Policière tabassée à Champigny : jusqu’à trois ans de prison contre les prévenus

Le tribunal correctionnel de Créteil est allé, ce jeudi matin, au-delà des réquisitions du parquet dans l’affaire des sept personnes qui comparaissaient pour l’agression de Laurie, survenue le soir de la Saint-Sylvestre 2017.

 Illustration. Laurie, ancienne fonctionnaire du commissariat de Chennevières (Val-de-Marne), 26 ans aujourd’hui, avait été rouée de coups lors du soir de la Saint-Sylvestre 2017.
Illustration. Laurie, ancienne fonctionnaire du commissariat de Chennevières (Val-de-Marne), 26 ans aujourd’hui, avait été rouée de coups lors du soir de la Saint-Sylvestre 2017. LP/O.B.

Il est à peine 10 heures ce jeudi dans cette salle d'audience de Créteil quand une bonne demi-douzaine de policiers se disposent à l'arrière de la salle d'audience. Dans quelques secondes, la présidente va prononcer le délibéré du tribunal.

Sur le banc de la partie civile, Laurie, l'ancienne fonctionnaire du commissariat de Chennevières (Val-de-Marne), 26 ans aujourd'hui, comprend peut-être à ce moment-là qu'une partie de ceux qui l'ont tabassée lors de la Saint-Sylvestre 2017 à Champigny vont partir tout de suite en prison.

Des accusés âgés d'une vingtaine d'années

C'est le cas pour les trois hommes accusés de violences sur elle. Trois ans ferme pour Quentin, 21 ans de Gisors (Eure), qui, sur les vidéos récupérées par les enquêteurs, assénait les coups les plus violents à la policière. Il a maintenu jusqu'au bout qu'il ne connaissait pas le métier de sa victime. Deux ans ferme pour Jean-Baptiste, un habitant de Corbeil (Essonne) de 22 ans, qui avait reconnu un coup de pied.

Le parquet avait requis un placement en détention différé. Le tribunal a préféré les envoyer tout de suite en prison. Même peine et même destination pour Fresnes pour Esdras, 21 ans, un jeune du Perreux-sur-Marne, jusqu'alors sans histoire et dont la mère a suivi tout le procès. Il avait nié avoir porté un coup à la policière. Contrairement aux deux autres, il bénéficiera d'un régime de semi-liberté pour qu'il puisse se rendre à son travail en journée. Mardi après-midi, Laurie, qui a depuis été mutée en province, avait confié à quel point cette agression l'avait brisée.

Dix mois ferme pour celui qui a filmé la scène

Les deux jeunes accusés de non-assistance à personne en danger, dont un habitant d'Esbly (Seine-et-Marne), au témoignage très spontané et sortant de l'ordinaire, ont eux aussi été condamnés. Ils écopent de huit mois de prison avec sursis. Deux mois de moins que les réquisitions du parquet.

Le tribunal a en revanche été plus sévère pour l'homme et la femme accusés d'avoir filmé ou diffusé les vidéos du tabassage. Une jeune femme de Champigny, qui avait envoyé un des films sur Twitter, a été condamnée à quinze mois de prison avec sursis. Et le tribunal garde son téléphone.

Le jeune, qui avait filmé la policière en train de se faire rouer de coups, à l'encontre duquel le parquet avait requis du sursis, écope de 10 mois ferme sous bracelet électronique.

«Elle se sent vraiment reconnue en tant que victime»

Tous ces condamnés devront en outre verser 5 000 euros à la victime. « En les condamnant à une caution solidaire, le tribunal a vraiment considéré que tous étaient responsables au même niveau des préjudices pour ma cliente », s'est réjoui Me Ariane Mineur, l'avocate de la partie civile. Sa cliente serait d'après elle « soulagée » car « elle se sent vraiment reconnue en tant que victime ». Et de saluer une décision « très juste et à la mesure de la gravité des faits ».

Michel Godest, l'avocat de Quentin, estime que « le climat du moment » (NDLR : la discussion sur la loi sécurité globale) a été désastreux pour son client. Et pas que pour le sien. « C'est ce que je craignais avec cet audiencement, soupire Julie Guillarme, l'avocate de Jean-Baptiste. Un jeune de 22 ans qui travaillait en CDI se retrouve en prison. Rien que pour l'indemnisation de la victime, je ne comprends pas ». « On limite les dégâts mais on a clairement eu une justice rendue pour l'exemple », dénonce également Quentin Dekimpe, l'avocat de celui qui a filmé le tabassage.