Espérance de vie en Ile-de-France : au Plessis-Trévise, les femmes championnes de la longévité

Selon une étude de l’observatoire régional de santé et de l’Institut Paris Région, que Le Parisien dévoile en exclusivité, c’est dans cette paisible commune du Val-de-Marne que les femmes atteignent la plus longue espérance de vie, 92,2 ans en moyenne.

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 Le Plessis-Trévise, le 11 février 2021. Denise s’est installée dans la ville à la mort de son mari. « C'est comme un village. Relativement calme et très agréable. » A l’échelle de la région francilienne, c’est ici que l’espérance de vie est la plus longue chez les femmes : 92, 2 ans.
Le Plessis-Trévise, le 11 février 2021. Denise s’est installée dans la ville à la mort de son mari. « C'est comme un village. Relativement calme et très agréable. » A l’échelle de la région francilienne, c’est ici que l’espérance de vie est la plus longue chez les femmes : 92, 2 ans. LP/A.H.

A la retraite, Denise s'est échappée en Vendée pour y couler des jours tranquilles. A la mort de son mari, elle trouve un autre port d'attache qu'elle juge tout aussi paisible, situé pourtant en proche banlieue parisienne : Le Plessis-Trévise, dans le Val-de-Marne, discrète commune de 20 000 âmes à la frontière de la Seine-et-Marne et de la Seine-Saint-Denis. La retraitée de 76 ans s'y est installée il y a trois ans pour se rapprocher de ses enfants. « C'est comme un village. Relativement calme et très agréable. »

La ville a tellement peu l'habitude de faire parler d'elle que le maire et les quelques habitants rencontrés ont été les premiers surpris en apprenant la nouvelle : selon une étude de l'observatoire régional de santé et de l'Institut Paris Région, c'est ici, au Plessis-Trévise, que l'espérance de vie est la plus longue chez les femmes de la région francilienne. Elle bat des records avec une moyenne de 92,2 ans. A l'échelle du département, la longévité des hommes atteint 83,7 ans, à Limeil-Brévannes.

En compilant quatorze paramètres (contexte morphologique et social, cause des décès, offre et accès aux soins, etc.), l'étude dresse un portrait-robot du Plessis-Trévise : à la loupe, il ne révèle aucun secret, aucun ingrédient magique mais, pris dans son ensemble, il esquisse un environnement sain où il fait bon vieillir.

Il suffit de jeter un œil à la cartographie de la ville : elle ne compte aucune carrière, zone de décharge ni trame ferroviaire ou zone d'activités sur son sol. Mais beaucoup d'habitations et d'espaces agricoles, un peu de bois et une dizaine de parcs. Elle borde aussi le bois Saint-Martin de Noisy-le-Grand, le poumon vert du coin depuis peu ouvert à la promenade.

« Le credo du Pless' c'est la ville à la campagne. J'aime beaucoup dire aux gens que j'habite la seule ville du 94 où il y a des vaches! », plaisante Stéphane. Comme d'autres Plesséens, Manu insiste aussi sur l'absence de gare : « Il y a beaucoup de verdure, pas de gros axe routier, pas de train ni RER, c'est une ville sans stress et je pense que ça contribue à cette longévité ».

Hormis le bruit, la population n'est exposée à aucune des nuisances environnementales retenues dans l'étude (pollution de l'air, bruit, pollution des sols, industrielle et pollution de l'eau distribuée). Et « les facteurs environnementaux sont des déterminants importants de la santé des habitants », souligne l'étude.

Quasiment aucune exposition aux pollutions

Ce point est éloquent, car à l'échelle de la région, et même du département, la part de la population exposée à une pollution de l'air ou multi-exposée dépasse largement les 50 %, quand Le Plessis-Trévise reste à… 0 % !

