Municipales à Créteil : le projet de téléphérique jugé trop près des immeubles

A l’approche des municipales, Le Parisien met l’accent sur cinq villes à enjeux. Septième volet, cette semaine, avec l’imprévu du mandat. A Créteil, retour sur la fronde aux Sarrazins contre le projet de téléphérique Câble A-Téléval.

 Visuel de l’arrivée du Câble A-Téléval à la station Pointe-du-Lac à Créteil.
Visuel de l’arrivée du Câble A-Téléval à la station Pointe-du-Lac à Créteil. Ile-de-France Mobilités

Prendre un téléphérique comme à la montagne ? A Créteil, ça n'a jamais vraiment fait rêver. Sabrina, qui vit dans le quartier des Sarrazins, confirme : « On a déjà le TVM, le RER et le métro. Depuis que la ligne 8 arrive à Pointe-du-Lac, c'est vraiment ça qui nous change la vie. »

Le projet de Câble A-Téléval, premier téléphérique d'Ile-de-France, doit relier Créteil à Villeneuve-Saint-Georges, en passant par Limeil-Brévannes et Valenton en 17 minutes.

«Ce projet intéresse les autres communes mais n'apporte pas beaucoup à Créteil»

Mais dans la ville-préfecture, soit cette future liaison est méconnue, soit elle indiffère, soit elle fait hurler, à quelques exceptions près, comme ce père de famille, séduit, qui juge qu'« il faut penser aux villes voisines ». Aux Sarrazins sud, premiers concernés, la colère domine. Mais seulement depuis 2016.

Jusque-là, ce projet, la capitale du département le regardait de loin. Le maire (PS) Laurent Cathala fait son mea culpa aujourd'hui : « Je n'ai jamais cru que ça se ferait. Peut-être ne m'y suis-je pas assez intéressé. Ce projet intéresse beaucoup plus les autres communes mais n'apporte pas beaucoup à Créteil et son coût est beaucoup trop élevé. » 132 millions d'euros, selon le chiffrage d'Ile-de-France mobilités, maître d'ouvrage.

Les riverains se mobilisent…

L'idée jugée utopique émerge en 2008. L'ancien maire (ex PG) de Limeil, Joseph Rossignol, cherche à désenclaver l'écoquartier des Temps Durables. L'élu, qui siège au conseil départemental, emporte le soutien de la collectivité. Bon an mal an, le projet trace son sillon jusqu'à Valenton et Villeneuve-Saint-Georges. Le tracé s'affine. Deux variantes sont à l'étude pour le terminus à Pointe-du-Lac, au-dessus de la D1, ou au-dessus des voies de remisage du métro.

C'est là que Créteil, pas opposé au projet mais au tracé, démarre son bras de fer. En 2017, les riverains des Sarrazins qui découvrent le dossier écrivent aux autorités et médiatisent leurs inquiétudes. Ils s'organisent en association, et proposent une alternative pour éloigner le passage des cabines. Mais les projets d'hôtels, de Maison du handball et du centre de recherche de Valeo vont compliquer la donne. IDFM retient la solution au-dessus de la D 1. « Je ne suis pas sûr qu'on pouvait recentrer le passage dans la mesure où cela impactait le franchissement des voies ferroviaires plus haut », réalise aujourd'hui Laurent Cathala.

… mais le projet est validé

La municipalité s'attelle en 2018 à contrer le tracé. Elle objecte les nuisances pour les riverains, l'arrimage de la station sur le lien de ville et demande de nouvelles études. Trop tard, disent les cofinanceurs favorables au Câble A. Et malgré la mobilisation durant l'enquête publique, face à celle du collectif « Vite le Téléval! » le feu vert sera donné à l'automne.

Une affaire qui met d'accord tous les candidats aux municipales. Du maire Laurent Cathala qui soutient les craintes du quartier sur les nuisances, à tous ses adversaires. « Un gâchis », juge Thomas Dessalles (LFI), qui « regrette que les propositions des Sarrazins n'aient pas été examinées sérieusement ». « Ce mode de transport est intéressant uniquement dans des territoires peu urbanisés mais n'est pas approprié à Créteil, et cette limite, ne préjuge pas de la nécessité d'être en solidarité avec les territoires enclavés et leurs habitants », fait valoir Linda Bouifrou (EELV).

Le candidat déjà élu, Sylvain Thézard (ex LR), au côté des habitants, s'interroge sur le rôle du « maire, président du territoire », de ses adjoints qui au département « ont donné un avis favorable » au projet. Rejoint par son collègue LR, Thierry Hebbrecht, lui aussi défenseur des riverains. « Laurent Cathala était maire, député, président de l'agglomération, il avait du poids. Sa position est pleine de contradictions. »

LA VOIE DES RECOURS

Plus rien ne semble pouvoir vraiment s'opposer à ce projet de Câble A-Téléval. La déclaration d'utilité publique a été signée le 22 octobre par le préfet du Val-de-Marne. La commission d'enquête publique avait donné son feu vert à l'été. Depuis, la procédure de consultation du marché de conception et de réalisation du projet est lancée.

A moins que la justice n'amène son grain de sel. Comme promis, les habitants des Sarrazins réunis dans l'association des Sarrazins-sud de Créteil (ASSC) fourbissent leurs dernières armes. « Un recours gracieux a été adressé ce lundi, au préfet, pour qu'il revienne sur sa décision », informe l'association. Un second par voie hiérarchique au ministère de l'Intérieur.

Sur quels fondements ? « Des irrégularités », écrit l'association. « Le dossier d'enquête publique ne permet pas de connaître le coût total du projet, les réponses à nos questions ont été absentes, imparfaite ou erronées […], l'intérêt public n'est pas démontré ».

Comme annoncé, la municipalité engage elle aussi une procédure, qu'elle devait adresser avant le 22 décembre, date limite de recours.

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