«De la drogue ? C’est surprenant à Vincennes» : la location servait de laboratoire, dix kilos saisis

Les policiers ont arrêté, ce lundi dans un meublé touristique, deux jeunes femmes en train de remplir de drogue des petits sachets destinés à la vente. Dix kilos de produits stupéfiants, sous forme de cocaïne et de crack, ont été saisis.

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 Vincennes, le 9 février 2021. Lundi après-midi, les policiers locaux ont découvert les deux ensacheuses alors en pleine action dans un appartement situé côté cour. Elles ont été interpellées et placées en garde à vue.
Vincennes, le 9 février 2021. Lundi après-midi, les policiers locaux ont découvert les deux ensacheuses alors en pleine action dans un appartement situé côté cour. Elles ont été interpellées et placées en garde à vue. LP/Gérald Moruzzi

Non pas une chaussette égarée sous un lit ou une assiette mal lavée, mais une importante quantité de drogue. C'est la surprenante découverte qu'a faite un homme de ménage alors mobilisé par une société de conciergerie pour nettoyer un appartement de Vincennes (Val-de-Marne).

Loué par le biais d'une plate-forme de location de meublés touristiques – la plus célèbre, Airbnb, assure que ce n'est pas chez elle —, ce bien situé côté cour d'un immeuble de la rue des Vignerons, à deux pas du château de Vincennes et de l'avenue de Paris, a vu débouler de nombreux policiers ce lundi après-midi. Les investigations menées par ces derniers ont vite confirmé que la pêche allait être ici particulièrement bonne.

Les policiers aiguillés par une odeur d'ammoniaque

A leur arrivée, les fonctionnaires sont alertés et aiguillés par une odeur d'ammoniaque. La substance est utilisée pour transformer la cocaïne en crack, cette drogue très addictive qui s'est démocratisée avec le temps.

La clé fournie par l'homme de ménage leur permet d'entrer sans attendre. Ils n'ont à effectuer que quelques pas dans l'appartement pour s'apercevoir de ce qui s'y tramait loin des regards indiscrets, jusqu'à leur intervention.

Confortablement installées dans un canapé, deux jeunes femmes sont arrêtées dans leur élan alors qu'elles sont en train de travailler. Leur mission : remplir des petits sachets transparents avec un produit stupéfiant, en vérifiant le poids grâce à des balances de précision.

Le salon leur sert d'atelier de conditionnement éphémère. Une grande bâche en plastique est posée sur le sol, à la fois pour ne pas laisser de traces et pour ne rien perdre de la précieuse matière première destinée à alimenter un juteux trafic. Sur une table placée au milieu de la pièce, d'autres balances, un saladier rempli de poudre et une myriade de petits cailloux attirent le regard des policiers. Un grand carton et une valise laissent apparaître les sachets déjà conditionnés.

Le loueur n'est pas encore identifié

La perquisition menée dans l'appartement a permis de saisir au total dix kilos de produits stupéfiants, sous forme de cocaïne et de crack. « Dix kilos, c'est une quantité énorme », souligne une source proche de cette enquête confiée au service départemental de la police judiciaire du Val-de-Marne. Toutes deux âgées de 18 ans, les jeunes ensacheuses ont été interpellées, puis placées en garde à vue. L'identité de la personne ayant loué cet appartement reste à déterminer.

Propriétaire d'un bien qu'elle loue à quelques portes de là, dans cet immeuble sans doute pas le plus bourgeois de Vincennes mais pas le moins discret, Lauren, 76 ans, a été quelque peu heurtée par la présence de policiers en armes. « C'est très rare de les voir ici, je pensais qu'ils étaient là pour des violences conjugales, confie-t-elle, avant d'apprendre la raison de tant d'agitation. De la drogue ? Ici ? C'est quand même surprenant à Vincennes. »

Un atelier discret dans une ville très tranquille

Ressortissante italienne âgée de 26 ans, Martina n'aurait jamais pensé côtoyer un tel laboratoire clandestin à quelques mètres de chez elle. « Si je devais comparer avec Milan, où j'ai vécu et où il y a de gros trafics de stupéfiants, Vincennes me paraît plus tranquille, pointe-t-elle. C'est sans doute pour cette raison que des choses comme ça peuvent arriver ici. »

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Son analyse est juste. Ce genre d'affaires est plus courant qu'on ne le croit dans les villes connues et appréciées pour leur calme. « Monter un atelier clandestin attire moins les regards dans ces villes-là que dans les communes où l'on a connaissance de trafics et où les chiens de recherche de stupéfiants sont régulièrement utilisés », sait d'expérience un policier.

« Vincennes n'est pas une ville de trafic au sens traditionnel, c'est-à-dire de voie publique », confirme le cabinet de la maire de Vincennes, qui n'a pas manqué de féliciter sans tarder les policiers pour cette belle prise. Si la ville n'est pas une plaque tournante du trafic de drogue, « aucune commune n'est à l'abri d'avoir ce type d'appartement nourrice », souligne-t-on.