«Pourquoi dans les Ehpad, ils ont droit au vaccin, et pas nous ?» : le cri d’alarme des seniors en résidence autonomie

A la résidence Le Moulin, à Cachan (Val-de-Marne), les personnes âgées de ce foyer-logement ont l’impression d’être les laissés pour compte de la campagne de vaccination.

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 Cachan, ce lundi matin. Dans la résidence Le Moulin à Cachan, les pensionnaires ont du mal à se déplacer. Seulement deux résidents ont réussi à se faire vacciner contre le Covid-19.
Cachan, ce lundi matin. Dans la résidence Le Moulin à Cachan, les pensionnaires ont du mal à se déplacer. Seulement deux résidents ont réussi à se faire vacciner contre le Covid-19. LP/Agnès Vives

«Pourquoi ? » Christiane, 78 printemps, rumine. Et elle n'est pas la seule. Ses copains et copines de la résidence Le Moulin à Cachan, calfeutrés dans leur chambre pour se protéger du coronavirus, sont tout aussi remontés.

«Pourquoi dans les Ehpad, ils ont droit au vaccin, et pas nous?» Ce lundi matin, Christiane tempête. «Pour la grippe, ils viennent bien nous vacciner, pour faire les tests, des équipes sont aussi venues, note la locataire en pension. Alors pourquoi pas pour le vaccin contre le Covid? Une solution d'autant plus appréciable que cette rescapée d'un cancer du sein se déplace avec difficulté. Deux béquilles posées à ses côtés en témoignent.

Et cette dame est loin d'être la seule, dans les couloirs de la résidence : sur les 83 seniors, 45 sont considérés comme des personnes à mobilité réduite. Jacques, les cheveux grisonnants, arrive et se pose deux minutes, dans un fauteuil, une canne à trépied en main. Pas de rendez-vous en vue pour lui non plus.

«Avec ce virus, on ne vit plus»

Dans l'entrée, plus mobile, malgré ses 84 ans, Arlette écoute ses voisins. Ses hochements de tête en disent long. «Avec ce virus, on ne vit plus. Cela fait un an que ma fille me dépose des affaires à l'entrée. Je ne sors que par nécessité, pour mes rendez-vous ophtalmiques à l'hôpital Cochin.» Alors qu'avant, cette mamie aimait se promener, faire des courses... «Avec le vaccin, je pourrais dire ouf. »

L'octogénaire a bien tenté de décrocher une injection. Derrière son joli masque en tissu, elle raconte comment elle a appelé les centres de vaccination, une fois, deux fois, à Arcueil, à L'Haÿ-les-Roses, etc. Cachan, malgré la demande de la municipalité, ne fait pas partie des 13 centres de vaccination du Val-de-Marne. Mais pas de place.

Seulement deux pensionnaires vaccinés

Comme d'autres, - ils sont plus de 70 à vouloir se faire vacciner -, Arlette a aussi toqué à la porte de l'administration. Maria et les autres personnels sont venus à sa rescousse pour zigzaguer dans les méandres d'Internet et tenter l'aventure des rendez-vous en ligne. Echec patent.

Sur l'ensemble de la résidence, seulement deux pensionnaires sont vaccinés. Des cas précis où les familles s'en sont mêlées. Au point même de s'imposer dans un centre de vaccination.

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Les seniors des RPA, anciennement appelés foyers-logements seraient-ils les grands oubliés de la vaccination ? Selon les règles sanitaires, ces personnes âgées dépendent « du droit commun », comme tout 75 ans et plus vivant à son domicile.

«Il y a beaucoup d'angoisse »

A ce jour, d'après les chiffres du conseil départemental, ils sont seulement 10% à avoir reçu une première injection parmi les 2 400 pensionnaires vivant dans les 52 structures. Quand 60 à 65% des résidents en Ehpad sont vaccinés dans le Val-de-Marne, selon l'Agence régionale de santé.

Une « injustice » mal vécue. «Beaucoup de résidents ne se voient pas aller dans un centre de vaccination, relève la directrice Carine Collyn, au passé de professionnelle en Ehpad. Certains ne peuvent pas se déplacer sans aide, d'autres peuvent avoir des problèmes d'incontinence, ou des troubles psychologiques. Il y a beaucoup d'angoisse.»

Christiane reprend ses questions. «On dit que nous sommes autonomes, je veux bien. Mais tout le monde ne l'est pas. Et en plus, il faut se déplacer, deux fois !, insiste-t-elle. Vous imaginez ? »