Pour le nouveau maire PCF de Vitry Pierre Bell-Lloch, «ce n’est pas un putsch, c’est la révolution»

Près d’un mois après son élection à la hussarde, l’élu dont le cas est étudié en ce moment par son propre parti aspire à ce que la ville « retrouve de la sérénité ».

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 Vitry, le 29 juillet. Le nouveau maire PCF de Vitry Pierre Bell-Lloch dans son bureau.
Vitry, le 29 juillet. Le nouveau maire PCF de Vitry Pierre Bell-Lloch dans son bureau. LP/F.D.

Sur le marché, aux Ardoines, sur un incendie, dans des centres de loisirs, devant le centre bus RATP, et même à la plage (auprès de Vitriots, pas pour se baigner). Pierre Bell-Lloch est partout. Depuis son élection particulièrement mouvementée le 4 juillet l'élu de 42 ans et son équipe « profondément renouvelée » relèvent un « grand défi », c'est lui qui le dit : « construire » sa « légitimité », et plus largement celle de la nouvelle équipe. Jusqu'à mettre sur le coup une agence de communication. Alors que la commission nationale de médiation et de règlement des conflits étudie son cas, l'élu dit n'aspirer qu'à « retrouver un peu de sérénité et d'apaisement à Vitry ». Avec en ligne de mire la législative partielle en septembre, et les départementales l'année prochaine.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?

L'élection du 4 juillet a suscité beaucoup d'émotion. Il faut le temps de l'explication, et qu'on arrive à reconstruire avec l'ensemble des communistes. Certains sont surpris de ce qui s'est passé. La commission doit nous aider à l'expliquer, parce que c'est assez complexe. On n'a pas fait quelque chose d'illégal, c'est prévu par la loi. On a mis un scrutin de liste pour empêcher que des barons locaux s'imposent au peuple. Les représentants des Vitriots ont décidé qu'il fallait changer le maire parce qu'ils ont estimé que la tête de liste n'était pas à même de respecter les accords qui ont été passés. Donc la commission va nous aider à expliquer tout ça.

L’ancien maire Jean-Claude Kennedy (PCF) devant l’hôtel de ville le 11 juillet, alors qu’une manifestation opposant pro Bell-Lloch et pro Kennedy avait lieu. LP/Denis Courtine
L’ancien maire Jean-Claude Kennedy (PCF) devant l’hôtel de ville le 11 juillet, alors qu’une manifestation opposant pro Bell-Lloch et pro Kennedy avait lieu. LP/Denis Courtine  

Vous parlez des accords avec EELV ?

Oui, mais même en interne. Ont été imposées aux communistes de Vitry des choses qui n'étaient pas décidées collectivement. Quand vous avez une liste élue par une assemblée générale et que la liste présentée par la tête de liste —qui a le pouvoir de la modifier— a été modifiée à plus de 40 %, il y a un problème. Quand vous êtes un homme politique, et je suis toujours secrétaire de section, vous devez faire respecter la voix des militants. Et on est dans un système présidentialisé où on pense que la tête de liste est automatiquement le maire. La réalité ce n'est pas ça. Alors si on a pu donner un grand cours d'instruction civique à tout le monde, on en est très fiers.

Vous êtes de fait dans une position compliquée au sein du conseil…

Le fait qu'il y ait eu une réaction violente a soudé nos trois partis (PCF, PS, EELV, NDLR) comme jamais. On porte un projet, on ne s'est pas mis ensemble pour se partager des places. Nous taper dessus ne fait que continuer à nous convaincre. Quand on voit qu'on a perdu quatre villes dans le département, passées à droite, on peut s'interroger sur la capacité de la gauche à construire un projet qui correspond aux habitants. Nous on l'a fait, et il faut rester modeste évidemment. Mais 49 %, un électeur sur deux, ça prouve que la dynamique était là.

Ne craignez-vous pas qu'à Vitry la droite puisse en profiter ?

Je pense que Vitry est profondément à gauche. Si la gauche travaille intelligemment, si on continue à se respecter, il n'y a pas de raison qu'à Vitry on ait ce problème-là. Je suis plus inquiet pour le département dont je suis toujours vice-président (bien que les élus de son groupe lui ont demandé de se mettre en retrait, NDLR). On ne pourra pas continuer la même politique de service public, de logement, sociale, si on perd le département. C'est vital. On verra tout ça au fil des semaines qui vont venir, parce que là on sort d'un moment compliqué politiquement sur la ville.

Pierre Bell-Lloch entouré de sa nouvelle équipe le matin du 4 juillet.LP/Marion Kremp
Pierre Bell-Lloch entouré de sa nouvelle équipe le matin du 4 juillet.LP/Marion Kremp  

Sur votre page Facebook on a l'impression que vous faites campagne alors que l'élection est passée…

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C'est une forme de campagne, il ne faut pas se mentir. On a eu à partir du 4 juillet une offensive sur les réseaux sociaux. Etant donné la violence des attaques, je m'en suis extrait. La vraie réalité de la rue ce n'est pas celle des réseaux. Aujourd'hui je n'ai pas de problème sur la ville, je peux me balader seul et serrer des mains. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'opposants. Mais en tant que maire je vis très bien mes balades vitriotes. Notre présence sur les réseaux sociaux fait suite à cette offensive. Certains de la liste ont craint pour leur famille car les attaques étaient tellement violentes… Ils en veulent beaucoup à certains. Et certains, c'est nos camarades, c'est nos amis, des gens de notre famille politique.

On voit partout sur ces réseaux l'expression « Vitry en vrai », qu'est-ce que c'est ?

C'est un collectif d'associations créé au moment de la campagne mais qui n'était pas pro-Vitry rassemblée (le nom de la liste, NDLR). On a travaillé avec la jeunesse des quartiers, fait un concert de rap qui a réuni plus de 500 jeunes pendant la campagne. Dans mes souvenirs on y a appelé à voter, oui, mais sans appeler à voter pour quelqu'un. L'objectif c'est que les jeunes s'intéressent à la politique.

Et qu'on soit plus en phase avec les nouveaux usages, comme Snapchat, des outils que nous les politiques, même de ma génération, n'utilisons pas. Vitry en vrai offre des activités d'été aux gens qui ne partent pas. À la rentrée, on va avoir des combats à mener, comme la propreté, la sécurité, avec des actions visibles. Je dis : ce n'est pas un putsch, c'est la révolution. Et il faut que ça se voit aussi dans la manière dont on fait de la politique.