Saint-Maur-des-Fossés : après la garde à vue pour vente de CBD, le gérant doit fermer trois mois

Anthony, 33 ans, qui avait été interpellé pour avoir vendu du CBD, écope d’une fermeture administrative. Un recours va être déposé devant le tribunal administratif.

 Saint-Maur-des-Fossés, ce vendredi matin. Anthony, gérant de Light Clope avait pu rouvrir sa boutique spécialisée dans la cigarette électronique, après avoir dû s’expliquer devant la police pour avoir vendu du CBD. Il doit désormais fermer pour trois mois sur décision préfectorale.
Saint-Maur-des-Fossés, ce vendredi matin. Anthony, gérant de Light Clope avait pu rouvrir sa boutique spécialisée dans la cigarette électronique, après avoir dû s’expliquer devant la police pour avoir vendu du CBD. Il doit désormais fermer pour trois mois sur décision préfectorale. LP/Agnès Vives

A peine rouvert et déjà refermé. Anthony, le gérant de Light Clope, boutique spécialisée dans la vente de cigarette électronique, qui s'est implantée depuis mai dans le très chic quartier rue Saint-Hilaire de Saint-Maur-des-Fossés, est en plein désarroi.

Ce vendredi, le commerçant de 33 ans avait pu relancer son affaire fermée depuis le 23 décembre, suite à son interpellation et ses 96 heures de garde à vue, pour avoir vendu du CBD. Le « cannabidiol », produit en vogue, est considéré comme légal, à condition que le taux de THC, la molécule psychotrope du cannabis, contenue dans les fibres et graines de cannabis vendues ne dépasse pas 0,20 %.

« Un avis en contradiction avec celui du juge »

Mais le répit n'a été que de courte durée. Ce lundi, lui a été notifié l'arrêt préfectoral ordonnant la fermeture trois mois du commerce, pour vente de produits stupéfiants.

« C'est un avis en totale contradiction avec celui du juge qui n'a pas mis en examen mon client pour ce motif, nous sommes extrêmement surpris », réagit ce mardi, son conseil, Me Ingrid Metton.

Le père de famille a été placé sous le simple statut de témoin assisté, alors que la procédure judiciaire suit son cours. « Il n'y a pas d'éléments suffisants pour le mettre en examen », précisait ce vendredi le parquet de Créteil. Tandis que son fournisseur a été lui, mis en examen pour lui avoir livré des stocks de produits aux taux de THC supérieurs aux seuils légaux. Les analyses des pots saisis étaient encore en cours ce vendredi.

« Peut-être que les analyses ne sont pas bonnes, mais aujourd'hui, elles ne sont pas réalisées selon des protocoles adaptés », dénonce M e Metton. La spécialiste de ce type de procédure constate « une résistance de la France, à tous les niveaux d'administrations à ne pas appliquer le droit européen ». La Cour de justice de l'Union européenne avait rappelé à l'ordre la France en novembre dernier, jugeant son interdiction de la commercialisation du CBD illégale.

Anthony avait lui, commencé la vente du CBD, après cette décision de justice, début décembre, tenté par le phénomène de mode, et son fournisseur qui lui avait suggéré l'idée. En trois semaines de vente, c'était encore une part marginale de son chiffre d'affaires, de l'ordre de « 10 % ».

« Je vais fermer, mon vendeur va se retrouver au chômage »

Un référé devait être déposé ce mardi, au plus tard mercredi, devant le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne), espérant casser l'arrêté préfectoral. Lequel se base, selon nos informations sur le code de santé publique. Il vise ainsi l'établissement, et non pas le gérant, alors qu'une vente de produits qualifiés de stupéfiants au regard du taux de THC, a été constatée.

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Mais pour Anthony, qui fait valoir sa bonne foi, analyses des produits à l'appui, c'est « une double peine ». Déjà, sa réputation a été entachée. Les scellés rouge sang sur la devanture noire de l'établissement comportaient la mention « trafic de stupéfiants ». « On salit les gens gratuitement, alors que ce n'est pas ça un trafic. C'est disproportionné. »

A la réouverture, ce vendredi, « une petite partie » de la clientèle selon lui, est revenue. « Certains ont posé des questions, me soutiennent mais le mal est fait », constate-t-il.

Alors ce mardi, le commerçant ne voit pas de « raison de continuer », surtout avec la conjoncture actuelle. « Je vais fermer, mon vendeur va se retrouver au chômage, se désole-t-il. Comment faire ? »