Il est 5 heures, la nouvelle crèche du marché de Rungis s’éveille

Une crèche à horaires « atypiques » destinée aux enfants des salariés du marché a été inaugurée ce mardi. Quelques berceaux sont encore disponibles.

 Marché de Rungis, mardi 29 septembre. Une crèche à horaires « atypiques », 5 heures-18 heures, a ouvert dans la zone administrative du marché de Rungis pour ses salariés.
Marché de Rungis, mardi 29 septembre. Une crèche à horaires « atypiques », 5 heures-18 heures, a ouvert dans la zone administrative du marché de Rungis pour ses salariés. LP/F.D.

On y arrive bien avant les premières lueurs du jour et c'est pour embaucher, la plupart du temps. Le marché international de Rungis (MIN) où travaillent 12 000 personnes était jusqu'à mardi un monde sans enfants. Ils y occupent désormais une place à part entière avec l'aboutissement d'un projet inédit : une crèche à horaires « atypiques », ouverte dès 5 heures du matin dans la zone administrative du MIN.

Destinée aux enfants des salariés des entreprises du marché, elle a été inaugurée ce 29 septembre, avec la venue d' Adrien Taquet, secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles. Derrière ses fenêtres couvertes d'autocollants colorés, 45 berceaux sont prêts à accueillir des enfants âgés au minimum de dix semaines, jusqu'à leur entrée à l'école. Des berceaux sont encore disponibles, tous proposés par des entreprises du marché.

Pas facile de lui trouver une place dans une zone déjà très dense

« Ce projet ne date pas d'hier, recontextualise le président du Marché d'Intérêt National (MIN) de Rungis, Stéphane Layani. Les équipes de la Semmaris (la société gestionnaire du marché, NDLR) ont sauté une à une les haies de ce grand marathon. Il a fallu lever quelques barrières administratives, trouver un emplacement qui réponde aux normes réglementaires, dans un marché dont le taux d'occupation est déjà à 99 % et peu coutumier de l'accueil des tout-petits. »

La Semmaris a investi 1,2 million d'euros pour rénover le bâtiment accueillant cette crèche de plus de 500 m2, et 280 m2 d'espaces extérieurs.

Destinée aux enfants des salariés des entreprises du marché, la crèche a été inaugurée ce 29 septembre, avec la venue d’Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles. LP/F.D.
Destinée aux enfants des salariés des entreprises du marché, la crèche a été inaugurée ce 29 septembre, avec la venue d’Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles. LP/F.D.  

Les premiers échanges avec le marché « datent de 2015 », confirme Frédéric Dana, président de Kids'up, opérateur qui gère déjà 15 crèches d'entreprises et de collectivités en Ile-de-France, dont une à Arcueil, et qui estime avec l'aboutissement de ce projet « remplir le cœur de sa mission ». Hormis ses horaires atypiques, la crèche du MIN de Rungis a tout d'une crèche classique. Y compris ses tarifs, calculés en application du barème national fixé par la Cnaf (caisse nationale d'allocations familiales).

Les enfants doivent se calquer sur les rythmes des parents

« Quand ils arrivent à 5 heures on leur propose de se rendormir, de prendre leur petit-déjeuner ou de commencer une activité, précise sa directrice, Selma Benhamed. On suit les besoins de l'enfant. » Des enfants qui n'ont d'autre choix que de se calquer sur le rythme du ou des parents. Les premiers bambins, isolés de la visite en raison du contexte sanitaire, y ont été déposés ce mardi.

C'est le cas de la petite fille d'Aurélie, un bébé de six mois, déposée à 5h30. Cette habitante de l'Essonne travaille dans les bureaux de la SAFF, une entreprise de produits laitiers. Même branche pour son conjoint, vendeur chez DELON, autre société du MIN. En congé maternité, elle se souvient avoir appelé « une quarantaine » d'assistantes maternelles pour faire garder son enfant.

La crèche à horaires « atypiques » compte 39 berceaux, réservés aux salariés du MIN de Rungis. LP/F.D.
La crèche à horaires « atypiques » compte 39 berceaux, réservés aux salariés du MIN de Rungis. LP/F.D.  

« Une assistante maternelle a fini par accepter mais en me précisant que si ça ne convenait pas, elle arrêterait. Et c'est ce qui est arrivé fin juillet. » Tous les deux n'ont alors eu d'autre choix que de jouer la débrouille avec leurs familles respectives. Avant qu'Aurélie n'apprenne que son entreprise avait réservé un berceau dans la future crèche, attribué au salarié avec le plus d'ancienneté : elle.

«Les travailleurs de nuit ont besoin d'avoir des solutions de garde»

« Pour nous c'était inespéré, raconte la jeune maman. Cela fait des années qu'on réclame une crèche ici ». Indispensable d'après elle alors que « de plus en plus de jeunes travaillent sur le marché ». « On n'arrête pas d'être parent une fois qu'on a badgé », a résumé Adrien Taquet qui a profité de l'inauguration pour vanter les projets portés par le gouvernement dans ce domaine, évoquant notamment le rapport sur les « 1 000 premiers jours de l'enfant » remis début septembre au gouvernement.

« Les travailleurs de nuit ont besoin d'avoir des solutions de garde », estime Stéphane Layani. Rappelant au passage que le MIN « compte 30 % de femmes ». « Pourquoi ? Parce que les horaires de travail ne sont pas adaptés. Elles sont parfois obligées de démissionner et c'est injuste », explique le patron de Rungis. La société gestionnaire du marché qu'il préside a d'ailleurs « réservé deux berceaux ». Au total, dix-huit opérateurs du MIN se sont déjà positionnés.

Informations auprès de Kids'up : 01.46.38.28.95.