La «méthode» val-de-marnaise pour lutter contre les violences conjugales

La ministre Marlène Schiappa est venue ce vendredi vanter la stratégie employée dans le département, en particulier à Fontenay, pour que les auteurs de violences ne passent pas entre les mailles du filet.

 Fontenay-sous-Bois, ce vendredi après-midi. La ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la citoyenneté, a mis en avant un commissariat «précurseur».
Fontenay-sous-Bois, ce vendredi après-midi. La ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la citoyenneté, a mis en avant un commissariat «précurseur».  LP/Denis Courtine

Faire en sorte que les violences conjugales ne restent pas impunies. En la matière, le Val-de-Marne est à la pointe. Cette «méthode» départementale, Marlène Schiappa est venue la vanter ce vendredi après-midi au commissariat de Fontenay-sous-Bois.

Un déplacement que l'ancienne secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations avait reporté la semaine dernière à cause du remaniement.

C'est donc avec sa nouvelle casquette de ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la citoyenneté, qu'elle a mis en avant ce commissariat «précurseur notamment dans la grille d'évaluation des dangers».

Cette visite a d'abord permis de confirmer que la période de confinement avait été terrible en termes de violences conjugales dans le département. Bien sûr le nombre de plaintes est en baisse. Mais, elles ont triplé entre la dernière semaine de confinement et la première semaine de déconfinement. Autre indicateur significatif : les interventions des policiers pour des différends conjugaux ont augmenté de 50% dans le Val-de-Marne pendant le confinement.

«Nous judiciarisons systématiquement toutes les affaires»

Globalement, depuis le début de l'année, les violences conjugales ont ainsi augmenté de plus de 10% par rapport à la même période en 2019.

A Fontenay, la hausse monte même à 15,5%. Paradoxal de citer en exemple ce commissariat ? Non, car dans cette ville, tout est mis en place pour que la parole des victimes ne passe pas à la trappe.

«Déjà, nous judiciarisons systématiquement toutes les affaires, explique un fonctionnaire de Fontenay. Nous ne prenons plus les mains courantes et nous avisons toujours le parquet.»

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Pour la rédaction des plaintes en matière de violences conjugales, les policiers, formés par des associations comme Tremplin 94, s'aident d'un questionnaire pour mieux circonstancier les faits. «Quand une victime se prend une gifle, on ne se limite pas à ça, détaille la même source. On recherche d'éventuelles violences sexuelles ou psychologiques». Bref, une base de travail solide pour engager des poursuites.

«L'après Covid-19 a été ultra-violent»

Si la victime n'ose pas s'adresser à la police, elle peut «ouvrir une autre porte», souligne Assia Benziane, adjointe au maire (PCF) de Fontenay, déléguée aux droits des femmes et à l'égalité. La jeune femme, qui avait notamment initié dans la ville la suppression du «mademoiselle» dans les documents administratifs avant que cela soit généralisé au niveau national, travaille au sein d'un comité local de lutte contre les violences conjugales composé de médecins, psychologues, assistantes sociales…

Encore une fois, il s'agit de faire remonter tous les faits. «L'après Covid-19 a été ultra-violent, souffle celle qui tutoyait ce vendredi Marlène Schiappa qu'elle connaît depuis des années. Nous avons même eu huit signalements en une seule journée. » Ce réseau et le commissariat de Fontenay travaillent main dans la main.

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Et si malgré tout, les victimes ne tapent pas à ces portes, elles peuvent taper quelques mots sur leur téléphone pour contacter une plate-forme numérique dédiée aux violences conjugales. C'est de cette façon que début juin, toujours à Fontenay-sous-Bois, un homme avait été placé en garde à vue pour viol, actes de torture et violences sur sa concubine. Ce dispositif avait vu sa fréquentation multipliée par 20 pendant le confinement, comme nous le soulignait le cabinet de Marlène Schiappa.

Le nombre de places d'hébergement pour les femmes battues a triplé en trois ans

A l'échelle départementale, le nombre de places d'hébergement pour les femmes victimes de violences a triplé entre 2016 et 2019 passant de 35 à 108. Un centre pouvant accueillir 20 victimes vient d'ouvrir à Saint-Maur.

Reste évidemment la réponse pénale apportée à toutes ces remontées d'informations. «Dans le domaine des violences conjugales, nous pouvons vraiment compter sur le parquet, juge un policier. Et globalement, les juges ne font pas preuve de beaucoup de clémence avec les types qui tapent leur femme.»

Autant de dispositifs qui ont permis «de sauver des vies», a salué Marlène Schiappa. «Je souhaite que cela se passe comme cela sur l'ensemble du territoire.»