Un directeur d’un sous-traitant d’Orly jugé pour avoir fait régner la terreur à l’aéroport

Au terme d’un procès rocambolesque, six mois de prison ferme ont été requis contre un directeur d’une société aéroportuaire pour avoir harcelé une dizaine d’employés pendant près de cinq ans.

 Illustration. Le prévenu est l’un des directeurs d’une société d’Orly chargé de l’accueil des passagers. Il était toujours en poste avant le procès.
Illustration. Le prévenu est l’un des directeurs d’une société d’Orly chargé de l’accueil des passagers. Il était toujours en poste avant le procès. LP/ Guillaume Georges

Les insultes ont commencé à voler avant même le début du procès. Pendant l'audience, qu'il a fallu évacuer, c'était du grand n'importe quoi. On ne sait pas trop comment l'histoire se terminera un jour mais on n'est pas très confiant. Tout ce dont on est sûr, c'est que pour garder une santé mentale convenable, il vaut mieux éviter de travailler dans la société dont il a été question pendant près de huit heures ce jeudi après-midi au tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne).

Un procès rocambolesque au terme duquel douze mois de prison dont six ferme ont été requis à l'encontre d'un directeur d'AOC Alyzia Orly, un sous-traitant qui assure la prise en charge de passagers de l'aéroport. Youcef D est accusé de harcèlement moral à l'encontre d'une dizaine d'employés. La période s'étale de 2014 à 2019. Et le prévenu à « l'autorité naturelle », comme il se définit, est toujours en place.

La salle d'audience évacuée

« Mais c'est quoi votre fonction dans l'entreprise exactement ? » Pour la troisième fois, la présidente revient à la charge. Cela fait déjà quelques heures que le procès est commencé mais le doute demeure sur le métier du prévenu. Il a apparemment été embauché comme directeur des relations sociales et maintenant et il serait directeur du « facteur humain et du management ».

Pas du genre à se démonter, l'homme au bronzage impeccable aime bien les formules choc. « Je gère plus de 6000 personnes », claque-t-il avant de se placer dans le fond de la salle d'audience et de montrer l'assemblée comme s'il s'agissait de ses employés. En gros, il est là pour surveiller. Très gênée, la présidente lui demande de revenir à la barre.

Dans la salle d'audience justement, il n'y a plus que des victimes. Le reste du public a été évacué quand l'une d'entre elle s'est plainte d'être menacée. Une évacuation compliquée, du reste, puisque les policiers ne savaient pas trop qui était cité dans le procès et qui devait sortir de la salle. «Les trois là-bas », dénonce, à tort, Youcef D, décidément très à l'aise.

«J'ai failli me suicider plusieurs fois»

Les unes après les autres, les employées — car il ne s'agit quasiment que de femmes— défilent à la barre. Elles racontent toutes plus ou moins la même histoire. Le prévenu les fixait du regard et leur pourrissait la vie à coups de paroles humiliantes. «Un jour, il m'a dit je suis venu ici pour te mettre la misère », témoigne l'un des salariées. « J'ai failli me suicider plusieurs fois », enchaîne une employée.

Une autre évoque des réflexions sur le port de certains vêtements. « Il y a avait une charte vestimentaire », argumentera la défense.

Parmi les plaignantes, il y a même la responsable des ressources humaines. « On m'avait parlé du personnage, se remémore-t-elle. Il s'est mis à me demander de virer des gens. Mais je n'allais pas licencier des salariés alors que d'autres, qui étaient proches de lui, ne faisaient rien. »

«Il m'a mis plus bas que terre»

Pour elle, la situation se serait envenimée à partir du moment où, en 2014, les deux premières plaintes pour harcèlement ont été classées. « Là c'est devenu du harcèlement puissance 10. Il montrait du doigt en disant Assis ! Couché ! On ne parle pas à une RH comme ça. Il m'a mis plus bas que terre. J'ai eu envie de me foutre en l'air. »

«On va recadrer un peu le débat », intervient le prévenu, soucieux d'aider le tribunal. « Tout ça, c'est faux », résume-t-il. Au contraire, il a été embauché «pour restaurer un dialogue serein avec le personnel ». Car, se souvient-il, la direction «n'arrivait plus à échanger avec les partenaires sociaux. »

Youcef D. se sentait les épaules pour «échanger » car il connaît bien «la banlieue sud ». « J'ai habité Villejuif et L'Haÿ-les-Roses, rembobine celui qui a eu des démêlés avec la justice quand il était plus jeune. C'est le bassin d'emploi d'Orly avec des gens de ma communauté. » « Je l'ai recruté parce qu'il a le même langage de cité que mes salariés », avait confirmé un responsable de la direction générale.

Depuis peu de temps, le prévenu aurait reçu une promotion. Le délibéré est attendu le 10 décembre.