Marolles : Emile Idée, 100 ans et vainqueur d’étape sur le Tour de France... 1949

Alors que le Tour de France bat son plein, le plus ancien champion cycliste du pays revient sur sa longue carrière : son Paris-Roubaix raté de peu, le dopage, ses années de compétition en pleine Seconde Guerre mondiale...

 Emile Idée a pris part trois fois au Tour de France et a même remporté une étape, le 14 juillet 1949.
Emile Idée a pris part trois fois au Tour de France et a même remporté une étape, le 14 juillet 1949. LP/Marine Legrand

Il est le plus ancien coureur cycliste français et le dernier vainqueur d'étape du Tour de France encore en vie. Emile Idée, qui vient de souffler ses 100 bougies, affiche une santé et un moral en acier. Le vélo, son plus fidèle compagnon, trône à une place de choix dans sa maison de Marolles-en-Brie (Val-de-Marne) : au milieu du salon, juste à côté du canapé et de la grande télévision où l'ancien champion suit chaque arrivée de la Grande Boucle, qui se déroule actuellement.

«Je ne regarde pas trop les étapes en journée, c'est toujours pareil», rigole-t-il. Il sait de quoi il parle. L'homme a participé trois fois au Tour de France : en 1947, 1948 et 1949. Cette troisième fois-là, il remporta à Nîmes l'étape du 14 juillet — tout un symbole pour un Français — mais abandonna quelques jours plus tard.

Aux côtés de Fausto Coppi et Louison Bobet

Le Tour n'est pas l'épreuve qui aura le plus marqué sa carrière (1941 à 1952). Emile Idée, ce sont des dizaines de titres dont deux en tant que champion de France sur route (1942 et 1947), et des podiums à gogo comme le Grand Prix des Nations (1er en 1942, 3e en 1944, 2e en 1946 et 1947), le Paris-Tours (2e en 1947, 3e en 1948), le Critérium national (3e en 1945, 1er en 1949)…

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Et surtout ce fameux Paris-Roubaix de 1948. «J'avais battu le record, j'avais fait les 30 derniers kilomètres tout seul, c'était incroyable, se souvient-il. J'arrive au vélodrome et là, je vois Rik Van Steenbergen arriver.» Emile Idée se fait battre au sprint par le Belge. «C'était un pistard. Je n'ai pas pu le remonter», lâche-t-il, toujours dépité soixante-douze ans après.

L'amertume pointe aussi encore un peu concernant d'autres défaites : «Ce qui m'embête, c'est d'avoir été battu par des drogués, lâche-t-il. Vous savez, à l'époque, ils prenaient déjà tous plein de pilules, des billes de khat. Je me souviens par exemple de Fausto Coppi, vomissant tant qu'il pouvait, tellement il était drogué. Pourtant, c'était un gars chouette, très simple, pas prétentieux comme Louison Bobet

«J'en faisais des efforts !»

Emile Idée, né à Ménilmontant, a découvert la petite reine grâce à son frère : «Il avait gagné un vélo et me l'a donné. J'étais adolescent. Ça m'a tout de suite plu. Dès mes premières courses amateur, je suis sorti dans les résultats.» Son beau-père, qui tient un magasin de vélo, achève de former son goût pour le cyclisme.

Emile Idée a arrêté le vélo il y a un mois et demi à peine, après le décès de son épouse. LP/M.L.
Emile Idée a arrêté le vélo il y a un mois et demi à peine, après le décès de son épouse. LP/M.L.  

Le jeune Emile s'entraîne dur : «J'en faisais des efforts ! Je faisais des sorties de 250 km par jour, deux fois par semaine.» Il court avec les clubs de la région parisienne : Les Clayes-sous-Bois (Yvelines), Boulogne-Billancourt et surtout le Vélo Club de Levallois (Hauts-de-Seine).

Ses points forts ? «J'avais l'endurance, j'étais un pistard et je montais bien les côtes. On me surnommait le roi de Chevreuse.» Mais je n'étais pas bon pour les cols, car je ne me droguais pas. C'est pour ça que le Tour de France ne m'a jamais vraiment réussi.»

Une carrière malgré la guerre

Sa carrière en pleine ascension se voit contrariée par l'arrivée de la Seconde Guerre mondiale en 1939. «C'est arrivé juste à ce moment-là», explique-t-il. Pas de quoi le démotiver pour autant. «On allait s'entraîner sur les trois vélodromes en Belgique, même quand les Allemands étaient là. Ils me contrôlaient parfois mais ne me disaient rien.»

Le cycliste dispute ainsi ses premières courses professionnelles en pleine Occupation. Il brille rapidement. «Je n'avais pas de secret : je m'entraînais, vraiment beaucoup. Et je ne croyais qu'en moi. Pas de manager ou d'entraîneur. Une fois, j'ai été avec Francis Pélissier. Résultat, il nous a fait faire des bêtises : le Bordeaux-Paris sans imperméable ! On a passé toute la nuit sous la flotte. Au petit matin, on grelottait.»

Dans les archives d’Emile Idée, on retrouve cette photo de sa victoire au Critérium national sur route en 1949. DR
Dans les archives d’Emile Idée, on retrouve cette photo de sa victoire au Critérium national sur route en 1949. DR  

Il arrête sa carrière en 1952, démoralisé après le décès de son beau-frère cycliste à la suite d'une chute à Montlhéry (Essonne). «Je ne pouvais plus…» souffle-t-il, encore ému. Il effectue le reste de sa carrière à la tête de trois magasins de VéloSolex à Choisy-le-Roi, Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) et Dijon (Côte-d'Or) avant de passer une paisible retraite à Marolles-en-Brie.

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Soudain, le vieil homme se dirige vers une commode. Il ouvre un tiroir. Des coupures de presse nous font faire un bond dans les années 1940. On y lit les nombreux exploits d'Idée, narrés par les journalistes de l'époque.

«Ça me manque le vélo, confie le centenaire. J'ai arrêté d'en faire au décès de mon épouse, il y a un mois et demi environ. Avant, j'allais en voiture au bois de Vincennes, j'y faisais mes tours, à l'écart des voitures. Ça me faisait tellement de bien…»