Plongez dans la Bataille de Champigny, 150 ans après

Les Journées du Patrimoine sont l’occasion pour plusieurs villes de marquer le 150e anniversaire de la guerre de 1870 et particulièrement de la Bataille de Champigny (Val-de-Marne).

 Les Français ayant détruit les ponts de la Marne en fuyant vers la capitale, ils ont utilisé des « ponts de bateaux » pour partir affronter les Prussiens.
Les Français ayant détruit les ponts de la Marne en fuyant vers la capitale, ils ont utilisé des « ponts de bateaux » pour partir affronter les Prussiens. Archives municipales de Bry

1870. Début septembre, Paris se prépare au siège. Les habitants de la banlieue reçoivent l'ordre d'évacuer les villages qui seraient sous le feu des forts parisiens ou à proximité des ponts. Les habitants de Bry, de Villiers, de Champigny ou encore de Sucy partent se réfugier à Paris. Ils ne savent pas encore que leurs villages abriteront quelques semaines plus tard, du 30 novembre au 2 décembre, la sanglante Bataille de Champigny, aussi appelée Bataille de Villiers par les Allemands.

Ce week-end des Journées du Patrimoine, 150 ans plus tard, sera l'occasion de rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui ont tout quitté, puis à ceux qui sont venus défendre la toute jeune République Française. Le Val-de-Marne a été particulièrement touché par cette guerre de 1870-1871. « Une guerre oubliée, mais qui posera pourtant les bases de la banlieue telle qu'elle est dessinée aujourd'hui, notamment avec la reconstruction des voies de chemin de fer qui deviendront les RER », rappelle Chloé Chotard, responsable du service archives-documentation de Champigny.

Les banlieusards s'entassent dans des logements insalubres des quartiers pauvres de la capitale

Retour en septembre 1870. Champigny ne compte pas plus de 2000 habitants. Tous plient bagage pour se réfugier à Paris. Les Allemands de Saxe et de Wurtemberg arrivent aux portes de Paris. Ils occupent notamment le château de Cœuilly. Le 17 septembre, ils entrent dans le village de Bry. Les défaites se multiplient dans cette guerre que Napoléon III a déclarée aux Prussiens, en juillet, alors que son armée était inférieure en armes et en hommes. Les destructions se succèdent : la Maison Daguerre ou encore le Château de Bry sont bombardés par des canons français placés à Nogent.

Les banlieusards, eux, s'entassent dans des logements insalubres des quartiers pauvres de la capitale. Ils souffrent de la faim, des épidémies, manquent de tout. Les mairies de leur village d'origine tentent de les répertorier, de distribuer quelques vivres aux plus pauvres.

Les ponts sur la Marne détruits pour protéger la capitale

Les hommes en âge de combattre s'engagent. « L'armée française prend soin de détruire les ponts sur la Marne pour protéger la capitale et pour que les Allemands n'atteignent pas la rive droite » rappelle Vincent Roblin, directeur du musée de Bry, qui a mis en ligne une vidéo interactive pour tout comprendre de la Bataille.

Finalement, le Général Ducrot et son armée viennent affronter les Allemands le 30 novembre. On estime qu'en trois jours, sur les secteurs de Bry, Villiers et Champigny, 60 000 Français se sont opposés à 70 000 soldats allemands. Mais les Français sont à nouveau défaits et les morts se comptent par milliers.

Chloé Chotard, des archives municipales de Champigny, présente les casques et obus conservés depuis la Bataille de Champigny en 1870, par la ville et la société d’histoire. LP/Laure Parny
Chloé Chotard, des archives municipales de Champigny, présente les casques et obus conservés depuis la Bataille de Champigny en 1870, par la ville et la société d’histoire. LP/Laure Parny  

Cet épisode de la guerre de 1870 aura laissé bien des traces dans les communes de l'Est francilien. Ce n'est pas pour rien que la ville de Champigny-sur-Marne s'appelait, de 1870 à 1918, Champigny-la-Bataille. « Les maisons avaient été saccagées, l'impact sur la population, même quand elle a pu revenir, est énorme », résume Charles Gaillard. Ce membre de la Société historique de Sucy a écrit une pièce « Les amants du Siège », jouée les week-ends de septembre pour plonger les visiteurs dans la guerre de 1870. « Les ponts sur la Marne sont tous détruits, et beaucoup d'habitants, rien que 50 pour Sucy, sont morts de privations pendant le siège. »

L’ossuaire de Champigny

Carte postale du monument de Champigny. Archives communales de Champigny
Carte postale du monument de Champigny. Archives communales de Champigny  

300 tombes collectives à Champigny après la défaite

En janvier 1871, l'armée française est dépassée par la portée des canons Krupp. Les forts érigés pour protéger la capitale (placés à Nogent, Vincennes, Charenton, Le Kremlin-Bicêtre et Ivry) sont situés trop près de la ville pour qu'elle soit hors de portée des obus allemands. Après la défaite française et l'armistice de janvier 1871, Champigny compte 300 tumuli, qui sont des tombes collectives. « Il faudra 10 ans pour gérer les corps, insiste Chloé Chotard. L'ossuaire, grand monument qui abrite plus d'un millier de soldats français et allemands, devient un lieu de visite. Des dizaines de cartes postales sont éditées. »

Malheureusement, l 'ossuaire de Champigny, qui souffre de dégradations, ne peut plus être visité en ce moment Mais avec l'ossuaire de Bry, la statue du Sergent Hoff « le tueur de Prussiens » ou encore le Monument des gardes mobiles de la Cote d'Or, près des derniers fours à chaux, les lieux ne manquent pas dans le secteur pour se plonger dans cet épisode dramatique du siège de Paris. Une bataille qui marqua durablement la mémoire des Français et des Allemands, partagés entre esprit de revanche et volonté de paix.

Les événements pour découvrir cette page d’histoire
La Société Historique et Archéologique de Sucy a écrit et produit une pièce de théâtre sur la vie d’un jeune couple pendant la guerre de 1870. Société Historique et Archéologique de Sucy

A Champigny, il reste seulement quelques places pour les balades théâtralisées. Réservations obligatoires sur [email protected]

A Bry, le Covid-19 impose le report de quelques mois de la grande exposition prévue. « Les prêts des pièces attendues et la fin des travaux de Malestroit sont décalés donc l’exposition démarrera en mai 2021 », précise le directeur du musée de Bry. En attendant, pour suivre les dates clés de la bataille dans le département, connectez-vous sur le compte @museebry sur Twitter et sur le site interactif du musée.

A Sucy, à l’Orangerie, exposition jusqu’au 27 septembre et représentations ce samedi et ce dimanche à 15 heures et 16h30, de la pièce de théâtre « Les amants du Siège ». La Société Historique et Archéologique de Sucy a écrit et produit une pièce de théâtre sur la vie d’un jeune couple pendant la guerre de 1870. Entrée libre.

Conséquence de la guerre, le Fort de Champigny, situé sur la commune de Chennevières, fut construit entre 1878 et 1880, après que la ville a été ravagée en 1870, afin de protéger Paris de futures attaques. Il sera ouvert à la visite, et avec des animations, ce dimanche.

L’Haÿ-les-Roses propose également en fil rouge du week-end ce 150e anniversaire de la Guerre de 1870. Expositions et balades urbaines au programme. Le Cénotaphe, la Croix des Mobiles ou encore la Colonne brisée y ont été érigés en mémoire de la guerre franco-allemande de 1870.

Les Archives départementales proposeront un parcours mémoriel autour de la bataille de Champigny le 21 novembre et un colloque sur le siège de Paris, le 30 janvier 2021.