Déploiement des polices municipales dans le Val-de-Marne, où en est-on ?

L’élection de nouveaux maires en juin dernier entraîne des renforcements d’effectifs ou des projets de création de polices municipales dans plusieurs communes du Val-de-Marne. Tour d’horizon ville par ville.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Le nouveau maire de Villeneuve-Saint-Georges a choisi de redimensionner sa police municipale, qui multiplie les contrôles, notamment à la gare.
Le nouveau maire de Villeneuve-Saint-Georges a choisi de redimensionner sa police municipale, qui multiplie les contrôles, notamment à la gare. DR

C'est l'un des sujets les plus débattus durant la campagne des dernières municipales. La sécurité est une préoccupation quotidienne des Val-de-Marnais. Une exigence même dans certaines communes, comme Champigny-sur-Marne, ou Valenton, où les habitants ont élu de nouvelles équipes municipales.

«Depuis l'élection de juin il y a une nouvelle dynamique dans le département pour se doter d'une police municipale ou renforcer l'existante », confirme le cabinet du préfet du Val-de-Marne qui assure «suivre de très près ces dossiers ». Dès cet été, le préfet avait échangé avec les nouveaux élus sur ce sujet.

Un appel d'offres vient de s'achever pour obtenir notamment des aides financières pour l'installation de caméras de vidéosurveillance. L'an dernier, 340 000 euros d'aides de l'Etat ont été accordés pour la vidéoprotection. «Nous identifions actuellement les demandes très fortes cette année et aidons les villes pour le choix de lieux et d'équipements. L'Etat peut aussi mobiliser des crédits pour le recrutement de médiateurs ou la rénovation des locaux nécessaires», insiste encore le cabinet du préfet.

Selon le ministère de l'Intérieur, au 1 er janvier 2020, 40 des 47 villes du Val-de-Marne comptaient au moins un agent de police locale. Si l'on rapporte le nombre d'agents au nombre d'habitants de la ville, les mieux dotées sont Rungis, Bry, Ablon, Joinville et Saint-Mandé. Avec Champigny et Valenton qui vont s'ajouter, le Val-de-Marne comptera bientôt 42 polices municipales. Seules Gentilly, Périgny, Créteil, Ivry, Orly n'en ont pas.

90 nouvelles caméras et 22 agents à recruter à Champigny

À Champigny, la promesse de campagne de Laurent Jeanne (Libres !) élu en juin, est en cours de réalisation. Maire et préfet avaient rendez-vous sur le sujet pas plus tard que vendredi dernier. La commune, dirigée par une équipe communiste jusque-là, n'en était pas pourvue, malgré ses 76 000 habitants. Le nouveau maire veut aménager un local de police municipale en centre-ville, dans le quartier de la future gare, et ajouter 90 caméras à la dizaine que compte la commune et ses 160 km de voirie.

«Soit un investissement de 5 millions d'euros à faire sur deux ans mais pour lesquels nous espérons 85% d'aides en tout entre l'Etat, la région et même le ministère de l'Intérieur que je vais solliciter » précise Laurent Jeanne. Venu en octobre, suite à l'attaque au mortier du commissariat du Bois-l'Abbé, le ministre avait promis des moyens. «Nous saurons le lui rappeler pour créer notre police municipale, qui devrait être opérationnelle courant 2022 avec à terme 22 agents à recruter », conclut le maire.

Valenton vise 11 agents au démarrage de sa police

À Valenton, le nouveau maire LR Métin Yavuz, qui a fait basculer la ville après cent ans de communisme, a lancé la création d'une police municipale dès l'un de ses tout premiers conseils municipaux, en octobre. Elle sera constituée au départ de 11 agents (sept policiers et 4 ASVP), qui travailleront en collaboration avec des médiateurs. L'ancienne maire, Françoise Baud (PCF), s'était toujours refusée à créer un tel service municipal. Elle estimait que ce n'était « pas une solution » aux problèmes d'insécurité et qu'il s'agissait d'une mission régalienne de l'Etat. Métin Yavuz, lui, a officiellement créé le poste de futur chef de la police municipale valentonnaise lors du dernier conseil municipal.

Recrutement en cours à Choisy

À Choisy-le-Roi, le nouveau maire (DVD) Tonino Panetta lance comme annoncé lors de la campagne la création d'une police municipale. Pour l'heure à l'état d' « embryon » puisqu'elle ne compte que quatre policiers. « Nous en attendons neuf supplémentaires d'ici juin », explique l'élu qui évoque par ailleurs le lancement d'une étude sur la vidéoprotection et le recrutement de médiateurs pour répondre aux deux « facettes » : « prévention et répression ». D'ici la fin du mandat, ce sont 25 policiers municipaux qui devraient avoir fait leur arrivée à Choisy-le-Roi.

