Logement indigne, loyers impayés : entre ces locataires et leurs propriétaires, c’est la guerre

La situation est ubuesque. Une famille de Cachan (Val-de-Marne) subit les assauts des propriétaires du logement qu’elle occupe depuis mai 2019. Les deux parties se renvoient la balle. On vous raconte les détails de cette folle histoire.

 Cachan (Val-de-Marne). Le propriétaire a tagué le mur de sa maison, indiquant les mois de loyer impayés par ses locataires. DR
Cachan (Val-de-Marne). Le propriétaire a tagué le mur de sa maison, indiquant les mois de loyer impayés par ses locataires. DR DR

Ils étaient chez eux quand le propriétaire s'est attaqué au toit. Les locataires n'y ont pas cru tellement c'était énorme. « Je pensais que c'était les voisins qui faisaient des travaux », se souvient Sami*, qui ce jour-là était en train de prendre sa douche. « Appelle la police », lâche-t-il à sa femme. « Vous pouvez descendre monsieur ? » demande quelques minutes plus tard cette policière de Cachan (Val-de-Marne) à l'intéressé, une scie à la main.

C'était en août. Et depuis, il y a deux trous dans la maison de Sami et Leïla. Le salon est en péril avec l'eau qui s'accumule. C'est fâcheux parce que c'est la dernière pièce un tant soit peu habitable dans cette maison maudite. La chambre des enfants, il faut l'oublier. Le faux plafond s'est effondré sur le bureau. « Heureusement, ils n'étaient pas là », précise la maman. Cet épisode est sans conteste le point d'orgue de l'incroyable conflit opposant un propriétaire de Cachan à cette famille, qui a déposé une douzaine de plaintes au commissariat.

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En engageant des travaux sur le toit, le propriétaire a causé un effondrement du plafond dans la chambre des enfants. DR
En engageant des travaux sur le toit, le propriétaire a causé un effondrement du plafond dans la chambre des enfants. DR  

L'affaire commence en mai 2019. Le couple et leurs deux enfants reviennent en France après plusieurs années passées au Maroc, leur pays d'origine. « J'ai eu un cancer, explique la mère de famille. Je faisais régulièrement des allers-retours en France pour me faire soigner. » La situation devient intenable. Sami doit démissionner. Et un peu en catastrophe, la famille retourne en France.

« Coup de chance », lors de son hospitalisation, Leïla fait la connaissance de ce couple qui a justement une maison à louer dans le centre-ville de Cachan. Loyer : 900 euros. Affaire conclue. « On leur a rendu service parce qu'ils n'avaient même pas de garanties », nous confient ce jeudi matin les propriétaires.

Couacs en série

« La veille de l'emménagement, le 30 juin 2019, mon épouse reçoit un message l'avertissant que la maison n'est pas habitable, grimace Sami. On avait déjà nos billets d'avion. » Premier couac. Le premier d'une longue série. « Le 26 juillet, le propriétaire me dit : C'est bon c'est fini, se souvient Leïla. Mais la chaudière, les radiateurs et la gazinière ne fonctionnaient pas. Il y avait des fils électriques partout et une fuite dans la salle d'eau. Mais on n'avait plus le choix, il fallait qu'on emménage. » « La maison était nickel », assurent de leur côté les propriétaires.

Bref, le bras de fer commence. « Il y avait déjà des moisissures, rembobine Sami. Je leur ai dit : Vous nous mettez un logement correct et on vous paie le loyer ! » Comme rien ne se passe, la famille sollicite en octobre un constat d'insalubrité qui sera dressé en décembre. Dans la maison, il n'y a aucune ventilation et l'installation électrique n'est pas conforme. Les moisissures s'accumulent. « Oui, mais faut dire qu'ils n'aèrent pas, non plus », remarque la propriétaire.

«Vous feriez quoi, vous, si pendant six mois vous ne receviez pas votre loyer ?»

Pour elle et son mari, la hache de guerre est déterrée. Le 10 octobre, première sommation taguée à l'encre rouge sur la façade de la maison : « Loyers non payés X. » « Ma fille m'a dit qu'il fallait quitter la maison parce qu'elle avait honte vis-à-vis de ses copines d'école », déglutit le père de famille. Ce type d'inscriptions, il y en aura à plusieurs reprises, pour chaque impayé. « Vous feriez quoi, vous, si pendant six mois vous ne receviez pas votre loyer ?, assume la propriétaire. Faut bien le réclamer ! »

La situation devient très tendue. « Un jour, on l'a surpris lui en train de mettre de la colle dans notre serrure, se désole Sami. Il a aussi remplacé notre nom par le sien sur la boîte aux lettres. » Après le constat d'insalubrité, des travaux doivent être réalisés. « Il a planté le panneau du permis de construire juste devant la maison de façon à bloquer la porte d'entrée », soupire Leïla.

«Ce sont de véritables escrocs»

« C'est allé crescendo, résume Gladys Rivierez, l'avocate des locataires. Le pire, c'est que les propriétaires n'ont rien fait des travaux requis à part les deux trous dans le toit ! » « Mais je voulais poser des Velux », se dédouane le bailleur. Alors que la famille est à l'intérieur ? « Mais il n'y avait personne », tentent-ils encore de se convaincre.

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« Ce ne sont plus des locataires : ce sont des squatteurs, de véritables escrocs, s'étranglent les propriétaires. Nous leur avons même proposé des solutions de relogement. Nous sommes prêts à leur payer trois mois de loyer, à condition qu'ils partent, définitivement ! »

« C'est du grand n'importe quoi, ces prétendues solutions de relogement », répond l'avocate. « Ça fait des mois qu'on crie au secours et personne ne réagit, déplore Sami, qui aimerait que la municipalité déclare un péril imminent. » « On suit le dossier et nous resterons vigilant quant à l'application de l'arrêté », affirme la ville.

« Ça fait un an que je ne fais plus que m'occuper de ces folies, souffle le père de famille. Mais, là j'ai honte ! J'en fais une affaire de principe. » La situation pourrait se régler au tribunal le 7 décembre.

*Les prénoms ont été changés.