mis les bouchées doubles depuis pour rattraper, donc notre galère existe bel et bien », argumente Catherine Hubert, qui habite cette résidence depuis près de quarante ans. Depuis 2018, un tiers de son loyer était pris en charge par la SGP.

Champigny. La Société du Grand Paris estime que les nuisances ont été moindres cette année, notamment pendant le premier confinement. LP/Laure Parny
Champigny. La Société du Grand Paris estime que les nuisances ont été moindres cette année, notamment pendant le premier confinement. LP/Laure Parny  

La Société du Grand Paris affirme qu'elle reste « très attentive aux nuisances générées par les chantiers du Grand Paris Express et aux désagréments qui peuvent en résulter pour les riverains ». Pour le constructeur du métro, à Champigny, « les travaux se poursuivent et ils produisent indéniablement des nuisances, mais de moindre importance que lors des phases précédentes de chantier ».

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La Société du Grand Paris justifie qu'elle « s'adapte à la réalité de cette évolution de ses chantiers, ce qui conduit à réajuster le niveau d'accompagnement. Cette nouvelle réalité sera réévaluée à fréquence régulière afin d'ajuster l'accompagnement et, au besoin, l'indemnisation en fonction du préjudice constaté ».

Le maire (Libres !) de Champigny, lui, défend qu'il a immédiatement interpellé les dirigeants et obtenu un effort de leur part. « Même si les nuisances sonores ont diminué depuis la fin de la construction des parois moulées, les riverains sont encore loin de l'absence de nuisances, défend Laurent Jeanne. La SGP, à qui j'ai accordé des horaires de chantiers moins étendus tant que je n'avais pas de réponse favorable, m'a assuré que les indemnisations se poursuivraient mais en diminuant. » Ce qui n'a toujours pas été confirmé au bailleur, qui applique donc depuis novembre les loyers pleins et entiers à tous ses locataires.