Val-de-Marne : face à la pénurie d’accompagnants, les parents d’élèves en situation de handicap se mobilisent

Réunis à Créteil ce mercredi, élus, syndicalistes et parents pointent le manque d’accompagnants (AESH) dans l’académie, et notamment à Villejuif. Des recrutements sont annoncés.

 Créteil, mercredi 20 janvier 2021. Plusieurs dizaines de personnes ont pris part à ce rassemblement devant les locaux de l’inspection académique.
Créteil, mercredi 20 janvier 2021. Plusieurs dizaines de personnes ont pris part à ce rassemblement devant les locaux de l’inspection académique. LP/Gérald Moruzzi

Individualisée, soutenue et continue, et donc précieuse. L'aide apportée par les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) est aussi souvent indispensable. C'est l'un des messages que plus d'une cinquantaine de personnes, parents et représentants, élus locaux et syndicalistes, ont voulu mettre en avant devant les locaux de l'inspection académique à Créteil, ce mercredi après-midi.

La mobilisation, mêlant inquiétude et parfois colère, était organisée alors que la pénurie de personnels accompagnants d'enfants porteurs d'un handicap se fait sentir ici et là dans le département. Les cas autrefois isolés le sont beaucoup moins aujourd'hui, notamment à Villejuif.

20 enfants privés d'AESH à Villejuif

Pierre Garzon, le maire (PCF) de cette commune, était présent afin de réclamer plus de moyens humains et ainsi répondre à toutes les demandes d'accompagnement. Ils font, dans la ville qu'il mène depuis quelques mois, cruellement défaut. « Au niveau de notre commune, ce sont plus de 20 enfants qui sont toujours privés de l'accompagnement d'un AESH, malgré une notification de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) », indique-t-il.

L'élu fustige une politique de recrutement des AESH qui « met en souffrance l'enfant en situation de handicap, ses enseignants et ses camarades ». Il rappelle que « l'attribution d'un AESH est un droit auquel l'État ne peut se soustraire ». Il exige donc « que l'Éducation Nationale assume ses responsabilités dans l'accueil des enfants en situation de handicap ».

« Ma fille est en train de stagner, voire de régresser »

Voilà ce qu'attend Kaldas, le papa de Salomé, 4 ans, touchée par un handicap visuel. « On a fait une demande d'accompagnement il y a longtemps et on nous répète qu'il y a trop de monde qui attend la même chose et qu'ils n'arrivent pas à trouver des gens », souffle-t-il. Denis, AESH depuis quelques mois, a une explication : le niveau des salaires. « Je touche 800 euros par mois, indique-t-il. Cela peut démotiver les gens qui pensent à se porter candidat. »

Découragée, Hajar essaye de ne pas l'être, elle qui a multiplié les démarches pour sa fille. Cette dernière présente un trouble du spectre de l'autisme et a besoin d'une personne qui saura la stimuler et l'aider à avancer. « Cette absence de réponse, de clarté, c'est usant, confie la maman. Ma fille avait beaucoup progressé et maintenant elle est en train de stagner, voire de régresser »

Des demandes d'aide en augmentation cette année

Pointant « une forte augmentation des demandes d'accompagnement cette année », l'inspection académique précise être « bien consciente des difficultés rencontrées par ces familles » et de l'impérieuse nécessité de « répondre aux besoins de tous les élèves ». « C'est une urgence aussi pour nous, et nous travaillons d'arrache-pied sur le sujet », nous confie-t-on.

Et d'évoquer le déploiement des pôles inclusifs d'accompagnement localisés (Pial). Ils sont censés apporter « plus de réactivité, d'agilité et de flexibilité » pour « répondre au plus près aux besoins des élèves », tout en « améliorant les conditions de travail » des AESH, dont la formation est appelée à être renforcée.

Des familles en larmes

« Les Pial, ce n'est pas autre chose que la mutualisation de la pénurie », estime la directrice d'une école de Villejuif, qui préfère garder l'anonymat. Dans son établissement, deux élèves attendent toujours un accompagnement à temps plein. Dans celle que dirige Luc Bénizeau, du SNUDI-FO 94, « un tiers des demandes ne sont pas satisfaites, et pour celles qui le sont, l'accompagnement ne correspond pas au nombre d'heures notifié par la MDPH », précise-t-il.

Toutes ces situations aboutissent au même résultat : ces enfants ne sont pas aidés comme ils le devraient et les familles patientent, le plus souvent dans le flou et la douleur. « Je reçois tous les jours des familles désespérées qui repartent en larmes, avoue Mariama Bellin, conseillère municipale de Villejuif déléguée au Conseil local du handicap. On ne peut pas laisser les gens comme ça, sans aide, sans espoir. »

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Ces arguments ont semble-t-il porté entre les murs de l'inspection académique. La délégation, constituée de Pierre Garzon, la sénatrice (Génération.s) Sophie Taillé-Pollian, des représentants des parents d'élèves et des syndicats, a obtenu douze emplois temps pleins dans l'année, dont quatre en urgence.