Meurtre de Sandra, 23 ans, originaire du Val-de-Marne : une confidence relance l’affaire

L’employé du Franprix de Quincy-sous-Sénart (Essonne), juste avant de se rendre à la police, aurait avoué à sa sœur qu’il avait essayé d’embrasser la jeune femme, qu’elle s’était rebellée et qu’il avait fallu la faire taire.

 Sandra, 23 ans, a été retrouvée morte dans le coffre de sa voiture, le 12 mai 2019 à Valenton (Val-de-Marne).
Sandra, 23 ans, a été retrouvée morte dans le coffre de sa voiture, le 12 mai 2019 à Valenton (Val-de-Marne). DR

Une pluie battante frappe les vitres du Diagonal de Quincy-sous-Sénart (Essonne). A l'intérieur, les flashes des experts de la brigade criminelle crépitent. Ce jeudi matin, le jour se lève à peine pour la reconstitution du meurtre de Sandra, 23 ans, jeune fille sans histoires originaire de Créteil (Val-de-Marne) assassinée en mai 2019. Pour l'occasion, des barrières encadrent le parking du magasin, dont l'enseigne Franprix a été décrochée à la suite du drame.

Vers 9 h 20, un camion de l'administration pénitentiaire se gare sur le parking du Diagonal. Shamran, l'employé de la supérette placé en détention provisoire pour ce crime, s'engouffre d'abord à l'intérieur, sur la scène de crime. Il est rejoint par quelques policiers qui extirpent un petit mannequin blanc du camion. Il représente le corps de Sandra. C'est ici que la jeune fille a été tuée en 2019.

Le corps conservé trois jours dans la chambre froide de la supérette

Pour la justice, cette reconstitution est déterminante. D'après nos informations, elle permet de confronter le suspect à une confidence plus que troublante qu'il aurait livrée à sa sœur avant de se rendre à la police. Ces « aveux », les femmes de cette famille pakistanaise les ont partagés sans toutefois les révéler. Jusqu'au jour où l'une d'entre elles, en plein divorce, s'est confiée à une étrangère. Cette dernière, une travailleuse sociale, a révélé ainsi le scénario du drame aux policiers.

Les enquêteurs disposaient d'éléments accablants. Ils ont maintenant un mobile. Ce serait parce qu'elle s'est refusée à lui que le jeune homme a étranglé Sandra. Dans la chambre froide du Franprix, il a ensuite conservé pendant trois jours le corps de cette étudiante. Puis il a transporté le cadavre dans le coffre de la voiture de Sandra et a garé le véhicule près du domicile de la jeune femme, à Valenton (Val-de-Marne). Cette version est jugée « très probable » par les proches de la victime, selon leur avocat Me Grégory Bensadoun, contacté ce jeudi.

Quincy-sous-Sénart (Essonne), le 1er octobre 2020. Une reconstitution du meurtre de Sandra a eu lieu vers 9 heures, dans l’ancien Franprix devenu Diagonal. LP/Bartolomé Simon
Quincy-sous-Sénart (Essonne), le 1er octobre 2020. Une reconstitution du meurtre de Sandra a eu lieu vers 9 heures, dans l’ancien Franprix devenu Diagonal. LP/Bartolomé Simon  

Ce 9 mai 2019, tôt dans la matinée, Sandra monte dans sa Peugeot 206 faire la tournée des Franprix de son secteur. La jeune femme suit un stage dans une entreprise vendant des glaces. Elle prend ça très au sérieux. Dans l'appartement du quartier du Mont-Mesly à Créteil qu'elle partage avec sa mère et sa petite sœur, c'est elle qui gère les comptes. Une femme « forte », résume sa sœur.

Pendant ce temps, Shamran commence lui aussi sa journée de travail au Franprix de Quincy-sous-Sénart. Ce sans-papiers de 33 ans se retrouve souvent à la caisse de la supérette tenue par sa famille. Il ne parle quasiment pas le français mais il arrive à se faire comprendre. En général, les clients le trouvent plutôt « désagréable » car il ne décroche pas un mot si ce n'est à ses interlocuteurs au téléphone. Toujours dans sa langue.

Des clientes «mal à l'aise»

S'il est désagréable avec les clients, le jeune homme peut aussi rendre les clientes « mal à l'aise ». Selon une source judiciaire, l'une d'entre elles a confié aux enquêteurs que son « regard pervers » la gênait car il la toisait « comme un morceau de viande ». L'homme n'a jamais fait non plus l'objet de plainte.

C'est dans ce contexte que Sandra vient finir sa tournée dans le Franprix de Shamran. Elle a garé sa 206 juste devant la supérette. Il y a quelques clients quand elle arrive. Les policiers ont réussi à les retrouver en étudiant le terminal de paiement du commerce. Une dame raconte qu'elle a même discuté avec Sandra dans le magasin à propos de glaces bio. Tout allait bien. La dernière transaction avant le meurtre est enregistrée à 12 h 37.

Le reste, les policiers le tiennent de l'épouse du cogérant du Franprix. C'est elle qui a discuté avec la sœur de Shamran avant de se confier à d'autres femmes de la famille. Selon ce témoignage rapporté, à prendre donc avec des pincettes, Sandra se rend aux toilettes à l'étage de la supérette.

Quand elle ouvre la porte, Shamran est là. Il aurait essayé « de l'embrasser » ou « autre chose ». La jeune femme n'a « pas accepté » et elle est « tombée dans l'escalier ». C'est à ce moment-là qu'elle crie et que Shamran la fait taire. « Un accident », aurait-il plaidé auprès de sa sœur. « Cela ne peut pas être un accident, s'énerve Grégory Bensadoun, l'avocat de la famille de la victime. Sandra a été étranglée. Elle a été frappée. » A 12 h 54, le portable de la victime est éteint.

Il accuse un client «roumain»

Lors de tous ses interrogatoires, Shamran n'a jamais avoué le meurtre. Il nie fermement avoir tenté d'embrasser Sandra. Le jeune homme avait fini par soutenir la version d'un client « roumain » venu « pour acheter un pinceau ». Selon Shamran, c'est lui qui aurait tué Sandra. L'employé du Franprix serait venu au secours de la jeune femme. Il lui aurait apporté de l'eau et prodigué du bouche-à-bouche de loin. Il a même suivi le « Roumain » dans la rue après avoir fermé le commerce.

Seulement voilà : aucun élément de l'enquête ne corrobore cette version. Le dernier client assure qu'il était le seul dans la supérette. Le commerce ne vend pas de pinceau. Et dans la rue, les caméras de vidéosurveillance n'ont pas filmé Shamran en train de suivre quelqu'un. « Par ses mensonges ou son silence, le suspect a confisqué la vérité aux proches de Sandra, s'agace Gregory Bensadoun. C'est insupportable à vivre pour eux. »

Les enquêteurs de la brigade criminelle sont convaincus qu'après avoir tué Sandra, le jeune homme a fermé la supérette. Il a ensuite placé le corps pendant trois jours dans la chambre froide avant de le transporter jusqu'à Valenton. Reste à déterminer s'il a pu bénéficier de complicité. Notamment de la part d'autres membres de sa famille travaillant dans le Franprix. Lors de la reconstitution, Shamran a-t-il été capable de transporter seul le corps de Sandra jusqu'au coffre de la voiture ? Contacté ce jeudi, son avocat Adel Farès n'a pas donné suite.