Dans le Val-de-Marne la maison d’accueil d’autistes se prépare au retour du Covid

À Mandres-les-Roses, une des maisons de la fondation Perce-Neige accueille des adultes autistes. Après s’être adaptée avec rigueur à la crise sanitaire, elle reste préparée à une seconde vague de coronavirus.

 Mandres-les-Roses, ce jeudi. La maison Perce-Neige est constituée de cinq pavillons reliés les uns aux autres, et d’un grand jardin.
Mandres-les-Roses, ce jeudi. La maison Perce-Neige est constituée de cinq pavillons reliés les uns aux autres, et d’un grand jardin. LP/Anna Lippert

À première vue, la grande résidence nichée au bout de l'avenue Lino-Ventura ne paraît pas bien différente des autres pavillons de ce quartier calme de Mandres-les-Roses. C'est seulement à l'entrée, lorsque l'on se soumet à un processus sanitaire strict, que l'on saisit la particularité des lieux : désinfection des mains, prise de température, port du masque et d'une surblouse obligatoire.

Toutes ces précautions doivent éviter la propagation du Covid-19 dans cette maison de la fondation Perce-Neige qui accueille 30 résidents atteints d'autisme. La période de confinement a été particulièrement complexe dans cet établissement qui reste préparé à une éventuelle « seconde vague ».

Un lieu de vie presque ordinaire

La fondation Perce-Neige, créée en 1966 par l'acteur Lino Ventura — père d'une enfant handicapée —, accueille et accompagne les personnes touchées par une déficience mentale, un handicap physique ou psychique. La maison d'accueil spécialisée de Mandres-les-Roses comporte cinq pavillons, chacun habité par six résidents. « Notre rôle est de protéger ces personnes vulnérables dans une maison qui se rapporte le plus d'un milieu ordinaire », explique Olivier Carré, chargé de mission auprès de la direction.

Mandres-les-Roses. La maison Perce-Neige accueille des adultes atteints d’autisme. LP/Anna Lippert
Mandres-les-Roses. La maison Perce-Neige accueille des adultes atteints d’autisme. LP/Anna Lippert  

Un système de communication par pictogrammes

« Les autistes sont sensibles aux variations et aux changements. Il faut suivre des rituels, sinon cela peut engendrer des troubles du comportement », détaille Alice Ingabire, la directrice de l'établissement. Le confinement imposé en France était donc un réel défi pour les résidents.

Habituellement, les éducateurs fonctionnent selon un système de pictogrammes (ou d'objets pour certains) pour matérialiser des emplois du temps et communiquer avec les résidents : le système de communication par échange d'images (connu sous l'acronyme anglais de PECS). Il a été utilisé pour expliquer les contraintes liées à l'épidémie. « On a fait une explication concrète avec des pictogrammes pour dire qu'il y avait une maladie qui fait tousser et qui donne de la fièvre, avec les choses à faire et ne pas faire », affirme Marion Picaud, psychologue dans l'établissement. « Ils ont été beaucoup plus flexibles que ce que l'on pouvait imaginer ! », ajoute-t-elle.

La maison a également organisé une série d'activités pendant un « coronathon », fin avril. Jeux, sport et musique ont permis aux résidents et au personnel de mieux vivre le confinement.

«C'était important de leur montrer que leur famille était toujours là»

Les appels sur Skype avec les familles ont plutôt bien fonctionné. « Je me souviens d'un résident qui est resté une heure à rigoler sur Skype, c'était surprenant et émouvant », raconte la psychologue. La mère d'un résident a aussi apprécié ces appels : « Habituellement, pour communiquer, je joue à l'attraper. Là, je faisais des gestes derrière la caméra. »

« C'était important de leur montrer que leur famille était toujours là, que leurs parents allaient bien », complète Marion Picaud.

Un confinement anticipé et organisé

L'épidémie a aussi imposé une organisation stricte au sein de l'établissement. « On a vite anticipé le confinement, parce qu'on avait assez d'informations. De manière générale, nous sommes très précautionneux : nos résidents sont fragiles », assène Alice Ingabire. Cette dernière rappelle que bien avant l'épidémie de Covid-19, la maison était soumise à des normes sanitaires et des contrôles réguliers, ce qui impliquait déjà une bonne hygiène des locaux.

« On a isolé les résidents des pavillons, pour éviter les contaminations entre les cinq zones de vie. On a aussi régulé l'accès au jardin avec un planning », note la directrice. « Nous avons eu sept cas de coronavirus, que nous avons isolés dans une zone de vie avec des éducateurs qu'ils connaissent bien et des objets qu'ils aiment bien », note Marion Picaud.

Fait notable, la Maison a bénéficié d'une mobilisation considérable de moyens de la part de la fondation (dons, partenariats, solidarité entre les différentes maisons). Les résidents ont également tous été testés début avril.

Mandres-les-Roses. Le matériel de protection est soigneusement rangé dans le hall de la maison Perce-Neige. LP/Anna Lippert
Mandres-les-Roses. Le matériel de protection est soigneusement rangé dans le hall de la maison Perce-Neige. LP/Anna Lippert  

«Maintenant, on sait comment agir»

Dans le hall qui sert habituellement de salle commune, des casiers se superposent avec du matériel de protection. Les flacons de désinfectant fleurissent à chaque comptoir, les panneaux d'instructions sanitaires à chaque porte.

« Concernant une éventuelle deuxième vague, on ne prend pas de risques. La première fois on découvrait, maintenant on sait comment agir », déclare la directrice. La fondation dispose aussi d'un stock suffisant de matériel pour faire face à un rebond de l'épidémie. En cas de deuxième vague, les résidents pourront en tout cas compter sur des professionnels qui ont été jusqu'ici très présents et engagés auprès des résidents.