Patrimoine : Orly, aéroport à succès des sixties raconté dans un livre

Un ouvrage revient en photo et en détails historiques sur la naissance de cet aéroport inauguré en 1961, son architecture et son succès qui l’ont amené si vite à saturation.

 Orly, 1961. Les fameuses terrasses de l’aéroport d’Orly.
Orly, 1961. Les fameuses terrasses de l’aéroport d’Orly. Jean-Jacques Moreau, Groupe ADP

Alors que dans le cadre des journées du patrimoine, les coulisses de l'Orlyval s'ouvriront ce samedi au public, un ouvrage historique et patrimonial se penche sur l'aéroport d'Orly.

Attention, nostalgie garantie. Les 176 pages du livre « Orly, aéroport des sixties » vous replongent dans la France des années 1960 en présentant ce qui fut la première plate-forme aéroportuaire de France et qui est devenue un élément unique du patrimoine francilien.

On doit cet ouvrage à la région Ile-de-France, fière de présenter cette infrastructure « vitrine de la France des Trente Glorieuses », rappelle Valérie Pécresse, sa présidente. Le livre revient aussi sur l'histoire de son édification et sur son évolution au fil des décennies. Un projet éditorial ambitieux à l'heure du « plane bashing », mais qui tombe à pic, au moment où les Franciliens retrouvent leur aéroport val-de-marnais après trois mois de fermeture totale liée à la Covid-19.

Orly, 1956. La foule des Parisiens se pressant à l'aérogare sud observer le ballet des aéronefs, véritable attraction à l'époque. nullGroupe ADP/Photothèque

Parcourir ce livre, c'est d'abord sourire en tombant sur des photos d'époque grâce à des archives et à l'incroyable photothèque du Groupe ADP : les terrasses bondées depuis lesquelles la foule venait observer le ballet des aéronefs, le bac à sable installé pour les enfants au pied de ces mêmes terrasses, impensable aujourd'hui où l'on ne songerait pas un instant exposer les jeunes poumons au kérosène des avions. Les robes « chicissimes » des hôtesses de l'air, le design avant-gardiste des fauteuils et luminaires de l'époque, les dépliants touristiques distribués lors des visites en bus d'Orly…

Orly, 1971. Hôtesses de la « Pan Am » portant des uniformes couleur « galaxy gold » dessinés par Frank Smith pour Evan-Picone, une cape réversible couleur « superjet blue » et un chapeau par Borsalino. nullGroupe ADP/Photothèque
Orly, 1971. Hôtesses de la « Pan Am » portant des uniformes couleur « galaxy gold » dessinés par Frank Smith pour Evan-Picone, une cape réversible couleur « superjet blue » et un chapeau par Borsalino. nullGroupe ADP/Photothèque  

Un site choisi par l'aviation américaine en 1914-1918

C'est aussi comprendre comment Orly est né, pourquoi à cet endroit précis. Le site est implanté sur le plateau de Longboyau, d'anciens champs cultivés jusqu'au début du XX e siècle et dont les nombreuses sources « captées par l'aqueduc Médicis (1624) alimentent en eau le sud de la capitale », explique Paul Damm, l'auteur.

Le destin aérien d'Orly naît durant la guerre 1914-1918. Les Américains se voient attribuer par la France « un terrain de 286 hectares sur le territoire de la commune d'Orly pour y installer son aviation. Ils y bâtissent leur principale base logistique. Les avions, construits en région parisienne, sont armés pour le front. » À l'issue de la guerre, le site est redonné à la France qui le baptise Port aérien Villeneuve-Orly. « C'est alors l'un des plus vastes aérodromes de France. »

Voici le premier plan du Port aérien de Villeneuve-Orly, publié dans le Bulletin de la Navigation en 1921. nullBibliothèque nationale de France
Voici le premier plan du Port aérien de Villeneuve-Orly, publié dans le Bulletin de la Navigation en 1921. nullBibliothèque nationale de France  

L'Etat a hésité à bâtir l'aéroport à Guyancourt

Dans les années 20 et 30, civils et militaires y testent des avions, on y apprend à piloter, on y assiste à des meetings aériens… Freyssinet y édifie ses fameux hangars pour dirigeables, visibles depuis Paris. Ils furent détruits en 1944. Des filins de leur structure métallique seront retrouvés en 2019 par ADP en sondant la piste 3 avant de la rénover. Les ouvriers de l'époque, embarrassés par ces arceaux de béton armé, les avaient enfouis dans la structure de la piste.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Luftwaffe y construit les premières pistes en dur. En 1945, une fois le conflit mondial terminé, l'Etat envisage de bâtir un aéroport à Guyancourt (Yvelines). Finalement, un compromis est trouvé : Orly est choisi, vu que des infrastructures aériennes existent déjà. Le souhait de créer un aéroport autonome est entériné et s'intègre à un plus vaste projet : le Grand Orly, qui comprend l'autoroute A6, le carrefour de Belle-Epine, etc. L'aéroport sera inauguré en 1961.

Orly, 1961. Le bar de La Corbeille, situé au 3e étage de l’aéroport. nullmusée Air France, DR
Orly, 1961. Le bar de La Corbeille, situé au 3e étage de l’aéroport. nullmusée Air France, DR  

Condamné à la saturation dès sa conception

L'intérêt du livre est que son auteur n'encense pas aveuglément Orly et ses créateurs. « Conçu à l'origine pour des avions à hélice, Orly est dès son inauguration condamné à la saturation », confronté au boom des jets (les avions à réaction). En 1953, le lieu était prévu pour 500 000 passagers : il en accueillera 900000. En 1968, il était adapté à 6 millions de personnes ; il fera face à un trafic de 7 millions.

Malgré son agrandissement (Orly Ouest est inauguré en 1971), il faut répondre à l'explosion du trafic aérien. L'Aéroport de Paris (futur ADP) lance donc rapidement le chantier d'un nouvel aéroport : ce sera Roissy, inauguré en 1974. « Le Grand Orly n'aura été l'aéroport principal de Paris qu'une petite quinzaine d'années. »

Orly, 1970. Opérations de nettoyage d’un Boeing 747 de la « Pan Am ». nullGroupe ADP/Photothèque
Orly, 1970. Opérations de nettoyage d’un Boeing 747 de la « Pan Am ». nullGroupe ADP/Photothèque  

L'autre intérêt de l'ouvrage ravira plutôt les amateurs d'architecture ou de travaux publics. Il décrypte le concept de « mur-rideau » qui a inspiré les concepteurs des aérogares orlysiennes : « Combiné à une charpente en acier, il délivre l'architecte de la contrainte des murs porteurs », de libérer les surfaces des planchers et ouvre le bâtiment sur l'extérieur ».

Des matériaux innovants utilisés pour le chantier en avaient fait une vitrine du savoir-faire de l'industrie française (vinyles, verres Securit spéciaux, aluminium blondi…). On apprend au détour d'un chapitre qu'il existait à l'époque un cinéma au sein d'une aérogare, le Publicis-Orly, ouvert en 1963. La salle existe toujours mais elle a été transformée en espace de conférence.

« Orly, aéroport des sixties » (éditons Lieux Dits), 29 euros.