«Qu’est-ce qu’il a fait à Sandra ?» : la mère de la jeune femme assassinée veut connaître la vérité

Au lendemain de la reconstitution du meurtre qui s’était produit en mai 2019 dans une supérette de Quincy-sous-Sénart (Essonne), les proches de cette étudiante de 23 ans du Val-de-Marne attendent que le principal suspect se livre davantage.

 Créteil, quartier du Mont-Mesly, jeudi 1er octobre. Djaouida n’a quasiment rien changé dans la chambre de Sandra, sa fille aînée, depuis sa mort.
Créteil, quartier du Mont-Mesly, jeudi 1er octobre. Djaouida n’a quasiment rien changé dans la chambre de Sandra, sa fille aînée, depuis sa mort.  LP/Denis Courtine

Elles ressassent sans cesse ce samedi 11 mai 2019. Cela faisait déjà deux jours que Sandra, étudiante de 23 ans originaire de Créteil (Val-de-Marne), ne donnait plus de nouvelles. Djaouida, sa mère, et Hindra, sa sœur, se rendent avec des amis au Franprix de Quincy-sous-Sénart (Essonne), où elle était censée avoir fait étape pour la dernière fois. Djaouida veut coller l'avis de recherche dans le magasin. A la caisse, l'employé, un « grand gaillard au regard fuyant » refuse. « Il était très concentré sur sa tâche, presque trop calme », se souvient Hindra.

Quelques semaines plus tard, les proches de Sandra apprennent qu'un suspect s'est rendu. Il s'agit de Shamran, 33 ans, l'employé du Franprix au comportement intrigant. Depuis plus d'un an, lors de ses différentes auditions, et malgré les éléments matériels l'incriminant, il n'a cessé de désigner un « Roumain » venu « acheter un pinceau » responsable du meurtre de Sandra. Cet homme n'a jamais été retrouvé.

Et les proches de la jeune fille, comme les enquêteurs de la criminelle, ne croient pas une seconde à cette version. Ce jeudi, au lendemain de la reconstitution du meurtre dans la supérette, la famille de Sandra réclame plus que jamais la vérité. Car, le jeune homme, « froid et sans émotion », selon Grégory Bensadoun, l'avocat des proches de la victime, est resté accroché à son histoire du « Roumain ».

Sa famille est persuadée que Shamran n'a pas agi seul

« Qu'est-ce qu'il a fait à Sandra ? On veut le savoir, et que justice soit faite », insiste Djaouida. La mère de l'étudiante appréhende le procès, où elle compte bien demander « face à face » au suspect de raconter les faits. « Est-ce qu'il va dire la vérité un jour ou l'autre ? Cela pourrait en faire parler d'autres », espère-t-elle.

Sandra B., étudiante de 23 ans, avait été retrouvée morte pieds et poings liés dans le coffre de sa voiture à Valenton. DR
Sandra B., étudiante de 23 ans, avait été retrouvée morte pieds et poings liés dans le coffre de sa voiture à Valenton. DR  

Car les proches de Sandra sont persuadés que Shamran n'a pas agi seul. Dans ce Franprix, il travaillait avec plusieurs membres de sa famille. « Il y a eu des complices, estime Djaouida. Le corps de Sandra est resté quelque part du jeudi au dimanche, puis il a été déplacé. Faire ça seul, c'est impossible. »

Pourtant, comme le rappelle Djaouida, Sandra est « minuscule » avec son 1,55 m et ses 47 kg. Selon nos informations, lors de la reconstitution, l'employé est parvenu à la transporter jusqu'au coffre de la voiture.

Bouleversée par la mort de Victorine

Il y a quelques jours, en allumant sa télévision, dans le petit salon de l'appartement du Mont-Mesly, à Créteil, un témoignage a fait resurgir de vieux démons chez Djaouida. Celui du père de Victorine, 18 ans, dont le corps a été retrouvé dans un ruisseau de Villefontaine (Isère), alors qu'elle rentrait d'une après-midi shopping. « Ça m'a rappelé l'histoire de Sandra, livre Djaouida. Quand j'ai vu son père pleurer, j'ai fondu en larmes aussi. »

Depuis un an, la mère et la sœur de Sandra tentent de se reconstruire en l'absence de cette jeune fille « forte », qui avait pris en main la gestion financière du foyer à la suite du décès du père. « Elle était très présente pour nous, décrit Djaouida. C'était mon soleil, et pour sa sœur, une jumelle. Une petite fille douce, dévouée, courageuse. »

« On m'a arraché la moitié de mon cœur »

Sandra se démenait pour « sortir sa sœur », avec qui elle avait cinq ans d'écart, et « aider sa mère ». « Son patron voulait l'embaucher en CDI à la fin de son stage, se souvient Djaouida. Sandra allait obtenir son Master. Quand je vois ses copines qui ont leur diplôme, qui deviennent ingénieures… ça me donne la rage. »

La mère de famille garde un œil encore plus protecteur avec son unique fille, Hindra. « Elle me surveille », confirme cette dernière avec ce sourire dont elle ne se départit jamais mais qui semble cacher tellement de souffrance. « Oui, je suis paranoïaque avec elle, admet Djaouida, parce que j'ai peur. On m'a arraché la moitié de mon cœur, il me reste l'autre moitié. Sandra, le jour de sa disparition, je l'avais eue au téléphone avant le déjeuner, et après je ne l'ai plus revue. »

Sa chambre est restée intacte

A Créteil, la chambre de Sandra, au lit rose bonbon, est restée intacte. « On a laissé son dressing, sa télé, sa couverture, ses doudous, égrène sa mère. Parfois, on y dort à tour de rôle avec Hindra. » Mais l'émotion pèse parfois sur cette famille, assaillie de questions par son voisinage, et qui associe cet appartement à des souvenirs douloureux. « On a fait une demande de changement de logement auprès de notre bailleur, Créteil Habitat, il y a un an », explique Djaouida. Un courrier a aussi été envoyé au maire (PS) de Créteil, Laurent Cathala.

Cet été, Hindra a travaillé deux semaines dans une boutique du centre commercial Créteil Soleil. Avec son salaire, elle a emmené sa mère en vacances en Crète pendant dix jours, pour se changer les idées. Elles ne l'avaient jamais fait toutes les deux. « Mais même là-bas, je pensais à Sandra », regrette Djaouida.