Qui est la nouvelle députée PS du Val-de-Marne ?

Isabelle Santiago, 55 ans, a été élue ce dimanche soir avec 57,8 % des voix, pour succéder à Luc Carvounas, député sortant, redevenu maire d’Alfortville.

 Alfortville, ce lundi. Isabelle Santiago est élue députée de la 9e circonscription du Val-de-Marne.
Alfortville, ce lundi. Isabelle Santiago est élue députée de la 9e circonscription du Val-de-Marne. LP/Agnès Vives

« Félicitations Isabelle ». En sortant du café à côté de la mairie d'Alfortville, la nouvelle députée PS du Val-de-Marne ne peut faire un pas sans croiser un soutien. Ce lundi pour sa première journée de parlementaire, veille de « sa rentrée des classes », Isabelle Santiago, 55 ans, a reçu « beaucoup » de témoignages qui l'ont « touchée » : ceux qui se souviennent de ses parents installés rue de Seine, de ses boums organisées dans le garage de son père, chef d'entreprise dans le bâtiment et bien sûr les militants socialistes avec lesquels elle arpente les marchés depuis 1985. Lionel Jospin, ancien secrétaire national et Premier ministre, lui-même, l'a appelée.

Pas de quoi faire perdre la tête à la nouvelle parlementaire élue ce dimanche soir? Elle l'emporte avec 57,8 % des voix face à la numéro 2 d'EELV, Sandra Regol. « Je sais d'où je viens », assène-t-elle, alors qu'en mairie, dans les couloirs, certains peuvent la juger « hautaine » ou « distante ». « Je ne me vois pas comme ça, peut-être est-ce parce que je protège ma vie privée ».

A dix ans, elle prépare la colle pour les affiches de Mitterrand

Mère avant tout, et « chef de famille », par la force des choses de la vie, Isabelle Santiago a toujours veillé à « privilégier son cocon », un équilibre qui lui permet d'avoir « un pied dans le réel ». Et ceux qui ont tenté de l'en dévier ont dû se frotter à son caractère andalou « bien trempé ».

Née dans un milieu modeste, Isabelle Santiago a gravi tous les échelons de la politique, dans laquelle elle a plongé sans trop s'en rendre compte. A dix ans, avec d'autres gamins, elle « s'amusait » à préparer la colle pour les affiches de François Mitterrand et jouait à câliner le chien du président de la République. « J'étais amie des enfants de son chauffeur Pierre Tourlier qui habitait là », se souvient-elle avec gourmandise. Avant de faire la fête en 1981, sur le parvis de la mairie, « une autre époque ».

« C'est une fille de la ville, elle est connue, proche du terrain. Elle le mérite », apprécie l'actuel maire PS d'Alfortville Luc Carvounas, qui l'avait choisie pour lui succéder à l'Assemblée nationale, alors qu'il a retrouvé sa mairie. Faisant d'elle « la première députée de l'histoire de la 9 e circonscription » du Val-de-Marne (Alfortville-Vitry).

Sur les pas de Michèle Sabban

Pourtant à l'école, « c'était plutôt la première place en partant du fond », rigole-t-elle. « A cette époque, dans les milieux modestes, il fallait aller travailler », confie-t-elle. Un grave accident de voiture à 18 ans la cloue dans un lit d'hôpital pour de nombreux mois. C'est en mairie qu'elle commencera à travailler, du temps de René Rouquet (PS), maire puis député.

Mais en politique, première, elle l'a déjà été en prenant la tête de la section PS d'Alfortville, de 2008 à 2014, toujours sous l'œil de René Rouquet et d'un certain… Luc Carvounas. « Elle a su faire sa place », note cet ancien militant. A une époque où les femmes devaient encore jouer des coudes. De sorte que des militants la comparent à Michèle Sabban, ancienne patronne du PS 94 et proche de DSK.

Mais elle, les intrigues de pouvoir, « ça ne m'intéresse pas », prévient-elle. Pourtant aux premières loges, lorsque cette cadre de la fonction publique travaillait à la présidence du Sénat, du temps de Jean-Pierre Bel (PS), ou encore comme cheffe de cabinet de Jean-Christophe Cambadélis, alors patron du PS.

Durant cette dernière campagne d'ailleurs — la première remonte à 1986 — Isabelle Santiago s'est tenue loin des passe d'armes de son camp avec Sandra Regol. « Elle sait prendre de la hauteur, mener sa campagne loin des polémiques », confirme Déborah Zabounian, qui se présentait au nom des Républicains, face à elle, lors des dernières départementales.

La protection de l'enfance, SA bataille

Première encore, Isabelle Santiago l'avait été, en devenant vice-présidente au conseil départemental, où elle siège depuis 2011. C'est là qu'elle découvre la protection de l'enfance, devenue son champ de « bataille ». « Elle est hyper impliquée, elle réagit toujours au quart de tour, prête à aller voir ce qui se passe ailleurs, pour l'importer en Val-de-Marne », note ce chargé de mission au département.

« Isabelle est loin d'avoir une approche idéologisée, elle est plutôt pragmatique et s'appuie sur les avis techniques, apprécie Stéphane Pardoux, ancien directeur de l'hôpital intercommunal de Créteil. Elle a beaucoup accompagné le renouveau de la Maison de l'adolescent. » Mais aussi a œuvré pour permettre aux enfants victimes d'être entendus à l'hôpital, dans une unité d'accueil médico-judiciaire pédiatrique et non plus dans un commissariat.

Et si ce mardi, en reprenant le fauteuil de Luc Carvounas, elle posera sa première question à la ministre de la Défense Florence Parly, elle compte bien « pousser les portes » et faire avancer la cause de l'enfance, en intégrant la commission des affaires sociales.

« Aujourd'hui, l'administration travaille en silo, alors que cette question doit être traitée de façon transversale : aide sociale, éducation, justice », relève la spécialiste qui promet de « ne rien lâcher ». Raison pour laquelle elle quittera la mairie, obligée de lâcher un mandat. « Je ne serai pas loin », rassure-t-elle. Mais elle reste au département, pour pouvoir siéger au conseil national de la protection de l'enfance et présider l'observatoire du Val-de-Marne.

« Un beau parcours de méritocratie comme le PS en est capable », conclut Jonathan Kienzlen, premier secrétaire du PS 94, pas jaloux, lui dont le nom circulait un temps pour être candidat à sa place.

Mais un parcours qui permettra, peut-être, d'inspirer les jeunes femmes. Autre cheval de bataille d'Isabelle Santiago qui a lancé en 2018, avec la bâtonnière Annie Koskas notamment, le réseau des femmes d'influence du Val-de-Marne, pour dire aux autres femmes qu'elles peuvent « tout oser ». La preuve.