Ile-de-France : la quête des mannequins de demain se poursuit en banlieue

Près de 500 personnes ont pris part, ce samedi dans le Val-de-Marne, à un casting géant organisé par une agence de mannequins. Son cheval de bataille : favoriser la diversité et l’inclusion sociale.

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 Champigny-sur-Marne, ce samedi. Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de ce casting géant.
Champigny-sur-Marne, ce samedi. Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de ce casting géant. LP/Gérald Moruzzi

Le pas plus ou moins assuré, mais mues par les mêmes rêves de podiums, près de 500 personnes ont investi, ce samedi, la salle Jean-Morlet de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). La raison de cette forte affluence : un casting géant organisé une bonne partie de la journée par l'agence internationale The Claw Models et THE.Ølz, l'agence sœur consacrée à la découverte de nouveaux mannequins.

L'objectif est bien celui-ci : dénicher celles et ceux que s'arracheront demain grandes marques, créateurs de mode et photographes. Cette quête, les organisateurs du casting la poursuivent en banlieue depuis 2019, avec un certain succès.

« Après un gros coup d'arrêt en 2020, nous en sommes aujourd'hui à notre cinquième casting de ce type, le deuxième de la saison après celui des Mureaux (NDLR : Yvelines) au début du mois », explique Benoît Guinot, cofondateur de The Claw Models avec Chris Lucas et Guillaume Proust.

«La mode a besoin d'être plus inclusive»

Nourri bien en amont d'annonces sur les réseaux sociaux, plus particulièrement sur Instagram, ce succès s'explique aussi par la tonalité du rendez-vous et les maîtres-mots derrière cette démarche. « Nous estimons que la diversité est une richesse et que la mode a besoin d'être plus inclusive, nous avons un rôle à jouer en la matière, milite Benoît Guinot, tant comme professionnel que par convictions personnelles. Aussi, plutôt que de faire venir les gens dans une agence à Paris, nous voulons aller vers eux. Pour beaucoup, le monde de la mode semble très fermé. »

Il y a encore quelque temps, Melyna, 21 ans, n'aurait pas osé se présenter à un casting. Non par peur de détonner au milieu de candidates à la peau claire et aux cheveux lisses, mais par manque de confiance en elle. « Cela fait longtemps que je pense au mannequinat, mais il m'a fallu quelques années pour être armée psychologiquement pour ce milieu », glisse cette habitante de Champigny-sur-Marne, actuellement en école d'architecture.

Des marques de luxe «plus ouvertes à la diversité»

Un contrôle de la température à l'entrée de la salle (en raison des mesures sanitaires), quelques pas pour laisser ses affaires superflues sur un portant, une photo de face puis de profil et Malaury, 22 ans, des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), s'élance en direction du jury. Un aller-retour sur le tapis noir et la jeune femme à la peau sombre repart, pleine d'espoir. « Les grandes marques de luxe sont de plus en plus ouvertes à la diversité, note-t-elle. Si je peux faire partie de cela, c'est cool ! »

Venue d'Evry-Courcouronnes (Essonne), Steffi, 26 ans, veut aussi y croire. « Il y a d'ordinaire des critères assez stricts lors des castings, là il n'y en a pas, ça laisse donc plus de chances d'être choisie », sourit cette ancienne agente d'escale, qui a perdu son travail en raison de la crise dans l'aérien. Déterminée, la jeune femme n'a pas hésité à fouler la longue pièce d'étoffe, en mettant pour son premier casting ses mauvaises expériences de côté. « J'ai tenté d'envoyer des photos à des agences, confie-t-elle. Mais à l'époque, elles avaient trouvé que j'avais trop de formes, alors que je pensais ne pas en avoir assez! »

De toutes origines géographiques et sociales, de toutes corpulences et de tous vécus, ces femmes et ces hommes, le plus souvent jeunes, ont eu droit au même accueil et au même regard de la part du jury de professionnels. « Nous recherchons des personnes atypiques, surprenantes, qui vont nous percuter, créer chez nous de l'émotion », explique Benoît Guinot. Parmi les 500 qui ont tenté leur chance samedi, une seule a été retenue.

De la banlieue à Louis Vuitton, Balmain, Balenciaga…

Les précédents castings en banlieue ont permis d'en sélectionner plusieurs. Les unes évoluent déjà devant les objectifs, travaillent avec des marques de luxe, telles Louis Vuitton, Balmain ou Balenciaga. Toutes patientent et trépignent à l'idée de participer, enfin ou à nouveau, à des défilés de mode, lorsque ces derniers auront de nouveau lieu.

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Une normalisation attendue dans ce monde lui aussi impacté par la crise sanitaire. Depuis le début de la pandémie, les « scouts », chargés de dénicher les futurs talents dans la rue, ont de plus en plus de mal à mener à bien cette mission. Il ne suffit plus d'aborder la personne repérée, il faut aussi lui demander de baisser son masque, quitte à la surprendre. « C'est aussi pour cela que ces castings en banlieue sont importants », pointe Benoît Guinot, derrière son masque.