Covid-19 : les clusters se multiplient dans les prisons d’Ile-de-France

Les centres pénitentiaires, comme ceux de Fresnes, Nanterre ou Réau, font face au regain de la pandémie. Des dizaines de détenus et de surveillants sont positifs au Covid-19.

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 La prison de Fresnes (Val-de-Marne) compte 60 détenus et 20 agents pénitentiaires testés positifs, ainsi que 96 cas contacts.
La prison de Fresnes (Val-de-Marne) compte 60 détenus et 20 agents pénitentiaires testés positifs, ainsi que 96 cas contacts. LP/Laure Parny

« La prison n'est pas en dehors de la société. La situation est le reflet de la situation à l'extérieur », constate Laurent Ridel, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris (DISP). Ces derniers jours, les cas de Covid-19, touchant les détenus et le personnel, flambent dans plusieurs prisons de la région parisienne, notamment à Fresnes, déjà touchée lors du 2e confinement, à Nanterre (Hauts-de-Seine) et à Réau (Seine-et-Marne).

Au centre pénitentiaire de Fresnes, un cluster assez conséquent est apparu au sein de la 3e division. « 60 détenus et 20 agents pénitentiaires ont été testés positifs, sans oublier les 96 cas contacts, précise ce mardi Laurent Ridel. Nous avons eu un foyer de contamination dans cette division qui compte entre 500 et 600 détenus, soit un tiers des effectifs de la prison. »

Des chiffres qui varient au jour le jour, presque d'heure en heure, puisque le syndicat FO pénitentiaire comptabilisait 68 cas positifs ce mardi soir.

Des centaines de tests pratiqués

Pour éviter tout risque, « près de 440 tests ont été effectués et les cas contacts sont maintenus à l'isolement en attendant les résultats, précise une source proche du dossier. Les familles n'ont plus le droit d'apporter du linge aux détenus en attendant les résultats. »

« Nous continuons les tests », précise Laurent Ridel qui souligne « qu'aucun cas grave n'a été constaté ». Pour éviter toute propagation, les détenus positifs sont placés en isolement. Les autres peuvent continuer les rendez-vous aux parloirs, « équipés de protection vitrée », souligne Laurent Ridel, qui ajoute : « Tout le monde est masqué, aussi bien le personnel que les détenus. »

« On ne comprend pas pourquoi les parloirs sont maintenus alors qu'en octobre ils étaient fermés et la pandémie n'était pas aussi forte, déplore Cédric Boyer, secrétaire local de FO-pénitentiaire qui demande « un confinement strict. On croise les détenus et les familles. »

Les autres divisions fonctionnent normalement, même si des tests ont également été pratiqués. « Nous avons deux cas positifs dans la 2e division », ajoute Cédric Boyer.

Les surveillants touchés par la pandémie à Nanterre

L'administration est également confrontée à un autre cluster au centre pénitentiaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui concerne principalement les surveillants avec 30 cas positifs sur un total de 200 agents. « Nous avons mobilisé des agents d'autres structures pour remédier au manque de personnel », détaille le DISP.

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Au centre pénitentiaire sud Francilien, à Réau (Seine-et-Marne), les femmes sont particulièrement impactées avec également un cluster, moins conséquent, puisque « 11 femmes sur 12 cas sont positives », indique Laurent Ridel. Là aussi, des tests ont été pratiqués et un protocole d'isolement a été mis en place.

À Fleury-Mérogis (Essonne), « trois surveillants ont été contrôlés positifs », souligne Laurent Ridel.

Inquiétude de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté

« Nous avons connu un printemps dernier difficile en raison du nombre de détenus, 13 500 répartis dans les 17 prisons d'Ile-de-France, détaille le DISP. Avec 11 600 détenus actuellement, le taux d'occupation reste important mais c'est malgré tout plus facile de respecter les gestes barrière. »

Une situation malgré tout préoccupante pour la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot qui rappelle que « la surpopulation carcérale endémique que connaissait la France avant la pandémie est de retour », dans un courrier envoyé au ministre de la Santé.

« Dans ces conditions, le respect des gestes barrière, niveau élémentaire de la protection, est impossible et la séparation temporaire des détenus entrant en prison ou y revenant est de plus en plus complexe », souligne la contrôleure qui a également écrit au garde des Sceaux, pour lui demander de prendre des mesures comme lors du premier confinement avec : « Des ordonnances qui avaient notamment permis de libérer des détenus proches de leur fin de peine et de différer des incarcérations. »