«On apportait de la vie culturelle» : à Vitry, les artistes de l’Auberge de l’Ecluse expulsés

Les policiers sont arrivés à l’aube, ce jeudi. Mandatés par l’EPA Orsa et la justice, ils ont expulsé l’Asso Sobarjo installée illégalement depuis 2018 dans l’ancien hôtel-restaurant désaffecté du pont du Port-à-l’Anglais.

 Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 22 octobre 2020. D’un côté, l’Asso Sobarjo qui occupait illégalement l’ex-Auberge de l’Ecluse depuis 2018. De l’autre, les policiers venus les déloger ce jeudi matin.
Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 22 octobre 2020. D’un côté, l’Asso Sobarjo qui occupait illégalement l’ex-Auberge de l’Ecluse depuis 2018. De l’autre, les policiers venus les déloger ce jeudi matin. DR

Ce qu'ils redoutaient est bel et bien arrivé. Ce jeudi matin, le collectif d'artistes l'Asso Sobarjo a été expulsé par la police de l'ancienne Auberge de l'Ecluse, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), qu'ils occupaient illégalement depuis mai 2018. Une action qui fait suite à une longue procédure judiciaire lancée par le propriétaire, l'Etablissement public d'aménagement Orly Seine Bièvre Amont (Epa Orsa), dont le souhait est de réaménager ce lieu abandonné depuis 14 ans.

Les forces de l'ordre sont arrivées peu avant 8 heures devant l'établissement, situé à côté du pont du Port-à-l'Anglais. L'expulsion s'est déroulée dans le calme, sans heurt. « Nous ne voulions pas d'affrontement, explique Rémi Petit, artiste plasticien et président de l'Asso Sobarjo. Toutefois, nous avons voulu manifester notre désapprobation et notre opposition à cette décision insensée. »

Une trentaine de manifestants

L'Asso Sobarjo, qui a organisé une manifestation dimanche dernier, avait eu vent de l'intervention des policiers en amont, elle avait donc préparé son départ et prévenu certains proches. Résultat : une vingtaine de personnes étaient sur place dès 6 heures du matin pour soutenir les neuf artistes résidant encore là.

Les fonctionnaires de police, une fois déployés, ont installé un système de sécurité afin d'empêcher tout nouveau squat. Un vigile garde les lieux désormais, « payé par le contribuable », s'étrangle Rémi Petit. Les serrures devaient être changées tout prochainement.

Les artistes du collectif ne dormiront pas sous les ponts pour autant. « Nous nous débrouillons grâce à des connaissances et à la solidarité du réseau alternatif », confie l'Asso Sobarjo. Mais elle ne comprend toujours pas la raison de son expulsion : « On est des gens sérieux, on apportait de la vie culturelle locale, on organisait des visites, des concerts, des expositions… Les riverains nous soutenaient, l'actuelle mairie aussi », clame Rémi Petit.

Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 22 octobre 2020. Le collectif était sur le pont dès 6 heures, à attendre les forces de l’ordre. DR
Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 22 octobre 2020. Le collectif était sur le pont dès 6 heures, à attendre les forces de l’ordre. DR  

« Cette parcelle est dans l'emprise de l'opération d'intérêt national (OIN) des Ardoines, qui vise à réaménager et revaloriser ce vaste secteur de Vitry, explique Thierry Febvay, directeur général de l'EPA Orsa. Nous avons acheté cet endroit précis sur décision de justice lorsque l'ancien propriétaire était allé voir un juge pour s'en défaire. Il n'exploitait plus l'hôtel-restaurant depuis des années. Nous avons voulu lancer un appel à manifestation d'intérêt (AMI) car nous souhaitions le transformer en restaurant haut de gamme et d'insertion pour les métiers de bouche, un lieu à la fois d'apprentissage et de gastronomie. Un cahier des charges avait commencé à être rédigé. »

Et d'ajouter : « Mais des gens se sont introduits illégalement et ont entamé un squat. Depuis 2018, ils occupaient les lieux sans autorisation et ont reçu du public dans des conditions incertaines. Nous ne questionnons pas la nature de leurs activités — l'EPA Orsa soutient de nombreuses actions culturelles et programmations artistiques — mais plutôt les conditions de sécurité dans lesquelles elles se déroulent. »

Et maintenant ?

Maintenant que les lieux sont vidés de leurs squatteurs, que va-t-il se passer ? L'EPA Orsa va réaliser des diagnostics du site afin de savoir dans quel état réel il se trouve (toit, plancher, réseau électrique…) et s'il est propre à une occupation. Puis un nouvel appel à manifestation d'intérêt va être formulé.

L'établissement ne sait pas encore ce qui pourrait remplacer l'ancienne Auberge de l'Ecluse. Mais il sait que le futur projet ne dénaturera pas le quartier : « Il n'y aura pas de tour, par exemple. Cet établissement est un élément historique de Vitry et se situe à côté d'un très bel ouvrage d'art, le pont du Port-à-l'Anglais, souligne Thierry Febvay. Nous voulons valoriser ce qui existe. L'Asso Sobarjo n'a pas utilisé la bonne méthode. Si elle avait voulu proposer son projet culturel dans les règles, elle aurait très bien pu répondre à l'appel à manifestation d'intérêt. »