Créteil : le projet d’agrandissement de l’usine de déchets fait encore tousser

Les opposants à l’agrandissement de l’usine de traitement des déchets de Suez appellent à une manifestation, alors que l’enquête publique a validé le projet, non sans quelques recommandations.

 Créteil (Val-de-Marne), le 9 juin 2020. Suez va pouvoir construire un troisième four pour incinérer les déchets dans son usine Valo’Marne.
Créteil (Val-de-Marne), le 9 juin 2020. Suez va pouvoir construire un troisième four pour incinérer les déchets dans son usine Valo’Marne. LP/Agnès Vives

L'usine Valo'Marne peut s'agrandir. Du moins, c'est l'avis des commissaires enquêteurs qui viennent de donner leur accord au projet industriel de troisième ligne d'incinération, mené par Suez dans son usine de traitement des déchets à Créteil (Val-de-Marne). Mais les opposants à la construction de ce nouveau four entendent faire pencher la balance du préfet du Val-de-Marne. Lequel doit encore se prononcer.

Alors comme un dernier baroud d'honneur, l'association Alic (Affamons l'incinérateur de Créteil) soutenue par les Insoumis depuis le lancement du projet, appelle ce jeudi à manifester devant le site, jugeant ce projet «archaïque, polluant et anti-démocratique». La France Insoumise réclame d'ailleurs un référendum sur le sujet.

345 000 tonnes de déchets au total

L'agrandissement de l'usine Valo'Marne va permettre d'incinérer au total 345 000 tonnes de déchets ménagers par an dès 2022 et s'inscrit dans le cadre du renouvellement du contrat de délégation de service public de près d'1 milliard d'euros sur vingt ans signé avec le Syndicat mixte intercommunal de traitement des déchets urbains du Val-de-Marne (Smitduvm), qui couvre 19 communes du Val-de-Marne.

Pour présenter leurs objections, les manifestants demandent à être reçus par le préfet, espérant encore le convaincre d'abandonner ce troisième four, afin d'éviter que Créteil ne devienne «la poubelle d'Ile-de-France». Ils sont persuadés au contraire qu'il faut «réduire les déchets à la source». Et se disent prêts à aller sur le terrain judiciaire s'il le faut. « Un avocat a été saisi pour examiner les failles du projet », annonce Thomas Dessalles, ex candidat LFI aux municipales.

Les commissaires enquêteurs ont d'ailleurs entendu ces observations et encouragent les territoires concernés à s'emparer des propositions émises par le collectif Alternatiba Alfortville, le Collectif du vert, Alic, etc.

Pour autant, ils ont émis un avis favorable, voyant dans l'usine de Créteil une «réponse» aux «besoins futurs d'incinération sur la région, estimés à 3 770 000 tonnes/an en 2025 et 3 680 000 tonnes/an en 2031». Les opposants au projet s'appuient eux, sur la Mission régionale d'autorité environnementale d'Île-de-France qui a souligné dans son avis «qu'il n'y avait pas de déficit de capacité d'incinération à horizon 2030», y compris en prenant en charge des déchets enfouis jusqu'à présent ».

Les commissaires enquêteurs saluent même dans leurs conclusions, un projet qui «vise à offrir une énergie durable aux habitants du territoire, en valorisant davantage l'énergie produite à partir des déchets». 10 000 logements vont ainsi pouvoir être alimentés en chauffage, s'ajoutant aux 37 000 actuels.

La station d'hydrogène, source de dangers ?

Des recommandations ont cependant été émises à propos de la station d'hydrogène prévue sur le site. Ils préconisent «une étude de dangers spécifique approfondie».

En effet, le projet industriel de Suez s'accompagne d'un puits de carbone, de serres agricoles et pédagogiques et d'une station de production et de distribution d'hydrogène. Dans ce cas, l'électricité produite par les déchets sera transformée en hydrogène.

Objectif : produire une tonne par jour. La station de Créteil servirait alors de «hub de distribution» pour l'ensemble des stations de recharge de la région parisienne, comme le partenaire Air Liquide l'avait indiqué lors de la signature du contrat. Quatre stations sont en fonction à Paris, aux aéroports d'Orly et Roissy, et près de Versailles, à Loges-en-Josas (Yvelines).

Un projet dans l'air du temps, alors que cette ressource énergétique est vantée au plus haut niveau de l'Etat. Au point même de figurer comme une piste pour la relance de l'économie.

Mais, selon l'enquête publique, ce type d'installations peut poser « un certain nombre de problèmes de sécurité inhérents au produit lui-même ».

Pas de stockage d'hydrogène

Sollicité, Axel Urgin, président du Smitduvm et élu PS à Créteil, confirme que toutes les recommandations seront appliquées. Une commission ad hoc va ainsi se réunir, présidée par Marie-Hélène Magne, vice-présidente au territoire Paris Est Marne & Bois, en charge de l'environnement, pour étudier les observations des opposants.

«Toutes les questions soulevées sont prises au sérieux et seront étudiées», assure Axel Urgin, ajoutant que «ce n'est pas la création d'un troisième four qui crée les déchets». Et de rappeler qu'aujourd'hui encore, 2 millions de tonnes de déchets d'entreprises sont enfouis en Seine-et-Marne.

De la même façon, une étude sur les dangers possibles de la station à hydrogène va être réalisée. «Nous avons dit non, pour du stockage sur place, précise Axel Urgin. Ce ne sera pas plus dangereux qu'une station-service.»

Suez confirme : «Des stations d'hydrogène existent déjà en Ile-de-France et n'ont pas connu d'incident. Mais à Créteil, le projet ne prévoit pas de stockage. Le processus d'électrolyse pour produire l'hydrogène sera mobilisé au fur et à mesure que les véhicules viendront faire le plein.»