«Il faut oser franchir le pas !» : ces entreprises du Val-de-Marne qui recrutent «autrement»

De nouvelles sociétés signeront la charte des entreprises inclusives du Val-de-Marne ce jeudi. Témoignages de recruteurs et recrutés profondément heureux.

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 Le Kremlin-Bicêtre, le 11 janvier. Sally Bennacer est très heureuse d’avoir embauché Bryan, issu de l’Ecole de la 2e chance de Créteil, dans son entreprise de stores, rideaux et fenêtres.
Le Kremlin-Bicêtre, le 11 janvier. Sally Bennacer est très heureuse d’avoir embauché Bryan, issu de l’Ecole de la 2e chance de Créteil, dans son entreprise de stores, rideaux et fenêtres. LP/Marine Legrand

Embaucher un handicapé, un apprenti, un réfugié, un migrant, une personne éloignée de l'emploi, accueillir un stagiaire de 3e, un jeune au parcours scolaire chahuté, recourir à l'emploi franc… Bref, recruter autrement. Tel est le but visé par la charte du club des entreprises inclusives du Val-de-Marne qui s'apprête à être signée par une quinzaine de patrons supplémentaires ce jeudi.

La charte et le club qui l'anime ont été lancés en novembre 2019 par la Direccte avec l'appui de la Mission locale des Bords de Marne et de Pôle emploi. Déjà 61 sociétés ont ratifié le document. Elles seront donc bientôt près de 80, se rapprochant de l'objectif initial, à savoir 100 signataires : Valentin TP, La Cour Cyclette, Festo, Entreprise Ducrest, Union des compagnons paveurs, Green Creative, Avanista, RATP, Footlocker, Star Services, SGD Pharma…

« La force de ce club, c'est de permettre aux entreprises de faire partie d'un réseau pour apprendre, s'inspirer, innover pour l'inclusion », plaide Fadila Mirghani, ambassadrice du club et responsable recrutement, détection des talents et responsabilité sociale des entreprises chez Bluelink à Ivry-sur-Seine. Elle partage les bonnes pratiques en matière d'inclusion. « On accompagne et incarne la démarche RSE (NDLR : responsabilité sociale des entreprises), on permet d'être dans le concret, dans l'action, on organise des ateliers, des webinaires, on partage les initiatives des uns et des autres. »

Au Kremlin-Bicêtre, un CDI qui change la vie

« Je n'ai pas embauché un jeune de l' Ecole de la 2e chance, j'ai embauché un jeune tout court. » Sally Bennacer s'est même battue pour le recruter. Responsable de l'entreprise Art and Blind au Kremlin-Bicêtre spécialisée dans les stores, volets, rideaux et fenêtres, elle fait partie des signataires de la première heure.

Sally Bennacer a rencontré Bryan en l'accueillant en stage. Le jeune homme est arrivé de la Guadeloupe en 2016 après avoir interrompu son bac pro chaudronnerie. La mission locale l'a orienté vers l'Ecole de la 2e chance à Créteil. « Quand je l'ai vu arriver avec ses dreadlocks, je me suis demandé : va-t-il faire l'affaire ? rit-elle. En fait, il s'est révélé être un super stagiaire. Il était sérieux, apprenait vite, avait du savoir-vivre et du savoir-être. »

Deux ans après, un poste se libère grâce au départ en retraite d'un salarié. « J'ai tout de suite pensé à Bryan. » Mais le numéro de téléphone du jeune homme n'est plus attribué. Sally le cherche partout, retrouve la trace de sa mère sur Facebook, la contacte, puis déniche son profil sur LinkedIn.

« Elle m'a demandé si j'étais disponible, si j'étais au chômage, raconte Bryan, 24 ans. Ça tombait bien : j'étais en recherche d'emploi. » Un entretien plus tard, le jeune homme est embauché ! Art and Blind lui finance une formation, l'aide à passer le permis de conduire, le forme sur le tas au fil des chantiers… Désormais, Bryan pose et arrange stores, volets, fenêtres, rideaux et cloisons. « Cette entreprise familiale et le travail m'ont plu dès le stage. Ils m'ont donné envie de me donner à fond. Cela a porté ses fruits », confie-t-il.

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Son CDI lui a changé la vie. Il a pu s'installer dans un logement social à Vitry-sur-Seine, y vivre avec sa compagne avec qui il a désormais un bébé de 9 mois. « Un stage, c'est un pied dans la vie active, sourit Sally. Si on le prend au sérieux, voilà ce qui arrive. »

Bryan conseille aussi aux jeunes « qui ne savent pas quoi faire » de s'inscrire dans une Ecole de la 2e chance : « On y a de bons profs, ils nous aident à trouver notre voie, c'est rémunéré, il y a des partenariats avec plein d'entreprises (NDLR : RATP, centres commerciaux, PME…), ils m'ont même aidé à trouver un logement. »

«Je suis fier du parcours que j'ai pu accomplir»

Quand Stéphane a vu Max arriver dans son équipe, ce superviseur a d'abord eu une petite suée froide. Car Max, 19 ans, conseiller télévente American Express chez Bluelink à Ivry-sur-Seine, est porteur d'un handicap. Un AVC à la naissance le prive de la motricité de sa jambe et de son bras gauches, il est sourd d'une oreille et souffre de dyspraxie.

« Je ne savais pas si mes méthodes de management lui conviendraient. Au début, j'ai eu peur de ne pas assurer », confie Stéphane, superviseur de 25 commerciaux dans cette filiale d'Air France qui emploie 2000 salariés, dont 600 à Ivry. Mais rapidement, les choses ont très bien tourné : « Je me suis mis à son écoute, on a beaucoup échangé, j'ai modifié quelques petites choses et, depuis, Max est tout simplement sur le podium des trois premiers commerciaux chaque mois ! C'est un garçon très motivé, un vendeur dans l'âme, avec un grand sens du commercial, qui met les gens en confiance. »

Pour Max, cette embauche « change beaucoup de choses » : « Quand je dis aux gens que je travaille là, on ne me regarde pas de la même façon. Je suis fier du parcours que j'ai pu accomplir, accompagné par des parents formidables. Car je reviens de loin… », explique le jeune homme qui est en alternance chez Bluelink dans le cadre de son BTS Négociation et digitalisation de la relation client. « Mon intégration prouve que les handicapés peuvent apporter beaucoup dans une entreprise. Je lance ce message aux autres entreprises qui hésiteraient à embaucher des gens porteurs d'un handicap. Car il n'y a pas qu'un seul Max… »

« Il faut oser franchir le pas ! assène Fadila Mirghani. Embaucher Max ne nous a quasiment rien demandé côté aménagement, tout juste un casque. Et encore, il a été financé par l'Agefiph. Aujourd'hui, Max est l'un des meilleurs commerciaux de l'équipe ! Son histoire de vie l'a rendu encore plus fort. Ce sont sa niaque, son potentiel, sa résilience et sa joie de vivre qui nous ont motivés pour le recruter. » « Nous avons déjà eu plusieurs collaborateurs porteurs d'un handicap chez Bluelink, ajoute Franck Coryn, responsable opérations du plateau American Express à Ivry. Nous les traitons de la même manière que les autres salariés tout en faisant attention à eux. »

Pour rejoindre le club ou s'informer : [email protected]