Un foyer Covid-19 se déclare à Fresnes : plus de 40 détenus positifs

Un seul de ces prisonniers est hospitalisé. Toute une division est confinée. Chaque détenu sortant de sa cellule doit porter un masque.

 Fresnes. Plus de 500 détenus de la troisième division sont confinés depuis la semaine dernière.
Fresnes. Plus de 500 détenus de la troisième division sont confinés depuis la semaine dernière.  LP/A.-L. A.

Si un couvre-feu est décrété, « promis on le respecte ». C'est la blague qui circule en ce moment à Fresnes. Circule-t-elle plus vite que le virus ? Pas sûr. Depuis la fin de la semaine dernière, le nombre de détenus atteints du Covid-19 augmente de façon impressionnante dans la deuxième prison d'Europe.

En quelques jours, on est passé de deux cas à une « quarantaine », nous précise ce mercredi matin Laurent Ridel, le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Ile-de-France. En clair, il y a un foyer. Il s'est déclaré plus précisément dans deux ateliers de la troisième division.

La quarantaine de détenus testés positifs ont été placés « en quatorzaine absolue », souligne la même source. Le point positif, c'est qu'un seul de ces malades a dû être hospitalisé. Et encore, il se trouve en observation et son état de santé n'inspire pas d'inquiétude particulière. Pour l'heure, la prison de Fresnes est de très loin la plus touchée en Ile-de-France et sans doute sur tout le territoire national.

Tous les prisonniers portent des masques

Lundi matin, sur les 44 cas de détenus positifs en Ile-de-France, 33 concernaient l'établissement val-de-marnais. Sept autres concernaient la prison de la Santé à Paris où il a fallu confiner près de 320 prisonniers.

A Fresnes, le confinement de toute la troisième division concerne plus de 500 prisonniers. « Cette division est coupée du reste de la détention pour créer une sorte d'anneau sanitaire », résume Laurent Ridel.

On met à l'écart les détenus à risque et on fait en sorte de limiter les risques à chaque interaction. « Depuis une semaine tous les détenus sont porteurs de masque », annonce le directeur des prisons d'Ile-de-France. Une mesure prise dans les établissements de Paris et de la petite couronne mais que l'administration pénitentiaire « envisage » d'étendre à toute la région.

Toutes les activités nécessitant un regroupement sont suspendues, mises à part les promenades qui se déroulent en extérieur. Toujours dans les établissements de Paris et de la petite couronne, des vitres en plexiglas ont été posées dans les parloirs. « Et bien sûr nous insistons lourdement sur les gestes barrière », répète l'administration pénitentiaire.

« Je ne sais pas si c'est pire qu'en février/mars »

Fresnes et ses 1 500 détenus est pour l'heure la seule prison de France où un prisonnier est décédé du Covid-19. Cet homme de 74 ans, dont l'état de santé était fragile, avait trouvé la mort en mars dernier. Ce décès avait évidemment suscité de l'inquiétude dans l'établissement où huit détenus avaient été contrôlés positifs. A la fin mars, 93 prisonniers étaient pourtant sortis de confinement après un test négatif.

« Je ne sais pas si la situation que l'on vit à Fresnes en ce moment est pire qu'en février/mars, s'interroge une source à l'administration pénitentiaire. La politique sanitaire est différente ça c'est sûr. On teste beaucoup plus aujourd'hui. » En clair, il n'y aurait pas forcément plus de malades du Covid-19 aujourd'hui qu'au début de la crise mais on les détecterait mieux.

Il n'y a plus de place !

« On a fait 30 campagnes de dépistage, souligne le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Ile-de-France. Près 2 500 agents ont été dépistés ainsi que des milliers de détenus. »

Le gros souci avec tous ces cas positifs, c'est qu'ils impliquent évidemment du confinement et donc de la place. Un luxe en prison. « On s'arrache les cheveux, peste un cadre de Fresnes. Là on a 140 types qui sont en attente d'un placement en détention. Un week-end, on vient d'avoir 40 écrous ! Ce serait bien si on pouvait nous oublier pendant quelque temps. C'est très compliqué de faire respecter les mesures sanitaires quand on nous envoie autant de monde. »

En mars, les juges d'application des peines du tribunal de Créteil avaient multiplié les audiences « hors débat contradictoire ». Cette procédure, en temps normal exceptionnelle, avait permis de statuer plus rapidement sur la libération d'un détenu à partir du moment où le parquet et la direction pénitentiaire donnaient leur feu vert. Plus d'une centaine de remises en liberté avaient été décidées en 15 jours sur la juridiction de Créteil.