«Malgré les obstacles, ça vaut la peine de se battre» : Mohamed Cheikh défend les couleurs du Val-de-Marne à «Top Chef»

Le cuisinier de Fontenay-sous-Bois de 28 ans, qui a travaillé dans des palaces parisiens, a intégré le concours après un premier casting manqué. Il a rejoint dans l’émission l’équipe d’Hélène Darroze et nous raconte son parcours. La suite, c’est ce mercredi soir sur M 6.

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 Mohamed Cheikh, qui a grandi à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, participe à la douzième saison de l’émission culinaire «Top Chef».
Mohamed Cheikh, qui a grandi à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, participe à la douzième saison de l’émission culinaire «Top Chef». M6/Marie Etchegoyen

Rien ne lui laissait penser, quand il rêvait de cuisine dans son quartier du Bois-Cadet à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qu'il côtoierait les plus grands cuisiniers français dans l'émission « Top Chef » moins de quinze ans plus tard. Les Val-de-Marnais ont pu découvrir mercredi 10 février Mohamed Cheikh, 28 ans, comme représentant de leur département. L'an passé, c'est Diego Alary, d'Ivry-sur-Seine, qui défendait le Val-de-Marne dans la plus célèbre des émissions de cuisine.

Mohamed Cheikh, lui, est un jeune chef passionné et… audacieux. Il a décroché chacun de ses stages au culot, en se présentant là où il voulait vraiment travailler et en ne comptant pas ses heures. En 2015, il n'avait pas dépassé le stade du casting de « Top Chef » mais, pour cette 12e saison, il compte bien aller le plus loin possible, dans la brigade de la chef étoilée Hélène Darroze. L'émission est à retrouver sur M 6, ce mercredi soir à 21 heures.

Comment vous est venu le goût de la cuisine ?

MOHAMED CHEIKH. Très petit, j'ai rapidement fait la différence entre un bon plat et quelque chose de basique. Ma mère, coiffeuse, travaillait et s'occupait de trois enfants. Elle préparait des choses simples que je critiquais beaucoup. A la cantine, je faisais du troc avec les copains pour ne pas manger ce que je trouvais insipide. Je passais en revanche beaucoup de temps chez ma grand-mère, qui habitait aussi Fontenay. Elle m'emmenait au marché à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et je l'aidais quand elle préparait le couscous, la chorba, des beignets ou les crêpes algériennes. Dès le CM 2, j'avais décidé de devenir cuisinier. Je ressentais tellement d'émotions en dégustant des bons petits plats chez des copains, chez ma grand-mère ou en voyage avec ma famille dans les pays méditerranéens…

Une passion qui s'est confirmée lors d'un premier stage à Vincennes…

Au collège, je n'étais pas bon élève. J'ai toujours préféré faire rire les copains qu'apprendre la géographie. Mes parents faisaient en sorte que je marche droit, mais on m'a vite conseillé de faire un stage pour trouver une voie professionnelle. J'ai arpenté la plus belle rue de Vincennes avec mes conventions en main et une tenue impeccable et j'ai été pris au Petit Bofinger. En quatre jours là-bas, ma vocation était confirmée ! Le contact avec les clients, l'ambiance d'un restaurant, j'ai tout de suite trouvé ma place.

Entrer au lycée hôtelier a-t-il été facile ?

Mon mauvais dossier scolaire m'a valu d'être refusé partout à l'issue de ma troisième. J'étais très très déçu. Je suis allé à SOS Rentrée (NDLR : un dispositif du département pour les élèves sans affectation) et Jean-François Voguet, le maire à l'époque, a écrit en ma faveur. Le lycée hôtelier Montaleau de Sucy-en-Brie m'a finalement proposé une place à la suite d'un désistement. J'étais tellement heureux! J'ai enfilé mon plus beau costume et j'ai couru là-bas le jour même.

Mohamed Cheikh aux côté d’Hélène Darroze, dont il a rejoint la brigade au sein de l’émission «Top Chef », et de Paul Pairet. M6/Marie Etchegoyen
Mohamed Cheikh aux côté d’Hélène Darroze, dont il a rejoint la brigade au sein de l’émission «Top Chef », et de Paul Pairet. M6/Marie Etchegoyen  

Vous êtes ensuite retourné en stage à Vincennes…

Oui, ça c'était tellement bien passé. Cette fois, j'ai fait deux semaines en cuisine et deux en salle, toujours avec la certitude que c'était mon futur métier. Après, j'ai décroché à la force des bras un stage chez Alain Sanderens, trois étoiles, place de la Madeleine à Paris. J'ai eu une telle relation de transmission avec lui qu'il m'a proposé un poste dès mon BEP en poche.

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Vous avez ensuite enchaîné avec des postes dans des grands restaurants, comme le Royal Monceau, le Shangri-La ou le Sofitel de La Défense. Quels souvenirs gardez-vous de vos expériences dans les palaces parisiens ?

Celle de très longues journées. Je démarrais tôt, je finissais parfois à 2 heures du matin. Mes parents venaient me chercher parce qu'ils avaient peur que je prenne les transports en commun trop tard. Mais j'ai beaucoup appris, surtout au Sofitel où je tenais la maison, je pouvais servir ma propre cuisine. J'y suis devenu chef en 2016 à seulement 23 ans. J'ai pu constituer ma brigade, on est passé de 30 couverts par jour à 85, c'était une magnifique expérience.

Quels sont vos conseils aux jeunes qui voudraient suivre votre parcours ?

Quand on veut vraiment faire un métier, c'est possible, et ça même si le système scolaire n'est pas fait pour tous. Comme on me l'a dit à plusieurs reprises, on est parfois obligé de travailler deux fois plus suivant sa couleur de peau ou l'environnement d'où l'on vient. C'est injuste, je suis Français, j'ai grandi ici, je respecte les lois, je paye les taxes. Mais malgré les obstacles, ça vaut la peine de se battre. Je prenais aussi toujours beaucoup soin de moi, de ma tenue et ça aide aussi d'arriver quelque part avec le sourire.

Comment voyez-vous l'avenir après cette période difficile pour les restaurateurs ?

J'ai quitté le Publicis Drugstore d'Eric Fréchon, l'an dernier, pour faire « Top Chef » et monter mon resto. Là, j'attends que la situation sanitaire s'améliore, mais j'espère m'installer bientôt à Paris ou à Vincennes.