Val-de-Marne : à Champigny, de nouvelles solutions contre la pénurie de médecins

Trois ans après un bilan alarmant, la première CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) du département vient de se créer et compte 71 membres. Un moyen parmi d’autres d’améliorer l’accès aux soins.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Champigny. Parmi les projets annoncés, le déménagement du centre municipal de santé Ténine dans des locaux d’environ 1000 mètres carrés.
Champigny. Parmi les projets annoncés, le déménagement du centre municipal de santé Ténine dans des locaux d’environ 1000 mètres carrés. LP/Laure Parny

Tout a commencé par un diagnostic plutôt alarmant, en 2017, du nombre de professionnels de santé prêts à recevoir des patients. Mais depuis cette analyse, qui montrait, dans le cas de certaines spécialités, que la ville n'était pas mieux pourvue que la Creuse, les choses commencent à bouger.

Après ce bilan, puis l'élaboration d'un contrat local de santé, une nouvelle étape vient d'être franchie pour mieux soigner les Campinois. La création d'une CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) – la première du Val-de-Marne – vient d'être officiellement signée entre la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), l'agence régionale de santé (ARS) et les professionnels locaux du domaine médical.

Autant d'acteurs de la santé qui ont passé ces deux dernières années à travailler le plus possible ensemble. « La crise sanitaire a d'ailleurs prouvé que c'est très efficace, notamment quand il a fallu ouvrir un centre de dépistage du Covid, rappelle Jean-Noël Lépront, généraliste à Champigny et secrétaire général du Conseil de l'ordre des médecins. La CPTS n'était pas encore officiellement créée, mais nous savions déjà tous travailler ensemble. »

Médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés : en tout 500 professionnels de santé travaillent sur Champigny et peuvent rejoindre la CPTS. Ils sont déjà 71 à en être des membres officiels.

La CPAM leur débloque des moyens financiers, de l'ordre de 240000 euros par an, notamment pour recruter un secrétaire et un chargé de mission. « Avoir appris à se connaître, notamment en améliorant les liens avec les hôpitaux comme Paul-d'Egine, c'est déjà une belle avancée, par exemple pour mieux gérer les sorties d'hôpital entre différents intervenants. Et ça restera », se réjouit Joëlle Amzallag, infirmière et coprésidente de la CPTS.

Objectif : un médecin traitant pour chaque Campinois. Environ 15 % des habitants n'en ont pas. Selon le portail Rezone, la ville compte 44 omnipraticiens (dont 16 ont plus de 60 ans), 73 spécialistes, 56 infirmiers, 68 masseurs kinés, 23 pharmacies et 6 laboratoires. La CPTS va poursuivre l'élan donné par l'Ordre des médecins et la ville pour attirer de jeunes médecins. Les membres de la CPTS envisagent notamment la création d'une pépinière de santé, dans des locaux loués à des médecins qui y travailleraient en attendant des cabinets neufs. Trois à quatre cabinets devraient aussi ouvrir d'ici à fin 2021 dans des locaux neufs, loués à tarifs modérés, rue Alexandre-Fourny.

Newsletter L'essentiel du 94
Un tour de l'actualité du Val-de-Marne et de l'IDF
Toutes les newsletters

Un Sami de jour en projet. Le Sami, qui permet de consulter un généraliste le soir ou le week-end sans encombrer les urgences, a largement fait ses preuves depuis son lancement en 2002. Un projet de Cami (centre d'accueil médical initial) devrait se concrétiser, au mieux en fin d'année. Il s'agirait d'un lieu ouvert en journée, dans lequel des généralistes se relaieraient pour recevoir ceux qui n'ont pas de médecin ou dont le praticien n'est pas disponible.

La télémédecine pourrait se développer. A l'image de la cabine de téléconsultation lancée cet été au Bois-l'Abbé par l'entreprise Médadom, la ville compte miser sur la téléconsultation. « A condition que les rendez-vous soient assurés par des médecins du secteur », précise Geneviève Carpe (SE), adjointe au maire en charge de la santé. Plusieurs médecins seraient prêts à assurer une partie des téléconsultations.

Les bornes de téléconsultation, comme celle installée au Bois-l’Abbé l’été dernier, pourraient se multiplier. LP/Anna Lippert
Les bornes de téléconsultation, comme celle installée au Bois-l’Abbé l’été dernier, pourraient se multiplier. LP/Anna Lippert  

Des campagnes de prévention et de formation. Nutrition, lutte contre le VIH, promotion du sport, santé à l'école, violences familiales… Les sujets ne manquent pas côté prévention. La CPTS devrait permettre de déployer des campagnes communes. « Nous pourrions par exemple accueillir dans nos officines des infirmiers qui évoqueraient certaines pathologies avec les patients, présente Salim Ghoul, pharmacien et coprésident de la CPTS. Les pharmacies sont au quotidien en contact avec les habitants, c'est important qu'on soit associé. » Des formations pour les professionnels de santé pourront aussi être mutualisées.

Les centres municipaux de santé vont évoluer. Champigny dispose de deux centres municipaux de santé (CMS). Grâce à l'appui de la CPTS, « et donc à une meilleure coordination de tous les soignants », insiste Frédéric Villebrun, directeur de la santé de la ville, les spécialités ou le nombre de généralistes des CMS pourraient évoluer pour s'adapter davantage aux besoins. Les nouveaux élus de Champigny prévoient aussi le déménagement, mais pas avant 2024, du CMS Ténine dans des locaux d'environ 1000 mètres carrés, vers la place du Marché.