Villeneuve-Saint-Georges, Chennevières et Alfortville renforcent leur brigade

À Villeneuve-Saint-Georges, l'accent sur la sécurité s'est concrétisé lors du basculement de la ville de la gauche vers la droite. Philippe Gaudin (DVD), le nouveau maire qui succède à Sylvie Altman (PCF), muscle notamment sa police municipale. Elle est d'ores et déjà passée de 4 à 9 policiers en quelques mois, sans compter les ASVP, le recrutement d'un chef dont le poste était vacant depuis deux ans et demi, la mise à disposition d'un chien de défense, la reprise en main de la fourrière par ce service afin de retirer les voitures-ventouses, la dotation en armes à feu, le renforcement de la collaboration avec la police nationale… La mairie vise vingt agents d'ici fin 2021.

Newsletter L'essentiel du 94
Un tour de l'actualité du Val-de-Marne et de l'IDF
Toutes les newsletters

À Chennevières, depuis ce vendredi, la brigade est sur le pont 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Les habitants peuvent contacter le service à tout moment, y compris la nuit. Jusque-là, les agents étaient joignables jusqu'à 20 heures en semaine et 1 heure du matin le samedi. Cette astreinte voulue par la municipalité « pour renforcer la sécurité » des habitants est composée de deux fonctionnaires.

Des recrutements sont aussi en cours pour la police municipale d'Alfortville. LP/Agnès Vives
Des recrutements sont aussi en cours pour la police municipale d'Alfortville. LP/Agnès Vives  

À Alfortville aussi, le renforcement des forces de police municipale, sujet prégnant des dernières municipales, est engagé. « Nous venons de recruter cinq personnes supplémentaires, ce qui va porter l'équipe à une vingtaine de personnes », indique le maire (PS) Luc Carvounas. Au centre de supervision urbaine (CSU), deux agents sont d'ores et déjà chargés de scruter les écrans reliés aux caméras installées en ville. L'élu s'oriente vers une même montée en puissance de ce côté-là. Son objectif : une centaine de caméras d'ici la fin du mandat, « par exemple autour des lieux de culte et de certains commerces ». Les policiers municipaux pourraient en outre être amenés à travailler un peu plus tard, au moins jusqu'à minuit. Mais Luc Carvounas a une crainte : qu'à trop étoffer la police municipale, cela puisse « donner envie à l'Etat de se désengager, par exemple en fermant le commissariat de nuit, analyse-t-il. Cette épée de Damoclès, c'est un vrai sujet. »

A Saint-Maur, 42 agents en arme, 169 caméras et une brigade fluviale

Si Saint-Maur n'apparaît plus dans le classement des 100 plus importantes polices municipales de France, publié par la Gazette des communes, elle reste la ville du Val-de-Marne la mieux équipée. En tout 42 hommes et femmes en arme assurent la sécurité des Saint-Mauriens aux côtés de la police nationale.

Depuis 2018 les équipes ont été divisées en deux groupes. D'un côté ces agents en arme, qui sillonnent la ville 24 heures sur 24, et qui peuvent agir en flagrant délit notamment grâce aux caméras de vidéosurveillance. Elles sont 169 à filmer les rues et autres points stratégiques de la ville. «Une vingtaine de plus devraient être ajoutées cette année », précise Sylvain Berrios, maire LR de Saint-Maur.

Dans un second service, la ville dispose d'agents spécialisés sur la surveillance de quartiers très précis, et des 25 groupes scolaires de la commune. «Nous avons créé ce service Saint-Maur proximité pour plus d'efficacité. Les effectifs sont redispatchés mais en tout ce sont les mêmes », assure l'élu.

Il répond ainsi aux critiques de Laurent Dubois, conseiller municipal d'opposition (DVD), qui lui reproche « une baisse des effectifs de 40% depuis 2014. Il n'y a même plus de maître-chien. Je veux bien qu'on me parle de Saint-Maur proximité mais ce ne sont pas les mêmes profils d'agents. Les policiers municipaux, on ne les voit plus que les jours de marché. »

« Faux » selon les élus de la majorité, qui rappellent qu'avant 2014, les postes restaient ouverts même quand l'agent partait, les chiffres ne reflétaient pas la réalité des effectifs. «Le nombre de policiers est stable, insiste Sylvain Berrios. Nous allons même recruter cette année des personnes formées pour regarder les images de vidéosurveillance, du fait de l'augmentation du nombre de caméras. Il y a quelqu'un devant les images 24 heures sur 24, et des policiers en arme prêts à intervenir également. Le débat sur les effectifs purs est stérile. Ce qu'on veut c'est l'efficacité. Avec ces agents de la police municipale, de Saint-Maur proximité et encore la brigade fluviale et son zodiac, la seule du département, c'est le cas pour nos 180 km de rues et nos bords de Marne. »