La commission de médiation du PCF saisie après le «putsch» du 4 juillet à Vitry

La commission nationale de médiation et de règlement des conflits du parti s’est réunie récemment. Elle a demandé des « éléments complémentaires » pour pouvoir se prononcer ces prochaines semaines sur le cas de Pierre Bell-Lloch, élu maire à la surprise générale.

 Vitry-sur-Seine, le 4 juillet. Pierre Bell Lloch (PCF) sur le parvis de la mairie avec son équipe le jour de son élection surprise.
Vitry-sur-Seine, le 4 juillet. Pierre Bell Lloch (PCF) sur le parvis de la mairie avec son équipe le jour de son élection surprise. LP/Marion Kremp

Il a « déchiré sa famille devant tout le monde ». Va-t-elle le mettre au ban? Dans le cas des municipales à Vitry (Val-de-Marne), la commission nationale de médiation et de règlement des conflits du Parti communiste doit décider ces prochaines semaines d'une éventuelle suspension de Pierre Bell-Lloch, élu PCF qui contre toute attente ou presque, a pris la tête de la mairie de Vitry le 4 juillet contre la tête de liste Jean-Claude Kennedy (PCF).

«C'est une première»

Cette commission vise notamment à régler des conflits internes par la médiation. Ses membres, qui appartiennent au parti mais qui travaillent « d'une manière indépendante », se sont déjà réunis une première fois au sujet de Vitry. Ils ont d'après nos informations demandé des éléments complémentaires pour pouvoir se prononcer.

Pas facile, il faut le dire, de s'emparer d'un cas inédit. « C'est une première dans une grande ville comme Vitry », confirme Pierre Lacaze, responsable des élections pour l'exécutif national du parti qui évoque une situation « conflictuelle », « compliquée » : « Nous avons condamné la décision de Pierre Bell-Lloch, mais elle a été suivie par une partie de nos camarades ».

Depuis le 4 juillet d'ailleurs, accrochages et invectives se multiplient. Le 7 juillet, 200 personnes ont dénoncé le putsch de Pierre Bell-Lloch lors d'une soirée organisée au Kilowatt, avec prises de parole entrecoupées d'insultes, parfois corsées, adressées au nouveau maire. Le 9, lors d'une assemblée générale des communistes de Vitry organisée sous la pression de la direction fédérale du Val-de-Marne - et ce « suite à un refus écrit du secrétaire de section, nouvellement maire de la commune » - certains avaient failli en venir aux mains.

Un climat «délétère et violent»

Mise en présence de « bon nombre » de présents non adhérents du parti, la direction fédérale leur avait demandé de quitter la salle « afin de permettre un débat serein entre communistes », provoquant la colère du nouveau premier adjoint. Dans un climat « délétère et violent », « la direction départementale a dû quitter cette réunion et avec elle une cinquantaine de communistes ».

Le 7 juillet, plus de 200 personnes se sont retrouvées au Kilowatt à Vitry pour dénoncer la manière dont l’élection s’est déroulée. LP/F.D.
Le 7 juillet, plus de 200 personnes se sont retrouvées au Kilowatt à Vitry pour dénoncer la manière dont l’élection s’est déroulée. LP/F.D.  

Le 11 juillet, lors du premier conseil municipal qui a suivi l'élection, plus de 200 personnes ont manifesté sur le parvis, pro Bell-Lloch contre pro Kennedy, dont le représentant du PCF 94, avec dans les mains d'habitants et de militants des pancartes, et des œufs qui ont terminé leur course sur la mairie.

À l'endroit même où le maire, une semaine plus tôt, se faisait prendre en photo avec ses nouveaux adjoints. Parmi eux, Fatmata Konaté, chargée de la culture et de la communication, dont on sait désormais qu'elle est la candidate du parti pour la législative partielle en septembre.

La candidate du PCF à la législative partielle dévoilée

« La gauche va partir en ordre dispersé semble-t-il, explique Pierre Bell-Lloch à ce sujet. On souhaite conserver une candidature communiste avec Fati (NDLR : Fatmata) Konaté. Si on est arrivés au dénouement du 4 juillet c'est parce qu'on avait décidé de construire un projet sur Vitry qui était d'arrêter d'être la gauche la plus bête du monde et d'arriver à se mettre d'accord pour répondre aux besoins des habitants qui nous demandent une gauche unie. »

La candidature de sa nouvelle adjointe s'inscrit, explique-t-il « dans cette continuité ». « Pour nous c'est important car Fati est un membre de la majorité », insiste Pierre Bell-Lloch.

«Notre objectif c'est le maintien du département»

Au Parti communiste, on explique se pencher de très près sur Vitry et le Val-de-Marne pour les mois qui arrivent. Pas tant pour la législative partielle que pour les élections départementales organisées en 2021. « Nationalement, on souhaite un travail sérieux de la commission, glisse Pierre Lacaze. On a souhaité marquer le coup car on est extrêmement mécontents de ce qui s'est passé à Vitry. Notre objectif c'est le maintien du département (Le Val-de-Marne est le dernier département communiste de France, NDLR). On a besoin d'avancer ».

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Pierre Bell-Lloch, qui est membre du conseil national du parti, « s'est retiré temporairement de ses responsabilités, à la demande de Fabien Roussel », précise le responsable des élections. Reste à savoir s'il en sera suspendu tout court, ou non. La décision sera prise « au regard des statuts du PCF et de leur application », indique un autre responsable du parti qui précise être « harcelé quotidiennement par des camarades sur ce sujet ».