Patrimoine : le totem de Vitry retrouve sa superbe

La sculpture monumentale de Jean Dubuffet vient de subir une profonde restauration, près de vingt-cinq ans après son installation.

 Vitry-sur-Seine, le 21 octobre 2020. La restauration de « La chaufferie avec cheminée », de Jean Dubuffet, s’est achevée après un mois de chantier.
Vitry-sur-Seine, le 21 octobre 2020. La restauration de « La chaufferie avec cheminée », de Jean Dubuffet, s’est achevée après un mois de chantier. LP/A.H.

Elle est neuve comme au premier jour, mais il faudra patienter encore deux bonnes semaines avant de la découvrir. Camouflée par les échafaudages, dont le démontage prend du temps, l'œuvre monumentale de Jean Dubuffet vient de retrouver ses couleurs originelles. Un blanc éclatant bardé de rayures rouges, bleues, noires, bref, la palette de prédilection du peintre d'art brut.

Le dernier coup de peinture remontait à 2015. Mais c'est la première restauration en profondeur depuis vingt ans. « Elle était devenue vert-de-gris, il y avait des moisissures par endroits, sur les aplats où l'eau de pluie stagnait », décrit Joana Idieder, responsable communication du Mac Val, qui « n'avait jamais vu ce bleu ciel comme ça ».

Il aura fallu un mois de travaux — financés par le département, propriétaire de l'œuvre, à hauteur de 46 000 euros et par l'Etat (40 000 euros) — pour redonner sa superbe au totem de Vitry, érigé sur la place de la Libération, face au musée d'art contemporain.

Vitry-sur-Seine, mercredi 21 octobre. Il va falloir une dizaine de jours pour enlever les échafaudages. LP/A.H.
Vitry-sur-Seine, mercredi 21 octobre. Il va falloir une dizaine de jours pour enlever les échafaudages. LP/A.H.  

Pourquoi ici précisément ? C'était le souhait du département et de la Fondation Dubuffet. Cet emplacement stratégique aurait sans doute paru idéal aux yeux de l'artiste (décédé en 1985). « Pour ses sculptures en général, il aimait l'idée du carrefour, raconte Joana Idieder. Celui-ci préfigurait le futur musée Mac-Val, alors en construction en 1996 (NDLR : il sera inauguré en 2005). Et il relie la mairie, les écoles d'arts plastiques, le théâtre, la bibliothèque, l'accès à Paris. Il y avait une énergie artistique à cet endroit ».

Un point de repère dans le paysage urbain

Le président du conseil départemental d'alors, Michel Germa, avait commandé cette œuvre dans le cadre du 1 % culturel. A ce moment-là, Vitry n'était pas encore la capitale du street art. Mais le Val-de-Marne était déjà l'un des départements les plus ambitieux en matière d'art urbain.

« La chaufferie avec cheminée », c'est son nom, « fonctionne comme un emblème », s'enthousiasmait le maire de l'époque, Paul Mercieca, avant même son installation. Aujourd'hui, la sculpture de 14 mètres fait figure de point de repère pour les Vitriots. C'est la plus grande réalisation de Dubuffet en extérieur, après la Tour aux figures à Issy-les-Moulineaux.

La « Chaufferie avec cheminée » avait déjà été nettoyée en 2015. LP/L.M.
La « Chaufferie avec cheminée » avait déjà été nettoyée en 2015. LP/L.M.  

« Elle est connue de tous les habitants, reconnue par les enfants, les gens s'y donnent rendez-vous », souligne Fati Konaté, adjointe à la culture et à la communication. Cette œuvre, « c'était une manière d'annoncer l'arrivée d'un musée d'art contemporain en banlieue, donc un signal politique important. Un symbole, en plein centre-ville ».

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Mais cette situation géographique l'aura aussi abîmée. Exposée à la circulation tentaculaire, au chantier du T9, à la poussière et à la pollution, la cheminée toussait sérieusement. « Elle était très sale », se souvient Richard Dhoedt, représentant de la société Art et Volumes, mandatée par le département pour sa restauration. La Chaufferie, il la connaît par cœur : Dubuffet lui avait confié sa fabrication. Depuis, il ne cesse de la soigner.

Par souci du détail, les artisans ont restitué les effets de transparence sur les rayures : « Elle est illusoire, sinon la peinture ne tiendrait pas ». Une besogne qu'a lentement scannée Sophie Webel, directrice de la fondation Dubuffet. « On est dans les tout petits détails imparfaits, mais c'est remarquable, du très bon travail ». Selon elle, il reste un dernier chantier : répertorier ce travail pour que les artisans de demain puissent refaire la même chose dans vingt ans.