Val-de-Marne : ces femmes qui veulent devenir prêtre, évêque ou diacre, ont été reçues par le représentant du Pape

L’ambassadeur du Vatican en France a reçu les sept femmes, dont cinq Franciliennes, ayant postulé pour prendre des fonctions qui leur sont interdites jusqu’à présent dans l’Église catholique.

 Paris, le 21 juillet. Les sept femmes qui postulent pour devenir évêque, curé, diacre, etc. (une absente sur la photo) ont été reçues par le nonce apostolique. Elles ont apprécié son écoute.
Paris, le 21 juillet. Les sept femmes qui postulent pour devenir évêque, curé, diacre, etc. (une absente sur la photo) ont été reçues par le nonce apostolique. Elles ont apprécié son écoute. Yong Chim

« On ne s'y attendait pas. » Claire et les six autres femmes qui postulent pour devenir prêtre, diacre ou évêque — des fonctions réservées aux hommes dans l'Église catholique — viennent d'être reçues en audience par l'ambassadeur du Vatican en France.

Ces habitantes de Paris, Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), Versailles (Yvelines) et la province avaient demandé ce rendez-vous dans leur lettre de « motivation » en juillet dernier car le nonce apostolique, Celestino Migliore, est le seul habilité à transmettre au pape de telles candidatures.

« C'est avec surprise et joie que le nonce nous a contactées pour nous recevoir individuellement », raconte Claire Conan-Vrinat de Charenton, l'une des membres de « Toutes Apôtres! ». Ce collectif a été cofondé par Alix Bayle à la suite d' Anne Soupa qui postule pour devenir archevêque de Lyon.

Cantonnées au fleurissement et à l'animation des chants

Leur démarche vise à offrir une nouvelle place à la gent féminine dans l'Église, souvent cantonnée à l'accueil téléphonique de la paroisse, au fleurissement de l'autel ou à l'animation des chants durant la messe.

« Ces rencontres avec le nonce apostolique sont exceptionnelles, souligne Alix Bayle. Car, à notre connaissance, jamais la haute hiérarchie ecclésiastique n'a pris, en France, le temps d'écouter les revendications féminines dans leur diversité. » Par exemple, Anne Soupa n'avait reçu aucune réponse à sa candidature, « même pas un accusé de réception », avait-elle confié dans nos colonnes cet été.

Charenton-le-Pont, le 12 juillet. Claire Conan-Vrinat souhaite devenir diacre permanent. DR
Charenton-le-Pont, le 12 juillet. Claire Conan-Vrinat souhaite devenir diacre permanent. DR  

Les entretiens viennent de s'achever. « Notre sentiment est globalement positif, nous avons été écoutées, résume Claire Conan-Vrinat. Pour ma part, cela a débuté par un échange cordial, nous avons parlé de nos points communs, puis nous sommes entrés dans le vif du sujet : l'ordination des femmes. Je lui ai parlé de mon cas personnel, à savoir que mon père avait dû renoncer à s'engager dans une congrégation religieuse pour choisir la vie familiale. L'Église impose des choix contre notre gré. Moi, femme-diacre, c'est impossible aujourd'hui par exemple, juste pour une raison de tradition. Quel dommage… Tradition ne veut pas dire immobilité. »

Les capacités d'écoute de Celestino Migliore ont été appréciées par le collectif. « C'est un diplomate, vous savez, note Claire Conan-Vrinat. J'ai apprécié qu'il aime ce débat, qu'on puisse en parler, alors que Jean-Paul II avait refermé la porte en disant que le débat était clos. »

Réserver ces fonctions (évêque, diacre, curé…) aux seuls hommes par tradition ? L'argument fait bondir Claire. « Aux origines, au Ier siècle, il y avait les Diaconesses, elles prêchaient. Préserver les traditions, je veux bien, mais où met-on le curseur ? »

Débats et questionnaire anonyme

Le collectif « Toutes Apôtres ! » attend désormais « des actes ». Elles savent que Celestino Migliore n'est « pas décisionnaire » mais se disent prêtes à rencontrer la Conférence des évêques de France (CEF).

« Un questionnaire anonyme pourrait être lancé auprès des femmes dans l'Église. La CEF pourrait aussi porter le message auprès du Pape afin qu'il demande ensuite aux paroisses de s'emparer du sujet. Elles organiseraient alors des débats, des rencontres… C'est ainsi que les mentalités changent. Au début, quand je parlais à ma mère et des amis de mon souhait de devenir diacre, ils trouvaient cela étrange. Puis, petit à petit, ils m'ont dit : En fait, ton idée n'est pas si saugrenue. »