Risque de crues : le Val-de-Marne en état d’alerte pour éviter le pire

Tandis que les habitants de certains quartiers inondables mettent leurs affaires à l’abri, les mairies jouent aussi la prudence. Comme à Villeneuve-Saint-Georges, où un gymnase est déjà prêt à accueillir des sinistrés.

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 Villeneuve-Saint-Georges, ce mardi. Dans le quartier de Blandin, les habitants s’inquiètent de voir monter le niveau des eaux.
Villeneuve-Saint-Georges, ce mardi. Dans le quartier de Blandin, les habitants s’inquiètent de voir monter le niveau des eaux. LP/Gérald Moruzzi

« Je suis d'astreinte aujourd'hui. » Ce mardi matin, dans le quartier de Blandin à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), Eric a commencé à déplacer une partie de ses biens. Il faut dire que ces derniers jours, depuis son pavillon, il voit les eaux de l'Yerres monter millimètre après millimètre et se rapprocher de plus en plus de son portail. Un même phénomène qui touche d'autres cours d'eau et d'autres communes du Val-de-Marne, avec plus ou moins d'ampleur. Dans toutes ces villes, le public est invité à se tenir éloigné des cours d'eau aux courants parfois importants.

Face à cette situation, les équipes techniques du département, rodées notamment grâce à des exercices grandeur nature, multiplient les mesures de protection anti-crue. Quinze stations de pompage sur 26 sont par exemple entrées en fonction afin d'éviter les débordements des réseaux d'assainissement. A Ablon-sur-Seine, Alfortville, Villeneuve-Saint-Georges, Joinville-le-Pont, Bry-sur-Marne, Nogent-sur-Marne et Le Perreux-sur-Marne, une cinquantaine de brèches ont été fermées à l'aide de batardeaux, afin de retenir l'eau.

Les berges d'Alfortville interdites au public

Des cheminements pour piétons et/ou vélos ont été fermés ou sécurisés, comme à Choisy-le-Roi ou à Alfortville. Dans cette dernière, située à la confluence de la Seine et de la Marne, le maintien du niveau en « vigilance jaune » de deux rivières incite à la prudence. L'accès aux berges de Seine reste ici interdit par arrêté municipal.

Du côté des riverains aussi, on s'organise. Au cœur de la bâtisse qu'il habite depuis plusieurs décennies à Villeneuve-Saint-Georges, Eric fait comme la plupart de ses voisins : il place en hauteur les éléments qui le méritent à ses yeux. « Je ne pense pas que l'eau va encore beaucoup monter, mais c'est mieux de se préparer au pire », confie-t-il, prévoyant et expérimenté.

Villeneuve-Saint-Georges, ce mardi. «Lors des inondations de 2016, l’eau est montée jusqu’à 1,80 mètre dans mon garage», se rappelle Eric. LP/Gérald Moruzzi
Villeneuve-Saint-Georges, ce mardi. «Lors des inondations de 2016, l’eau est montée jusqu’à 1,80 mètre dans mon garage», se rappelle Eric. LP/Gérald Moruzzi  

Ces dernières années ayant été marquées par des épisodes de crues parfois records, ce riverain a acquis un certain savoir-faire en matière de déménagement express. « Lors des inondations de 2016, l'eau est montée jusqu'à 1,80 mètre dans mon garage, se rappelle-t-il. Heureusement, mon assurance m'a tout remboursé. »

A la mairie de Villeneuve-Saint-Georges, la situation est prise très au sérieux, tant pour le quartier de Blandin que pour le celui du Triage, les plus impactés lors des dernières montées des eaux. « La pandémie et ses conséquences, maintenant l'eau qui monte, nous ne faisons que gérer des crises depuis que nous sommes arrivés aux manettes », souligne Kristell Niasme, première adjointe au maire.

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La mobilisation prend ici plusieurs formes. « La surveillance du niveau de l'eau est effectuée 24 heures sur 24, par la police municipale durant la nuit, ensuite par les agents techniques, par roulement », explique l'élue. Un dispositif d'alerte téléphonique a été mis en place pour s'assurer que personne ne se trouve en difficulté. Les personnes âgées isolées et n'ayant pas de téléphone portable sont également contactées très régulièrement, par le biais du porte-à-porte.

Villeneuve, ce mardi. Mobilisé par la mairie, le gymnase Léo-Lagrange est prêt à accueillir plusieurs dizaines de sinistrés si nécessaire. LP/Gérald Moruzzi
Villeneuve, ce mardi. Mobilisé par la mairie, le gymnase Léo-Lagrange est prêt à accueillir plusieurs dizaines de sinistrés si nécessaire. LP/Gérald Moruzzi  

Pendant ce temps, on s'est préparé au pire, c'est-à-dire l'exfiltration en urgence d'éventuels habitants. Un centre d'accueil a ainsi été aménagé entre les murs du gymnase Léo-Lagrange, en partenariat avec la Croix-Rouge. Une trentaine de lits de camp et de sacs de couchage sont d'ores et déjà disposés à bonne distance les uns des autres, dans le respect des règles sanitaires.

Par peur des voleurs, des habitants ne quitteront pas leur foyer

Quand bien même tout est fait pour éviter d'y créer un cluster, Cyril n'est pas prêt à quitter son pavillon menacé par l'Yerres. « Franchement, avec le Covid-19 qui circule, je préfère rester chez moi », avoue-t-il. Eric compte aussi rester chez lui, alors que sa femme et ses enfants sont hébergés dans la famille le temps que l'eau redescende enfin. Sa mission : protéger ses biens de toutes les menaces. « Si je reste, c'est aussi pour éviter les vols, confie-t-il. Lors des inondations de 2016, il y en a eu beaucoup. On a vu des gens repartir avec des télés, ils ont heureusement été vite rattrapés. »

« De jour comme de nuit », ce riverain va donc rester vigilant et contrôler son environnement et le niveau de cette eau qui grignote peu à peu l'asphalte aux abords de sa maison. Les prévisions météorologiques pour ces prochaines heures et jours devraient l'inciter à se plier à cette vérification très régulièrement.

Un hiver particulièrement pluvieux

Prévisionniste à Météo France, Jean-Yves Choplin confirme. La pluie va continuer à tomber cette semaine dans le Val-de-Marne, mais pas autant que ces derniers jours. « Dans la nuit de ce mardi à ce mercredi, un nouveau passage pluvieux devrait amener à peine plus de 10 millimètres de précipitations, annonce le spécialiste mardi après-midi. Jeudi, la journée devrait être globalement sèche. »

Après un passage pluvieux « assez faible » annoncé pour vendredi et samedi et un dimanche « mitigé, avec quelques averses locales », les températures se feront plus fraîches, les éclaircies plus nombreuses et les averses plus « anecdotiques » dès le début de la semaine prochaine.

Si la situation va tendre vers une amélioration ces prochains jours, il n'en reste pas moins que cet hiver est d'ores et déjà « l'un des plus pluvieux depuis le début de nos observations, indique Jean-Yves Choplin. Depuis décembre, il a quasiment plu deux fois plus que la normale dans le Val-de-Marne ».

Eric n'a que faire de cette donnée. Il souhaite juste que le niveau de l'eau baisse et revienne à son état normal. « J'espère aussi que l'électricité ne va pas être coupée, souffle-t-il. En 2016, le courant avait sauté et j'avais dû mettre mon congélateur plein de viande dans une barque ! »