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« On a aucun bruit à part le chant des oiseaux ! réfute Eliane Canda, présidente de la Société historique du Plessis-Trévise, une association indépendante qui nourrit la mémoire de la ville. Nous étions un village rural qui comptait quatre fermes au début du siècle. La dernière a cessé ses activités il y a quelques années. Cet aspect campagne, qui se retrouve dans l'emblème de la ville (NDLR : le blason représente entre autres des gerbes de blé), joue-t-il dans l'espérance de vie ? Je ne pourrais vous le dire. Mais nous avons à ma connaissance plusieurs centenaires sur la commune. »

Hasard du calendrier, le magazine de la ville célébrait les 100 bougies d'Odette dans son numéro de janvier. Le maire lui a rendu visite chez elle. « Oui, vous avez bien lu, malgré son bel âge, notre nouvelle centenaire a le privilège de vivre encore chez elle », s'extasie le journal municipal.

«Je n'ai pas pu suivre le rythme des mamies !»

« Pour l'anecdote, j'ai voulu me remettre au sport il y a quelques années, je voulais commencer doucement avec un cours de gym avec des mamies. Eh bien je n'ai pas pu suivre le rythme ! », raconte Amel, 38 ans à l'époque. Bernadette, 67 ans, confirme : « Je connais beaucoup de personnes de plus de 90 ans en parfaite santé. Mais je ne sais pas si c'est propre au Plessis… »

D'un point de vue sociologique, les Plesséens ne sont pas spécialement privilégiés : le niveau de vie correspond à la moyenne francilienne, tout comme la représentation des différentes catégories socioprofessionnelles (le nombre de cadres se trouve même légèrement en deçà de la moyenne régionale).

« Nous avons une très grosse communauté Emmaüs, l'abbé Pierre avait installé l'une des premières communautés de femmes compagnonnes dans la difficulté au Plessis-Trévise », rappelle Didier Dousset, le maire (MoDem). La ville compte tout de même peu de logements sociaux (20 à 21 %) et la part de jeunes vivant dans une famille pauvre est faible (11,3 %).

Le Plessis-Trévise, le 11 février 2021. La ville de 20 000 habitants a su garder son aspect campagne, qui influe sur la qualité de vie. LP/A. H.
Le Plessis-Trévise, le 11 février 2021. La ville de 20 000 habitants a su garder son aspect campagne, qui influe sur la qualité de vie. LP/A. H.  

Seule Eliane Canda n'était qu'à moitié étonnée par la nouvelle. Il faut dire qu'elle ne date pas d'hier : en mars 1925, le journal local « le Réveil du Plessis-Trévise » publiait déjà un article dans la rubrique état civil vantant la qualité de vie : « Plessis-Trévise ne s'est pas distingué, cette année, au point de vue repopulation, mais la forte diminution dans le nombre de décès prouve la salubrité du pays, où la longévité paraît vouloir, grâce à notre bon air, faire une réclame à notre commune ».

C'est à Villeneuve-Saint-Georges que l'on vit le moins longtemps

A l'opposé, la ville de Villeneuve-Saint-Georges enregistre l'espérance de vie la plus faible du département : 77,1 ans pour les hommes, 83,4 ans pour les femmes. La commune cumule les mauvais indicateurs. Les chemins de fer possèdent une forte emprise sur le territoire, laissant forcément moins de place aux espaces naturels, bien que la Seine et quelques espaces verts s'y épanouissent.

L'étude de l'observatoire régional de santé et de l'Institut Paris Région démontre d'ailleurs que 43 % des habitants sont exposés à au moins deux nuisances environnementales, la principale étant le bruit, en particulier le long de la voie ferrée.

Mais c'est surtout le contexte social qui semble avoir la plus forte influence négative sur l'espérance de vie de la population. Les données révèlent que la part de Villeneuvois sans diplôme en 2017, tout comme le taux de chômage, sont supérieurs à la moyenne francilienne.

Le taux de pauvreté concerne un tiers des habitants (contre 15 % en Ile-de-France) et des jeunes, qui sont en grande majorité employés ou ouvriers. Et la part de population immigrée s'établit à 35 %, alors qu'elle est autour de 20 % dans le département et dans la région.

« L'état de santé des populations et leurs caractéristiques socio-économiques sont étroitement liés, explique l'étude. La plupart des indicateurs de santé se dégradent de manière continue en allant des catégories sociales les plus favorisées aux plus défavorisées. Le contexte socioculturel et la barrière de la langue peuvent aussi constituer des pertes de chance. »