Quel est le bilan de l’ex-maire de Villejuif, Franck Le Bohellec, épinglé par la chambre régionale des comptes ?

Le conseil municipal du nouveau maire PCF Pierre Garzon doit voter le budget mardi soir, éclairé par les remarques du rapport de la chambre régionale des comptes.

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 Villejuif, décembre 2017. Franck Le Bohellec, l’ancien maire, lors d’un conseil municipal étudiant le rapport d’orientations budgétaires.
Villejuif, décembre 2017. Franck Le Bohellec, l’ancien maire, lors d’un conseil municipal étudiant le rapport d’orientations budgétaires. LP/Lucile Métout

Franck Le Bohellec (DVD) a-t-il correctement géré Villejuif lorsqu'il était maire ? La question sera au cœur des échanges ce mardi soir au conseil municipal. Les élus doivent voter le budget 2021 du nouveau maire Pierre Garzon (PCF) et évoquer le récent rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de 2014 à 2018.

Telle une maîtresse d'école, la CRC a distribué ses bons et mauvais points à Franck Le Bohellec. Nous les avons soumis à Pierre Garzon, qui veut aujourd'hui bâtir « un budget transparent et sincère ».

Les bons points

Le Bohellec a désendetté la ville. « La capacité d'autofinancement brute a quasiment doublé » entre 2014 et 2018 et « la capacité de désendettement a atteint 8,3 ans en 2018 contre 15,4 ans en 2014 », félicite la CRC. Jusqu'en 2015, Villejuif souffrait d'un « endettement très lourd ». Elle ne parvenait qu'à « rembourser les annuités en capital de la dette, la contraignant à emprunter environ 11 millions d'euros pour faire face à ses investissements ». L'ancienne équipe de droite a réussi à contenir l'endettement à 110 M€ en moyenne sur la période.

Comment? Grâce au rattachement à Grand Orly Seine Bièvre en 2016, source de revenus importants; grâce à la maîtrise de la masse salariale; et surtout grâce à la vente de biens immobiliers municipaux. Les cessions ont « atteint 27,9 millions d'euros sur la période, qui ont été affectés au financement de 65 M€ d'investissements dont 92 % de dépenses d'équipement », note la chambre.

Mais… « Pour avoir des recettes ponctuelles, la ville s'est amputée de sa capacité à se projeter, estime Pierre Garzon. Monsieur Le Bohellec avait lancé 70 chantiers de logements durant sa mandature sans prévoir les équipements, qui s'avéreront nécessaires quoi qu'il arrive. Il faudra racheter des terrains pour créer une école, un gymnase, un espace vert… Et cela nous coûtera beaucoup plus cher. Ce choix handicape donc la ville pour son avenir. Il était davantage un marchand de biens qu'un maire visionnaire. » La CRC pointe effectivement la fragilité de cette amélioration financière « car dépendante d'une politique de cession d'actifs. La commune doit donc envisager des mesures plus pérennes ». La ville vient donc de lancer une étude patrimoniale globale qui sera rendue au printemps avec un vote au conseil municipal.

Il a contenu la masse salariale. La mairie de Villejuif compte environ 1 100 agents (équivalent temps plein). L'équipe de Franck Le Bohellec « a réussi à contenir l'évolution de sa masse salariale depuis 2014 par une gestion serrée des avancements et promotions, le non-remplacement systématique des départs en retraites et différentes mesures de réorganisation des services ».

Mais… « C'est une mesure en trompe-l'œil, critique Pierre Garzon. En réalité, Monsieur Le Bohellec a réduit le nombre de fonctionnaires mais a recouru massivement aux contractuels, contrats précaires : CDD, vacataires… Il renouvelait parfois un CDD jusqu'à 6 fois durant le mandat, totalement hors des seuils et plafonds légaux. Cette précarisation entraînait aussi une flambée des arrêts maladie (burn-out…). » La CRC confirme que « l'absentéisme s'est aggravé sur la période pour atteindre près de 48 000 journées en 2018 ». Elle dénonce une grande rotation des effectifs. Trois DGS et huit DGA se sont succédé en quatre ans par exemple. Aussi, « les expériences professionnelles et les grades attribués à certains agents contractuels ne justifient pas toujours les niveaux de rémunération consentis ».

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Pierre Garzon a donc lancé un « plan de déprécarisation » du personnel. Il transforme les CDD en CDI ou « stagiaire » de la fonction publique territoriale dès que possible. Il veille aussi à stabiliser la main-d'œuvre et à réinternaliser les métiers relevant de postes pérennes (agent de ménage, cantonnier) pour réduire les missions externalisées sous l'ère Le Bohellec comme les prestations de nettoyage. « Cela coûtait plus cher qu'en interne et c'était moins bien fait. »

Les mauvais points

Des marchés publics litigieux. La CRC pointe les 18 millions euros d'achats effectués hors marché entre 2014 et 2018. Elle dénonce un manque de contrôle interne, un système d'information incomplet et l'impossibilité de vérifier sir la commande publique respectait les seuils et les mises en concurrence. « Des marchés ont été renouvelés tacitement, sans procédure d'appel d'offres. Le marché de la propreté urbaine a été utilisé pour près du triple des autorisations de crédits ouvertes, ce qui nous a conduits à déposer plainte pour délit de favoritisme », précise Pierre Garzon.

Des comptes inexacts. « Les processus de contrôle interne ne permettent pas de vérifier la traçabilité et la sécurité des mouvements comptables », constate la chambre. Les provisions pour risques ont un « niveau inadapté. Les restes à réaliser en fin d'exercice comptable sont inexacts. L'actif communal est incomplet, vu l'absence d'inventaire physique et d'apurement des immobilisations en cours ». Côté ressources humaines, leur gestion administrative « manque de rigueur » : anomalies sur la paie, les astreintes et les bonifications, décompte des heures supplémentaires non conforme, recours fréquent à des agents contractuels sans toujours respecter la loi, avantages en nature (logement de fonction, repas…) hors des dispositions réglementaires…

Conseil municipal, mardi 2 février, à 19 heures. Diffusé en direct sur la page Facebook « Ville de Villejuif ».