Val-de-Marne : la Tégéval, terre de lutte contre la pollution

Un hectare du parc de la Ballastière à Limeil-Brévannes est réservé à des chercheurs pour avancer sur la phytoremédiation, technique de dépollution basée sur les plantes. Une première.

 Limeil-Brévannes, ce lundi. C’est au fond du parc de la Ballastière, le long de la Tégéval, qu’un hectare a été grillagé pour être dédié à la recherche sur la dépollution des sols.
Limeil-Brévannes, ce lundi. C’est au fond du parc de la Ballastière, le long de la Tégéval, qu’un hectare a été grillagé pour être dédié à la recherche sur la dépollution des sols. LP/Agnès Vives

C'est une butte de terre insignifiante à première vue. Mais cette friche abandonnée et grillagée est loin d'être sans valeur. Alors qu'en Ile-de-France, le moindre foncier se vend à prix d'or, cette parcelle d'un hectare face à l'écoquartier des Temps Durables à Limeil-Brévannes est consacrée à la recherche.

C'est ce qu'auraient appris les visiteurs de la fête de la Tégéval qui devait se tenir ce week-end. Si l'épidémie de Covid-19 n'en avait décidé autrement.

Le SMER, syndicat mixte d'étude et de réalisation, chargé de l'aménagement de cette coulée verte entre Créteil et Santeny a décidé à côté du parc de la Ballastière, aménagé sur 3 ha avec ses tables de pique-nique, et désormais ouvert au public, de conserver ces terres à des fins de dépollution des sols par les plantes.

Un partenariat a été signé avec le CNRS et la Sorbonne Université. Les chercheurs vont pouvoir sortir de leur laboratoire et mener leurs tests en grandeur nature, sur une période de dix ans.

Des remblais de terres non contrôlées

« C'est une première, explique Gilles Duquenoy, chef de projet à l'Agence des espaces verts d'Ile-de-France. Les chercheurs manquent de terrain. C'était une belle opportunité. Nous allons pouvoir étudier quelles plantes peuvent dépolluer, tout en travaillant sur l'intérêt paysager. »

Sous terre, des métaux lourds principalement — plomb, zinc, cadmium —, caractéristiques des sols parisiens. Sur ces anciennes carrières qui étaient exploitées dans les années 1950, sont venues s'ajouter au fil des décennies (jusque dans les années 2000), des remblais de terres non contrôlées, comme lors du creusement de la ligne à grande vitesse.

La pollution de ces sols va être connue suite aux différentes analyses menées avant et après la construction de l'écoquartier. Récemment encore, lorsque la ville avait voulu y implanter une école à côté de l'usine biomasse.

Pour aménager le parc de la Ballastière, dernière grosse étape de la Tégéval (2 millions d'euros), le SMER a dû suivre tout un protocole sanitaire et notamment « renapper » de terres saines le site, pour protéger les promeneurs et cyclistes.

Limeil-Brévannes, ce lundi. L’aménagement du parc de la Ballastière a nécessité 2 millions d’euros d’investissement. LP/Agnès Vives
Limeil-Brévannes, ce lundi. L’aménagement du parc de la Ballastière a nécessité 2 millions d’euros d’investissement. LP/Agnès Vives  

Les plantes piègent la pollution

« Nous allons devoir trouver des plantes aux racines plus profondes pour atteindre la zone contaminée », détaille Katell Quénéa enseignante-chercheuse au laboratoire Métis à la Sorbonne. Soit des plantes qui piègent les métaux dans leurs racines, leurs tiges ou les parties aériennes. Lesquelles ? Cette chercheuse imagine des « plantes assez résistantes, adaptées à la sécheresse et au milieu urbain », comme des saules, des tournesols ou encore des lavandes.

Cette expérience se veut rarissime en région parisienne, mais s'est déjà vue, à Nantes ou Nancy sur des friches urbaines, selon Katell Quénéa. « Avec une telle superficie, nous allons aussi pouvoir faire des associations de plantes pour en mesurer les effets », poursuit la scientifique. Ces plantes pourraient ensuite être éliminées par la centrale biomasse implantée à deux pas. Un cercle vertueux et naturel.

Le SMER a également en tête de développer d'autres projets, comme le stockage de carbone dans les sols. Ce programme est en attente de financement.

Une promenade en continu en 2021

Un projet « environnemental et pédagogique très intéressant » vante la maire LR de Limeil-Brévannes Françoise Lecoufle, bien décidée cependant à veiller à « ce que la démarche aboutisse ».

Démarrée en 2013, la Tégéval, en traversant huit communes du Val-de-Marne et de l'Essonne, le long des voies du TGV, a pour objectif de « recoudre un territoire marqué par les grandes infrastructures ferroviaires et routières », selon le Smer. Tout doucement, la promenade chemine vers son terminus. C'est à l'horizon 2021 que les promeneurs vont pouvoir se balader en continu de Créteil à Santeny sur ces 96 ha. Reste encore à aménager 2 km. Et trois autres permettront d'unir définitivement cette liaison verte à la forêt domaniale de Santeny.

Ce chantier titanesque de 60 millions d'euros, qui a avancé site par site, trouvera son terme définitif en 2028. A ce moment-là, les lavandes de la Ballastière embaumeront peut-être l'air des Temps-Durables, et en auront assaini le sol.