Val-de-Marne : face au Covid, l’hébergement d’urgence se renforce à l’approche de l’hiver

La crise sanitaire a fait grimper les besoins de places d’hébergement d’urgence. La ministre du Logement Emmanuelle Wargon a assisté ce lundi à la prolongation de quatre ans du centre de 100 places de Bonneuil.

 Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Djamel, 36 ans, vit au centre d’hébergement d’urgence du port de Bonneuil géré par Emmaüs depuis janvier. Le centre ouvert pour quelques mois initialement a été prolongé de quatre ans pour faire face notamment à l’explosion des besoins liée à la crise sanitaire.
Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Djamel, 36 ans, vit au centre d’hébergement d’urgence du port de Bonneuil géré par Emmaüs depuis janvier. Le centre ouvert pour quelques mois initialement a été prolongé de quatre ans pour faire face notamment à l’explosion des besoins liée à la crise sanitaire. LP/Marion Kremp

Djamel a eu besoin de se sentir chez lui. Très vite, après des mois d'errance. Une corbeille de fruit trône sur sa table basse, à côté de son lit fait au carré, une tablette installée sur un chevalet de fortune pour communiquer avec sa famille tandis que sur le haut de son armoire s'alignent les bouteilles de parfums et d'after-shave de cet Algérien coquet. Installé dans cette chambre du centre d'hébergement d'urgence du port de Bonneuil-sur-Marne depuis janvier, c'est ici qu'il a pu récupérer d'une lourde opération, mais aussi trouver refuge pour affronter le Covid attrapé « probablement à l'hôpital ».

« Ici, je me sens bien. Il n'y a pas de problème par rapport aux distanciations sociales, tout le monde fait attention et on a tout ce qu'il faut pour se protéger », assure-t-il en montrant le flacon de gel hydroalcoolique accroché au mur.

La seule chose qui lui manque ce sont « des papiers et un travail adapté à mon handicap au dos », raconte Djamel à la ministre du Logement Emmanuelle Wargon venue assister à la signature de la convention de prolongement du centre d'hébergement jusqu'en 2024.

1 400 places de plus en Ile-de-France

Un partenariat entre la préfecture du Val-de-Marne, Emmaüs qui gère le centre de cent places et Port autonome de Paris qui met ses locaux à disposition pour quatre années de plus. Une pérennisation de l'accueil solidaire pour faire face à l 'augmentation des besoins particulièrement depuis le début de la crise sanitaire. Le centre ouvert l'hiver dernier devait fermer au début du printemps, il a été prolongé deux fois depuis pour accueillir les plus précaires durant le premier confinement.

9 000 places supplémentaires dont 1 400 places en Ile-de-France ont été créés ces trois dernières semaines pour absorber ces hommes et ces femmes toujours plus nombreux du fait de l' extrême pauvreté renforcée par les conséquences économiques de la pandémie. À la rue, ils sont orientés dans les centres d'hébergement dans la mesure du possible, ou dans les hôtels sociaux, par la Croix-Rouge.

« Depuis plusieurs années, nous constatons une très forte augmentation des besoins, qui s'amplifie d'autant plus depuis le début de la crise sanitaire », pointe Catherine Larrieu, directrice régionale et interdépartementale adjointe de l'hébergement et du logement (Drihl).

Dans le Val-de-Marne, soixante-dix centres hébergent dans l'urgence 2 000 personnes par an, parfois durant deux ans, ou dans le cadre de réinsertion, les populations les plus précaires. Là, ils sont accompagnés par des travailleurs sociaux pour entamer des démarches de régularisation et trouver un emploi. Avant de pouvoir ensuite trouver un logement et sortir du circuit.

Pérenniser l'accueil d'urgence pour faire face à l'extrême précarité

« Cette convention permet comme ici de passer d'un centre ouvert quelques mois pour la période hivernale à un accueil assuré durant quatre ans comme ici. Ce qui permet via des crédits d'humanisation, d'aménager des locaux qui n'étaient à l'origine pas voués à l'hébergement pour un accueil plus optimal, félicite la ministre. Nous sommes en pleine période hivernale à laquelle s'ajoute le Covid et nous avons besoin de plus en plus de places qui nécessitent des partenariats, notamment pour occuper des bâtiments intercalaires avant qu'un projet immobilier soit acté. En Ile-de-France, il y en a beaucoup ».

Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. La ministre du Logement Emmanuelle Wargon a annoncé la création de plus de 9 000 places d’hébergement d’urgence en France dont 1 400 en Ile-de-France ces dernières semaines pour faire face à l’extrême pauvreté. LP/Marion Kremp
Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. La ministre du Logement Emmanuelle Wargon a annoncé la création de plus de 9 000 places d’hébergement d’urgence en France dont 1 400 en Ile-de-France ces dernières semaines pour faire face à l’extrême pauvreté. LP/Marion Kremp  

Depuis le début de la crise sanitaire, aucun cluster n'a été identifié dans les centres d'hébergement. Au centre de Bonneuil, il y a eu trois cas. Tandis qu'une grande salle a été aménagée en chambre d'isolement pour les malades.

« Nous avons fait un gros travail de pédagogie sur les gestes barrière, la distanciation sociale, nous avons mis du matériel à disposition, des masques, des visières, des parois en Plexiglas pour les entretiens avec les travailleurs sociaux », assure Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité.

Grâce à la convention, l'association qui emploie 14 salariés sur le site du Port de Bonneuil va pouvoir entamer des travaux, du réfectoire et des cuisines, mais aussi des salles de bains pour une meilleure hygiène notamment face au Covid, et des chambres pour plus d'intimité.