Val-de-Marne : voici les cinq nouveaux maires du plateau briard

Mandres-les-Roses, Marolles-en-Brie, Périgny-sur-Yerres, Santeny et Villecresnes ont élu de nouveaux maires. Mais le plateau briard conserve son ancrage de centre droit. Portraits de ces élus aux parcours parfois étonnants.

 Voici les nouveaux maires du plateau briard, de haut en bas, de g. à dr. : Vincent Bedu à Santeny, Yves Thoreau à Mandres-les-Roses, Arnaud Védie à Périgny-sur-Yerres, Alphonse Boye à Marolles-en-Brie et Patrick Farcy à Villecresnes.
Voici les nouveaux maires du plateau briard, de haut en bas, de g. à dr. : Vincent Bedu à Santeny, Yves Thoreau à Mandres-les-Roses, Arnaud Védie à Périgny-sur-Yerres, Alphonse Boye à Marolles-en-Brie et Patrick Farcy à Villecresnes. DR

Une petite révolution vient d'avoir lieu sur le paisible plateau briard. L'ensemble des maires en place ont quitté leur poste. Parfois volontairement (Mandres, Périgny et Santeny), parfois involontairement (Marolles-en-Brie et Villecresnes).

Les successeurs désignés n'ont pas toujours réussi à prendre le fauteuil de leur mentor (Sophie Del Soccoro - LR - à Santeny) ou y sont parvenus d'un cheveu (Yves Thoreau - SE - à Mandres). Et ceux qui briguaient un nouveau mandat se sont fait sortir par un score sans appel (Sylvie Gerinte - LR - à Marolles et Gérard Guille -LR - à Villecresnes).

La révolution s'arrête là. Car côté politique, le plateau briard garde son ancrage centre droit, même si ces petits nouveaux ne sont pas tous encartés.

Mandres-les-Roses : Yves Thoreau, «l'enfant du pays»

Yves Thoreau (SE), élu maire de Mandres-les-Roses à 22 voix près. DR
Yves Thoreau (SE), élu maire de Mandres-les-Roses à 22 voix près. DR  

Il a 66 ans dont près de 60 passés à Mandres. « Je suis même né à la clinique de Villecresnes. On peut vraiment dire que je suis un enfant du pays », rit Yves Thoreau (SE). Premier adjoint du précédent maire Jean-Claude Perrault (LR), il a été élu dès le premier tour, le 15 mars, mais d'une très courte tête sur son adversaire Nathalie Guesdon (SE), conseillère municipale d'opposition : 639 voix contre 617.

Yves Thoreau incarne la mémoire de Mandres : « J'ai vu le village évoluer, raconte cet ancien cadre dirigeant en banque et assurance chez une filiale du Crédit Agricole. Dans mon enfance, il n'y avait que 1 500 habitants. La ferme qui est devenue la mairie était en activité. A 8 ans, j'allais "faire les patates", assis sur la remorque du tracteur. Le vrai virage fut la cession des terrains de la ferme à la Caisse des dépôts en 1965 pour implanter le nouveau village. L'expansion et la densification se sont faites avec des infrastructures du siècle dernier, qui se retrouvent saturées. Le second virage fut dans les années 1980 : le déclin de l'économie horticole concurrencée par les fleurs hollandaises, les serres de rosiers chauffées au fioul qui ont subi le choc pétrolier de plein fouet. »

La revitalisation des friches horticoles fait partie de ses ambitions. « Y développer des projets permettrait de les pérenniser en terres agricoles », confie-t-il. Mais Yves Thoreau n'a pas encore les coudées franches pour lancer ses actions : Nathalie Guesdon a engagé un recours en annulation des élections après avoir perdu de 22 voix. « Je devrais être fixé cet été », annonce celui qui est bien le maire de Mandres pour l'instant.

Marolles-en-Brie : Alphonse Boye, un parcours d'excellence récompensé

Alphonse Boye (SE) a été élu à la tête de Marolles-en-Brie. DR
Alphonse Boye (SE) a été élu à la tête de Marolles-en-Brie. DR  

La vie d'Alphonse Boye se parcourt comme un livre de sagesse et de détermination. Né à Dakar (Sénégal) il y a 60 ans, il a grandi dans une école internationale catholique qui lui a apporté une ouverture sur le monde anglo-saxon dès le plus jeune âge. « Là-bas, il fallait être bon en sport et en études. Je pense avoir réussi à faire les deux », confie-t-il, la voix posée.

À 16 ans, il devient joueur international de handball. Il s'installe en France, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), où il est semi-professionnel de handball. « Cela m'a permis de financer mes études ». Il enchaîne les titres (champion de France en nationale 1 et 2) et suit en parallèle des études d'économie, gestion et mathématiques dans une école internationale.

Installé dans le Val-de-Marne (Kremlin-Bicêtre puis Limeil-Brévannes), il entame sa carrière dans des filiales françaises de groupes anglo-saxons (l'homme est trilingue) comme responsable administratif et comptable puis directeur financier.

