Massacre dans l’ancien château de Vitry : des pistes sur le «cold case» de 1796

Des membres de la société d’histoire de la ville ont passé un an à travailler sur l’affaire de l’assassinat de Petit du Petit-Val. Ils en ont fait une exposition.

 Vitry, vendredi 2 octobre. De gauche à droite Jean-Claude, Francine, Alain, Yvonne et Jean-Michel, membres de la société d’histoire de la ville qui ont passé un an à tenter de résoudre un fait divers non élucidé remontant à 1796 : l’assassinat de six personnes dans le domaine du château de Vitry, disparu aujourd’hui.
Vitry, vendredi 2 octobre. De gauche à droite Jean-Claude, Francine, Alain, Yvonne et Jean-Michel, membres de la société d’histoire de la ville qui ont passé un an à tenter de résoudre un fait divers non élucidé remontant à 1796 : l’assassinat de six personnes dans le domaine du château de Vitry, disparu aujourd’hui. LP/F.D.

C'était à l'époque un coin de nature aux portes de Paris, où l'on venait acquérir une maison de campagne si l'on était riche et travailler la terre des autres si on ne l'était pas. Ce n'était en tout cas pas un endroit où un sextuple assassinat avait lieu tous les quatre matins. À Vitry l'affaire dite « du Petit Val », l'assassinat du châtelain et de cinq autres personnes en 1796, nourrit depuis un an les jours et les nuits de membres de la société d'histoire de la ville.

Se rapprocher de la vérité

Ils en ont fait une exposition présentée au centre culturel depuis ce lundi, et jusqu'à vendredi : « Macabre découverte au château de Vitry le 21 avril 1796 ». « Le point de départ, c'est le festival du roman noir au cours duquel il était prévu qu'on parle de cette histoire », raconte Jean-Claude Rosenwald. Mais l'idée n'aboutit finalement pas, et les Vitriots se retrouvent avec la même envie sur les bras : tenter d'élucider ce fait divers ou en tout cas se rapprocher de la vérité, plus de 40 ans après la réédition d'un livret réalisé par leurs prédécesseurs.

Des membres de la société d’histoire de la ville ont passé un an à tenter de résoudre un fait divers non élucidé remontant à 1796 : l’assassinat de six personnes dont le châtelain au château de Vitry disparu aujourd’hui. LP/F.D.
Des membres de la société d’histoire de la ville ont passé un an à tenter de résoudre un fait divers non élucidé remontant à 1796 : l’assassinat de six personnes dont le châtelain au château de Vitry disparu aujourd’hui. LP/F.D.  

Ce en s'appuyant sur deux ouvrages consacrés à cette histoire, et les archives glanées auprès de la ville ou de la bibliothèque nationale. « Notre démarche était surtout de ne pas refaire une énième version de ce qui a déjà été écrit », précise Alain, membre de la société. « À la différence de nos prédécesseurs nous avons Internet ce qui simplifie les recherches », explique Jean-Michel, trésorier de la société d'histoire. Notamment pour replacer ce crime dans son époque. « Ce qu'on veut avec cette exposition, c'est que les habitants se retrouvent plongés dedans », expliquent-ils.

«Où l'on venait respirer le bon air»

Et ils risquent bien d'être étonnés puisque Vitry qui se rapproche chaque année des 100 000 habitants, la plus peuplée du département, n'était alors qu'une « petite ville rurale, de villégiature, où l'on venait respirer le bon air et boire une bonne eau », rappelle Alain. Et c'est précisément pour cela que celui qui deviendra Petit Du Petit Val viendra s'installer dans son château, après avoir acheté un hôtel particulier à Paris.

Une carte du centre-ville de Vitry-sur-Seine en 1740. La zone en rouge correspond à l’emprise qui a fait l’objet il y a quelques années d’un diagnostic archéologique dans le parc du Coteau. Abbé de la Grive/Myriam Arroyo-Bishop.
Une carte du centre-ville de Vitry-sur-Seine en 1740. La zone en rouge correspond à l’emprise qui a fait l’objet il y a quelques années d’un diagnostic archéologique dans le parc du Coteau. Abbé de la Grive/Myriam Arroyo-Bishop.  

Un homme « bien placé », « très riche », mais aussi « ambigu » et « trouble », estiment les membres de la société. Un homme dont l'attitude et la fortune auraient pu « le mettre en difficulté ». Il n'en a plus à compter du 21 avril 1796 jour où il est retrouvé assassiné dans la propriété. À côté de lui, sa belle-mère, deux sœurs de cette dernière et deux chambrières.

« Ils n'ont pas été tués, ils ont été ma-ssa-crés ! », insiste Francine, secrétaire de la société. Parmi les constatations : main coupée, œil arraché, ventre ouvert. « C'était vraiment sanguinolent », résume Alain, dont on devine la moue dégoûtée derrière le masque.

Des documents d'enquête évaporés

La mort a-t-elle été donnée avec un tronçon de sabre, un couteau, une bûche ? L'exposition énumère les armes du crime qui ont pu être utilisées. Et bien sûr les pistes.

« On est après la Révolution, alors que les aristocrates sont surveillés, suspectés », rappelle Alain. Dans une région où il y avait alors « pas mal de bandes, de brigands », et même des assassinats similaires. Reste que « rien n'a été dérobé au château qui contenait des richesses », remarque Jean-Claude Rosenwald. Le seul objet disparu et retrouvé au coteau est un porte-documents. « Il pouvait contenir des reconnaissances de dettes ou des papiers liés à la famille royale », avance-t-il.

L’une des images de la reconstitution du château de Vitry réalisée par Camil Kermoume. Camile Kermoume
L’une des images de la reconstitution du château de Vitry réalisée par Camil Kermoume. Camile Kermoume  

Tous les documents d'enquête vont disparaître. Pas banal non plus le fait que le comte Dubois, préfet de police sous Napoléon 1er qui avait constaté lui-même cette disparition, soit ensuite devenu propriétaire du château. Une bâtisse qui était d'ailleurs « à son apogée » au moment des assassinats. « Il y a eu un passage à vide après ce qui s'est passé c'est vrai, mais cela ne l'a pas déprécié », assure Jean-Michel.

Il n'en existe quasiment plus aucune trace aujourd'hui. Il a pourtant tapé dans l'œil l'an dernier de Camil Kermoume, un jeune habitant passionné d'architecture qui a réalisé des modélisations en 3D de ce château démoli en 1911 et 1912.

« On a été ébahis devant son boulot », explique Jean-Claude Rosenwald qui a donc décidé de l'associer à l'exposition. Prévue sur deux semaines, celle-ci sera finalement réduite de moitié en raison du contexte sanitaire et pour la même raison, sa visite limitée à dix personnes. L'essentiel étant, pour éviter les frissons, de ne pas s'y retrouver à six.

Du lundi 5 au vendredi 9 octobre de 15 heures à 18 heures; jeudi 8 et le vendredi 9, nocturne de 18 heures à 20 heures; samedi 10 et dimanche 11 octobre de 14 heures à 18 heures. A la Maison de la vie associative, 36, rue Audigeois. Entrée libre.