Val-de-Marne : le parcours cabossé et éthylique du meurtrier de Valenton

Cet homme de 58 ans est jugé depuis ce mardi aux assises pour des coups mortels portés sur un copain de boisson en août 2017.

 Valenton, allée Jean-Moulin. C’est dans ce square que l’accusé et la victime se retrouvaient chaque jour avec un groupe de copains pour boire des bières jusqu’à plus soif.
Valenton, allée Jean-Moulin. C’est dans ce square que l’accusé et la victime se retrouvaient chaque jour avec un groupe de copains pour boire des bières jusqu’à plus soif.  GoogleStreetView

Il a 58 ans et on a l'impression que sa vie n'a jamais vraiment commencé. A peine entré dans l'adolescence, il a basculé dans la délinquance. A la trentaine, il a enfin emprunté le droit chemin mais en sombrant doucement dans l'alcool. Et le voici ce mardi matin à la cour d'assises du Val-de-Marne à Créteil. Daniel comparaît pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Il est accusé d'avoir tué Nourredine, un de ses copains de boisson un soir d'août 2017 dans un square près de chez lui à Valenton. La victime, qui habitait également le secteur, a eu la rate perforée. Elle n'a pas survécu aux violents coups de pied assénés par Daniel. Ce compagnon d'ivresse était lui aussi dans un état d'ébriété avancé. « Une bagarre de pochtrons », résume sans tact un proche du dossier.

Sur les faits, il n'y aura pas vraiment de débat durant ce procès d'assises. Le seul doute, c'est de savoir si la victime était bien armée d'un couteau. L'accusé le prétend. Il aurait remis l'arme à l'épicier du coin. Sauf que le commerçant nie. Cela ne change de toute façon pas grand-chose. Daniel a très vite porté une gifle ou un coup de poing à son copain. Ce dernier est tombé et c'est au sol qu'il a été mortellement frappé. L'accusé voulait « juste le neutraliser », se défendra-t-il lors de l'instruction. Le lendemain, il aurait été « sidéré » en apprenant sa mort.

Il tombe pour viol en réunion à 19 ans

Des propos qu'ont forcément du mal à entendre les proches de la victime qui se sont portés parties civiles. Ce mardi matin, ils ont découvert le profil cabossé du meurtrier. Un enfant élevé entre un père autoritaire façon « montagnard algérien », comme il le définit, et une mère professeur des écoles, « très protectrice. »

Sa vie bascule au divorce de ses parents quand son père retourne au bled. Livré à lui-même, influençable, Daniel fait de mauvaises rencontres. C'est maintenant un délinquant. En 1982, la cour d'assises du Val-de-Marne le condamne à 7 ans ferme pour un viol en réunion. « Une tâche dans ma vie, considère-t-il. J'avais 19 ans ». Il tombe ensuite pour du recel, du transport d'armes…

A la trentaine, Daniel finit tout de même par se « ranger des voitures » après avoir passé son Bac puis un BTS en prison. Il devient déménageur et chauffeur. Mais sa femme le quitte. « Je ne buvais pas une goutte avant, assure-t-il. Je suis passé d'un alcool festif à un alcoolisme chronique. » « Vous avez même fait une année en médecine en vous spécialisant en alcoologie », remarque le président de la cour d'assises.

« Il ne remet pas en cause ses propres choix », pointe l'avocate générale

Le délinquant de droit commun devient un délinquant de la route avec trois condamnations pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Ses journées, il les passe dès lors dans les bars ou dans ce square de Valenton où on s'oublie en buvant de la bière sans discontinuer.

Après 15 mois en détention provisoire, Daniel comparaît libre sous contrôle judiciaire. « J'ai arrêté de boire à mon arrivée en prison », jure-t-il aujourd'hui. Selon l'enquêtrice de personnalité, il a su « prendre du recul sur sa vie ». « Il ne remet pas en cause ses propres choix et sa propre conduite », a toutefois noté l'avocate générale.

La cour doit se pencher à présent sur la personnalité de la victime. Le verdict est attendu vendredi. L'accusé encourt 15 ans de réclusion.