Son travail le fait beaucoup voyager mais Alphonse Boye et son épouse ont trouvé leur lieu d'ancrage : ce sera Marolles-en-Brie. On est en 1998. Trois enfants plus tard, l'homme a désormais sa propre société qui déploie des logiciels de gestion et préside le club de handball de Marolles depuis douze ans. « Nous avons réussi à le faire passer du plus bas niveau jusqu'en nationale 2. Un joli parcours pour un club d'une ville de moins de 5 000 habitants ».

Pourquoi se lancer dans la politique locale alors, en s'engageant d'abord aux côtés de l'ex-maire Sylvie Gerinte (LR) en 2014 (dont il s'est désolidarisé en cours de mandat comme plusieurs élus de la majorité), puis en volant de ses propres ailes en 2020? « J'avais acquis pas mal d'expérience politique — jamais politicienne —, j'avais présidé un think tank, j'avais été dragué par plusieurs partis (gauche, droite…). »

La motivation principale reste son amour pour Marolles. Il espère y imposer une autre manière de penser, à l'anglo-saxonne : « We have a problem, we have to solve it (NDLR : il y a un problème, il faut le résoudre). Il n'y a pas une façon de faire de gauche ou de droite. Là-bas, ils sont dans la relation à l'autre, moins paternaliste, moins verticale. »

Ses racines africaines ne furent pas un sujet durant la campagne électorale : « Jamais cela ne fut évoqué par les Marollais. J'en suis très heureux. Je suis là depuis 22 ans, les gens me connaissent, moi et mes enfants. Mais j'étais prêt à cet affront, à voir mon local de campagne tagué. Je réponds aux gens que cette culture mélangée m'a donné une richesse dont je ne peux me plaindre. » Le 28 juin, il devient maire, élu avec plus de 46 % des voix dans une triangulaire.

Périgny-sur-Yerres : Arnaud Védie (DVD), le benjamin, est tombé amoureux de son village

Périgny-sur-Yerres. Arnaud Védie, 35 ans, est devenu l’un des plus jeunes maires du Val-de-Marne. DR
Périgny-sur-Yerres. Arnaud Védie, 35 ans, est devenu l’un des plus jeunes maires du Val-de-Marne. DR  

Il est né à Sucy-en-Brie, a grandi à Valenton, travaille aux côtés du maire de Saint-Maur. Arnaud Védie (DVD), 35 ans, le nouveau maire de Périgny-sur-Yerres, est un Val-de-Marnais « pur jus ». Ses études ne le destinaient pas spécialement à s'investir en politique. « J'ai fait des études littéraires à la Sorbonne, en histoire de l'art et archéologie, spécialisation art graphique et patrimoine. Je ne suis pas du sérail prépa, Sciences-po, ENA. »

Une fois son cursus achevé, la crise éclate. Difficile de trouver du travail. « Alors j'ai enchaîné les petits boulots : intérim avec Adecco, traitement des chèques dans la zone Silic à Rungis, cours pour Acadomia… »

Mais la politique l'intéresse. « Il y avait deux branches dans ma famille : la communiste, mon arrière-grand-oncle a fondé la cellule PCF de Valenton, et la Gaulliste. J'ai choisi la deuxième. » Le député UMP du secteur, Didier Gonzales, actuel maire (LR) de Villeneuve-le-Roi, le repère. « J'étais un bon petit militant. » C'est lui qui lui met le pied à l'étrier : il lui confie la délégation de la circonscription et les visites de l'Assemblée nationale.

« J'allais voir les villes, se souvient Arnaud Védie. Un jour, j'ai découvert Périgny et j'ai eu un coup de foudre immédiat. Cela me rappelait la maison de campagne de mes parents. »

Il s'y installe fin 2013, après avoir décidé de ne pas se représenter aux municipales à Valenton, où il était élu UMP d'opposition. Ce célibataire sans enfant découvre les joies de la verdure près de Paris : balade avec ses deux chiens sur les bords de l'Yerres, randonnées, vélo… « J'adore surtout jardiner. C'est très relaxant. Je ne prends jamais mon téléphone, je suis en communion avec la nature. »

2017 : des Roms s'installent à Périgny. Arnaud Védie, devenu collaborateur du député et maire de Saint-Maur Sylvain Berrios (UMP), lance une pétition dans le village. « Ça m'a mis le déclic, ça m'a redonné le goût de la chose publique. »

Janvier 2019 : il bavarde avec le maire Georges Urlacher (LR) lors de ses vœux. « Si tu as besoin de quelqu'un pour ta liste en 2020, je suis partant, même tout en bas, lui dis-je. Il me répond : Je ne me représente pas. Tu peux te présenter, comme tête de liste si tu veux. J'ai mis trois mois à lui répondre. Ensuite, c'était parti ! »

Seul candidat, il est élu avec 100 % des suffrages le 15 mars. Remis du Covid-19 qui l'en a fait baver durant de longues semaines, il savoure, depuis, sa nouvelle responsabilité de maire. Mais ses promenades sur les bords de l'Yerres lui prennent désormais deux heures au lieu d'une « car les gens viennent me parler », sourit cet amoureux du contact humain.

