Moins d’élèves mais plus de moyens pour la rentrée 2021 dans le Val-de-Marne ?

Les instances éducatives ont annoncé leurs prévisions pour la rentrée de septembre 2021 dans le premier degré qui devrait compter 606 enfants en moins. Dans la foulée, les syndicats ont répondu vertement à l’inspectrice d’académie.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Illustration. L’inspection d’académie du Val-de-Marne prépare actuellement la rentrée de septembre 2021.
Illustration. L’inspection d’académie du Val-de-Marne prépare actuellement la rentrée de septembre 2021. LP/Marine Legrand

Entre dialogue avec certains interlocuteurs et boycotts par d'autres, la préparation de la rentrée scolaire dans le Val-de-Marne s'annonce tendue pour l'Inspection d'académie.

Elle a tenu en fin de semaine dernière son comité technique spécial départemental (CTSD) qui annonce les prévisions de moyens pour la rentrée des écoles maternelles et élémentaires en septembre prochain.

606 élèves en moins

« Après une baisse des élèves en septembre 2020 dans le premier degré — un fait rare dans le Val-de-Marne —, ce nombre devrait encore diminuer en septembre 2021 : 606 enfants en moins selon nos prévisions », annonce Anne-Marie Bazzo, l'inspectrice d'académie.

Pour autant, les moyens alloués vont augmenter, assure-t-elle : « 101 équivalents temps plein en plus. Cela prendra la forme d'heures supplémentaires et non de postes supplémentaires, précise-t-elle. Tous nos indicateurs vont donc s'améliorer, comme le nombre d'enseignants pour 100 élèves. »

«Il y aura des fermetures de classes»

Elle prévient d'emblée : « Il y aura des fermetures de classes. Mais les instances ne se sont pas encore tenues et nous n'avons donc pas encore de détails. Priorité est donnée au dialogue avec les acteurs concernés ».

Elle rappelle qu'à la rentrée dernière, « certaines écoles se sont retrouvées avec 30 à 50 élèves en moins que les prévisions d'inscription. C'est beaucoup ». Où sont-ils partis ? Dans l'enseignement privé ? « Il est peu implanté dans le Val-de-Marne. Mais de toute façon, nous avons peu de moyens de le savoir car nous ne communiquons pas spécialement ensemble et ils ont leur propre politique de recrutement. » Des familles ont-elles quitté le département ? L'inspection ne se hasarde à aucune explication et tire juste les conséquences : « Il faut que les moyens publics soient alloués là où sont les élèves. »

Ce qui n'empêchera pas certaines ouvertures de classe, si la taille des locaux le permet. « Il y a de trop nombreuses fermetures. C'est une gestion faite avec un tableau Excel alors que nous n'avons pas de décompte définitif », déplore Cyrille Micheletta, représentant du syndicat Snuipp-FSU qui constate que l'inspectrice « refuse de rencontrer les délégations d'écoles. Il y a une volonté de nous éloigner des parents. »

« Il faut annuler toutes les fermetures de classes, estime de son côté Luc Bénizeau, représentant du syndicat national unifié des directeurs, instituteurs… FO (SNUDI-FO) 94. On laisse les parents et les enseignants se débrouiller entre eux. »

Davantage de CP et grandes sections à 24 enfants

Face aux fermetures envisagées, l'inspection d'académie assure qu'elle portera « un regard particulier » sur le réseau d'éducation prioritaire et REP renforcé, sur les écoles inclusives ayant des ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire) pour y avoir des classes de CP à 24 enfants. Davantage de grandes sections de maternelle auront aussi une jauge portée à 24, « hors REP », annonce Anne-Marie Bazzo.

Newsletter L'essentiel du 94
Un tour de l'actualité du Val-de-Marne et de l'IDF
Toutes les newsletters

Côté autisme, une nouvelle unité maternelle et deux en élémentaires sont prévues. Pour les accompagnants d'enfants handicapés, ils seront mutualisés au sein de pôles, les PIAL, où des référents aguerris épauleront les débutants.

Inquiétude autour des professeurs s'occupant des élèves allophones

La grande inconnue concerne les unités pour élèves allophones. « D'habitude, nous avons un grand volume d'élèves allophones dans le Val-de-Marne. Sauf en 2020. Ils n'étaient pas là. Et ne sont pas arrivés en cours d'année non plus. Certains dispositifs se sont retrouvés quasi-vides. N'ayant aucune prévision pour la rentrée prochaine, nous avons décidé de provisionner les moyens actuels, c'est-à-dire qu'on les met de côté si besoin. Ainsi, si les élèves arrivent en septembre, nous aurons ces personnels de qualité prêts. »

« Nous allons perdre 7 des professeurs sur les 40 du département, calcule Ana Macedo, représentante du syndicat SDEN CGT Educ'Action. Certains professeurs vont jongler entre deux, voire trois écoles. » « Parler français, c'est un préalable pour s'intégrer, constate une enseignante d'Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPEAA). C'est un sacré symbole. »

«La crise liée au Covid-19 a fait craquer un système mis à mal depuis plusieurs années»

« La situation n'a pas bougé d'un iota depuis l'arrivée de la pandémie, aucun moyen supplémentaire n'a été mis en place alors comment respecter les règles de distanciations, remplacer les professeurs malades, s'énerve Nageate Belahcen, la présidente de la fédération de parents d'élèves du Val-de-Marne. Les 101 postes équivalents temps plein, c'est un pansement. On envisage d'aller devant le tribunal. »

« La crise liée au Covid-19 a fait craquer un système mis à mal depuis plusieurs années, ajoute Cyrille Micheletta, excédé par les professeurs malades non remplacés. Les élèves ont perdu des milliers de jours de cours cette année. »

Un conseil départemental de l'Education nationale (CDEN) se tiendra mi-février pour lancer les mouvements de personnels. Puis les prévisions de la rentrée seront affinées en juin avant les derniers arbitrages prévus en septembre.