Le champion d’athlétisme Benjamin Compaoré condamné pour violences conjugales

L’athlète de 33 ans, vivant au Perreux (Val-de-Marne) et licencié au club de Montreuil (Seine-Saint-Denis), a été condamné à six mois de prison avec sursis ce vendredi par le tribunal de Créteil pour des violences sur sa conjointe entre août 2019 et mars 2020.

 Benjamin Compaoré a notamment été champion d’Europe du triple saut en 2014.
Benjamin Compaoré a notamment été champion d’Europe du triple saut en 2014. Icon Sport

Elle a mal entendu. Mais immédiatement, d'un simple coup d'œil, Benjamin Compaoré rassure sa compagne. La procureure n'a pas requis de prison ferme à son encontre. Le prévenu et la victime ne seront donc pas à nouveau séparés, eux qui avaient interdiction de se voir à cause du contrôle judiciaire jusqu'à ces dernières semaines.

Car l'athlète de 33 ans, vivant au Perreux (Val-de-Marne) et licencié au club de Montreuil (Seine-Saint-Denis) comparaissait ce vendredi au tribunal de Créteil pour des violences sur sa conjointe entre août 2019 et mars 2020. Après une heure et demie d'audience et l'attente fébrile du délibéré en serrant la mère de ses deux enfants contre lui, le champion d'Europe du triple saut (en 2014) a finalement été condamné à six mois de prison avec sursis. La peine ne sera pas inscrite sur son casier judiciaire.

Cintré dans un jean et un pull noir, Benjamin Compaoré n'a pas fui ses responsabilités, assumant les actes de violences dénoncés par sa compagne, mais estimant qu'ils sont réciproques. « Je reconnais tout ce qui m'est reproché, mais il faut contextualiser, dans notre couple ça n'allait plus depuis début 2019, ma compagne ne parvenait pas à garder son calme, on ne communiquait plus », indique-t-il d'abord.

«Lorsque je la serrais fort, c'était pour qu'elle arrête de me frapper»

« J'essayais seulement de la maintenir à distance, de la calmer dans ses crises d'hystérie, précise-t-il après un temps d'arrêt. Lorsque je la serrais fort, c'était pour qu'elle arrête de me frapper, je me sentais agressé, menacé, mais comme elle ne me faisait pas mal, je n'ai pas déposé plainte. Pourtant, des violences j'en ai subies, elle me frappait même dans les parties génitales. »

Rien ne l'atteste médicalement. Mais lors de sa déposition, le 23 mars à l'issue de la dernière rixe, la victime a concédé avoir parfois mis les premiers coups. Cette plainte est le point de départ de l'enquête. La victime présente trois certificats médicaux. Et les premiers faits de violences dont elle se souvient précisément remontent au mois d'août 2019 : ce soir-là, lors d'une sortie à Bastille (Paris), l'athlète prend la tête de sa femme et la cogne contre une vitrine. Par la suite les coups auront lieu au domicile du couple. Tour à tour, il l'étrangle jusqu'à l'asphyxie, la gifle devant leurs enfants nés en 2017 et 2018, lui tire les cheveux, lui coince la tête entre ses genoux, la dévalorise sans cesse…

Le jour de sa plainte, elle a cette fois été poussée et projetée au sol, puis écrasée sous le poids de son conjoint une fois mise sur le lit. Benjamin Compaoré la serre ensuite tellement fort que la victime entend un craquement dans sa bouche. Les examens montrent un œdème à la mâchoire et les médecins lui prescrivent cinq jours d'ITT. « J'ai voulu partir pour éviter que ça finisse comme ça, mais impossible, elle avait verrouillé la porte, détaille l'athlète de haut niveau qui avait décidé deux jours plus tôt de vivre sous un autre toit. Cela faisait un an que je cherchais une solution. Dès que je parlais de séparation, elle refusait et me tapait. J'en avais discuté avec ses parents. Mais en général, les disputes démarraient parce qu'elle me reprochait des infidélités, la plupart du temps invraisemblables. Je suis quelqu'un de calme, je voulais tout faire pour éviter les conflits. »

Une plainte pour «stopper cette escalade»

A côté de lui à la barre du tribunal, la compagne du champion qui avait obtenu une médaille de bronze en 2016 aux Mondiaux en salle acquiesce. « J'ai vécu une phase de dépression, on ne communiquait plus car j'étais trop mal, reconnaît la victime qui semble vouloir se justifier davantage que le sportif de haut niveau. Je portais souvent les premiers coups et j'ai eu plusieurs crises d'angoisse et d'hystérie. J'ai décidé de porter plainte pour stopper cette escalade. Je n'ai pas eu l'impression qu'il cherchait seulement à me retenir ou me maîtriser, je l'ai ressenti comme de la violence, mais c'est dû à notre différence de gabarit. En tout cas, il n'est jamais rentré à la maison en se disant : Tiens je vais taper sur ma femme, c'est une certitude. »

La présidente du tribunal interroge le mis en cause et la victime sur leur avenir. « On va continuer notre travail de thérapie de couple ensemble, annonce la victime. Notre plus grand tort ce n'est pas les violences, c'est de mettre fin à notre relation. »

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Benjamin Compaoré avait durant la procédure interdiction de contacter sa femme. Une mesure levée voici quelques semaines. « Le contrôle judiciaire et cet éloignement ont créé un manque, mes sentiments ont évolué et on va tout essayer, pour nos enfants aussi », appuie l'athlète, lui aussi un peu tourmenté par sa fin de carrière. « Je devais arrêter cet été après les JO de Tokyo, mais ils ont été repoussés d'un an », détaille celui qui prépare sa reconversion en entraînant à l'Insep et en passant de nouveaux diplômes dans les prochains mois.