Santeny : Vincent Bedu devient maire le jour de ses 40 ans de mariage

Vincent Bedu, ancien élu d’opposition, prend enfin les clés de la mairie de Santeny. DR
Vincent Bedu, ancien élu d’opposition, prend enfin les clés de la mairie de Santeny. DR  

C'est un battant qui gagne ses combats. Pour rejoindre une équipe municipale. Pour vaincre un cancer du poumon métastasé. Pour faire avancer ses idées. Vincent Bedu, 64 ans, est le nouveau maire de Santeny (52,57 %), ce village limitrophe avec la Seine-et-Marne.

Il avait raté le coche en 2014 ( 40,8 % des voix ) mais assure avoir appris de ses erreurs, dit-il : « Je n'ai donc pas perdu. J'avais fait des erreurs de communication, en mettant trop d'agressivité, ce qui ne règle rien. Là, je n'ai répondu à aucune attaque, j'ai axé sur mon programme, mes explications. »

Il a aussi ratissé le terrain dès avril 2019, maison après maison. « J'ai rencontré 1 000 foyers sur 1 800 avec mes colistiers », raconte celui qui était dans l'opposition jusqu'à présent. Il faut dire qu'il connaît le métier. Il fut élu à la mairie d'Albertville (Savoie) de 1983 à 1992, avant de retrouver le Val-de-Marne de son enfance en s'installant à Santeny pour travailler dans une imprimerie de Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne) comme cadre dirigeant.

En 2008, un cancer du poumon très avancé le terrasse. « Les médecins m'ont donné 9 mois. J'étais très mal barré, confie-t-il. Mais je me suis battu. Ce fut une période très dure. J'ai bien réagi aux médicaments. Et je m'en suis sorti. Aujourd'hui, je suis en rémission définitive. Les médecins ne veulent plus me voir ! »

Il s'investit alors dans le bénévolat en présidant la copropriété du Domaine de Santeny, dont il passera la main en septembre. Il a été officiellement installé comme maire le 4 juillet, jour de ses 40 ans de mariage. Avec une première mesure, et non des moins symboliques : « Supprimer la retraite complémentaire des élus. Cela représentera une économie de 10 à 12 000 euros pour la ville, je la reverserai aux associations. »

Patrick Farcy, des magasins Orange à la mairie de Villecresnes

Patrick Farcy n’avait jamais assuré de mandat électoral avant de devenir maire de Villecresnes. DR
Patrick Farcy n’avait jamais assuré de mandat électoral avant de devenir maire de Villecresnes. DR  

Il n'aurait jamais pensé qu'une retraite pouvait être aussi active. Patrick Farcy, 64 ans, ancien directeur des magasins Orange d'Ile-de-France, travaille de 8 heures à 21 heures depuis qu'il a été élu maire de Villecresnes au 1er tour, le 15 mars. « Et je n'ai plus de week-end », ajoute-t-il.

L'homme avait pris sa retraite juste avant de se lancer dans la bataille des municipales, « afin de ne pas rester oisif et car je voulais me rendre utile pour ma commune. »

C'est l'ancien maire Daniel Wappler (SE) qui l'a mis sur les rails. « Après un différend sur son projet de plan de circulation, j'ai pu échanger avec lui, se souvient Patrick Farcy. Il nous écoutait. On a appris à mieux se connaître. Un jour, il m'a dit : si tu souhaites t'engager dans la vie locale, tu es le bienvenu. »

Patrick Farcy est à ce moment-là un grand-père comblé qui pratique le vélo, l'aquarelle et le théâtre. Ses nouvelles responsabilités lui font tout arrêter, sauf s'occuper de ses petits-enfants.

Né à Paris, il a passé sa jeunesse à Tour (Indre-et-Loire), a décroché un diplôme d'ingénieur en télécommunication, un emploi à la direction générale des télécoms, puis fit toute sa carrière chez Orange « dont 35 ans dans l'encadrement ».

Il découvre Villecresnes par hasard « en jouant sur les terrains de tennis d'Orange (ex-ASPTT). C'était il y a plus de trente ans. J'habitais à Saint-Maur à l'époque. J'ai trouvé le cadre de Villecresnes intéressant alors je m'y suis installé en faisant construire ma maison. »

Jamais encarté dans un parti politique, il n'imaginait pas qu'il prendrait les clés de la ville un jour. « J'ai toujours voulu garder ma liberté. Il y a de bonnes idées de chaque côté. » Il devra tout de même donner une couleur à sa liste pour l'enregistrer en préfecture : ce sera Divers Centre.

Sa première action en tant que maire est consacrée à la future école prévue en 2022, près de l'école du Château : « Nous avons lancé l'appel d'offres. » Ensuite, il compte lancer « une étude urbaine sur la réserve foncière de l'ex-ASPTT, un parc peu utilisé à remettre au goût du jour, en y installant de l'activité économique associée au sport et à la santé par exemple ».