Dans les secrets du château de Vincennes

Forteresse médiévale, demeure royale, prison, refuge, caserne... et aujourd’hui monument historique et lieu d’archives militaires, le château de Vincennes (Val-de-Marne) dévoile ses coulisses.

 Château de Vincennes (Val-de-Marne). Au premier plan, l’emplacement du manoir capétien, créé dans les dernières années du règne de Louis VII au XIIe siècle.
Château de Vincennes (Val-de-Marne). Au premier plan, l’emplacement du manoir capétien, créé dans les dernières années du règne de Louis VII au XIIe siècle. LP/Corinne Nèves

Fort de ses multiples vies, de sa bonne conservation et avec ses 140 000 entrées annuelles, le château de Vincennes est aujourd'hui l'un des monuments les plus visités en Ile-de-France (hors Paris) et le premier dans le Val-de-Marne. Parallèlement, le plan Escale de l'Elysée, situé en zone inondable, prévoit que le château serve de base de repli à la présidence en cas de crue majeure de la Seine à Paris.

Sous l'égide du ministère de la Culture, le donjon le plus haut d'Europe (50 m), le chemin de ronde, la cour d'honneur et la Sainte-Chapelle dévoilent leurs histoires et leurs beautés. Entre pavillon du roi et de la Reine, le Service Historique de la Défense, lui, veille à la conservation d'un patrimoine militaire exceptionnel qu'il met à la disposition des chercheurs, des historiens et du public.

Mais ici ou là, il est des lieux interdits à ces publics qui en recèlent d'autres et que nous dévoilons ici, avec la complicité de Pascal Monnet, administrateur du château de Vincennes.

Le chat Citrine veille sur les réserves archéologiques

LP/Corinne Nèves
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Une fois passé la tour du village, placée sous la surveillance d'agents de sécurité et de membres du service de la Défense, la cour du château, très minérale, ne laisse plus rien voir du manoir capétien, manoir de chasse créé dans les dernières années du règne de Louis VII, au XIIe siècle.

Mais plus loin, au pied du donjon, le visiteur un peu curieux peut distinguer à travers de grandes baies vitrées une sorte d'immense atelier. C'est le dépôt archéologique abrité dans les casemates, qui renferme plus de 20 000 pièces extraites de fouilles menées dans les années 1990 par Jean Chapelot, spécialiste d'archéologie et d'histoire du Moyen Âge.

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Sous la bonne garde de la féline Citrine, et sous la houlette d'une chargée de collection, reposent assiettes, poteries et autres pièces de la vie quotidienne, ou encore canalisations de pierre, agrafes métalliques de portes ou de charpente. Mais aussi des ossements d'animaux, tels dauphins, cygnes, oiseaux, poissons ; des vestiges des nourritures des occupants d'antan.

On ne verra plus le poêle de Marie-Antoinette

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Au nord du donjon, une petite porte, là encore fermée au public, mène vers d'autres mystérieuses pièces d'histoire.

Un escalier de pierre, un peu raide, plonge sous les casemates. Il débouche sur les armoires techniques du monument. Rien d'historique ici. Mais toute proche, une grande caisse en bois intrigue. « Elle renferme le poêle de Marie-Antoinette », explique Pascal Monnet. Celui qui se trouvait dans sa cellule, à la prison du Temple, à Paris, couvert de carreaux de faïence blancs et beiges ». L'objet, démonté, est arrivé là après que Napoléon ordonne la destruction de la prison du Temple.

Les portes de la prison se sont fermées sur Mirabeau

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Au fil de la déambulation en sous-sol, on découvre aussi les superbes portes en bois. Celles de la prison du donjon, qui se sont fermées sur le marquis de Sade, le comte de Mirabeau, Diderot ou encore Jean-Charles-Guillaume Le Prévost de Beaumont. Elles côtoient deux statues qui flanquaient originellement l'autel de la Sainte-Chapelle. L'un des personnages, peut-être un enfant, tient la couronne d'épine ; le second plus abîmé, garde son mystère.

Les anges dorment dans le sous-sol du donjon

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Pus loin, les anges de la tour du village reposent aux côtés de chérubins sculptés sur leurs bas-reliefs, remplacés dans les salles par des copies moins fragiles. Ici, les pinacles de la Sainte-Chapelle ne frôlent plus les cieux, là les colonnes ne sont plus que de précieux fragments d'histoire, et là encore quelques pièces de bois sculpté se figent dans le temps.

Au bout du tunnel, une dernière surprise : une partie du dépôt lapidaire installé dans les cuisines de la Conciergerie au XIXe siècle, transféré au château de Vincennes dans les années 1960.

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La resplendissante lumière du dehors n'arrive pas à ternir l'aura de ces objets chargés d'histoire. Mais une autre surprise nous attend en sortant de la cour du donjon. À droite et à gauche, deux petites guérites mènent dans les fossés du monument.

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La vue est imprenable, les pieds dans les trèfles et les pâquerettes. La légende dit qu'ici repose le corps de Gaspard de Heu, un protestant qui, en 1558, à l'époque d'Henri II, fut au préalable pendu dans le château.

Les légendes circulent encore et toujours, comme le fameux « souterrain » menant du château au bois tout proche ou celui qui déboucherait au fort neuf de Vincennes de l'autre côté du cours des Maréchaux. Ou encore le PC de Gamelin durant la Seconde Guerre mondiale, enfouit sous terre entre les pavillons du roi et de la reine. Légendes ou secrets ? Parfois au château, on reste muet.