Contraintes d’urbanisme autour de l’aéroport d’Orly : les élus sortent de leurs gonds

L’Etat veut étendre les contraintes d’urbanisme et d’isolation sur une large partie de l’Essonne et du Val-de-Marne. Le projet sera soumis au vote mardi. Les élus redoutent une dévalorisation de 30% du patrimoine et une paupérisation de ces zones. Ils préféreraient que les autorités cherchent à réduire le bruit à sa source.

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 Villeneuve-le-Roi. Le maire, dont la commune jouxte les pistes d’Orly, porte la colère de ses collègues du sud francilien contre les dégâts risqués par l’extension de la zone C d’exposition au bruit.
Villeneuve-le-Roi. Le maire, dont la commune jouxte les pistes d’Orly, porte la colère de ses collègues du sud francilien contre les dégâts risqués par l’extension de la zone C d’exposition au bruit. LP/Marine Legrand

L'ambiance risque d'être électrique ce mardi matin à la préfecture du Val-de-Marne, à Créteil. Le préfet et la DGAC veulent y valider leur projet de Plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE) de l'aéroport Paris-Orly, qui sera soumis au vote de la commission consultative de l'environnement. Or, le texte prévoit d'importantes contraintes d'urbanisme pour une grande partie de l'Essonne et du Val-de-Marne et risque d'y dévaloriser le patrimoine immobilier.

Le document ferait passer de 3000 à 16 000 hectares les zones soumises à des restrictions de construction ou à des règles d'isolation. Comment? En rétablissant dans le Plan d'exposition au bruit d'Orly la zone C (où les nuisances sont modérées) et en créant une zone D (bruit encore plus modéré).

Contraintes d’urbanisme autour de l’aéroport d’Orly : les élus sortent de leurs gonds

« Cela consiste à augmenter d'environ 5 000 ha les contraintes d'urbanisme de la zone C (NDLR : impossibilité de construire du collectif) avec ses effets collatéraux (déclin démographique, dévalorisation immobilière de 25 à 30%, paupérisation et développement de l'habitat indigne), explique Didier Gonzales (LR), maire de Villeneuve-le-Roi et président de Bruitparif. La création d'une zone D, qui est une zone d'anticipation visant à isoler les logements, stigmatise un large pan du sud parisien vis-à-vis des acquéreurs, ce qui entraînera une dévalorisation des logements concernés. »

Bâtir du collectif serait interdit

De quoi mettre les élus concernés vent debout contre ces mesures. Une centaine de représentants essonniens et val-de-marnais ainsi que des associations luttant contre les nuisances aéroportuaires (Drapo, Oyé 349, Prisalt…) se sont donc réunis pour une grande conférence de presse jeudi dernier à Villeneuve-le-Roi. Parmi eux, la présidente de la région Valérie Pécresse (Libres!), le président de la Métropole du Grand Paris Paris Patrick Ollier (LR), le président du département de l'Essonne François Durovray (LR), le président de l'association des maires d'Ile-de-France Stéphane Beaudet (SE)… Les socialistes Luc Carvounas, président des maires du Val-de-Marne, et Laurent Cathala, maire de Créteil, étaient aussi représentés.

« Être en zone C, concrètement, c'est la fin des aménagements autour des gares, des plans de rénovation des quartiers anciens dégradés, des transformations des friches industrielles, etc. C'est aussi la perte d'habitants, comme on l'a connue ici : moins 5000 à Villeneuve-le-Roi, 10 000 à Orly, 5000 à Villeneuve-Saint-Georges », poursuit Didier Gonzales. « Un nouveau formulaire sera obligatoire pour les vendeurs de biens immobiliers, ce qui dévalorisera leur logement sans rien changer à leur exposition au bruit, détaille Valérie Pécresse. Cela compliquera aussi le travail des maires sur la régénération urbaine. »

« Par exemple, à Villeneuve-Saint-Georges, déjà en zone C, quand vous êtes propriétaire, vous n'avez pas le droit d'agrandir votre bien, de le surélever, le rénover, de densifier, constate Philippe Gaudin (DVD), le maire. Donc les gens qui ont un projet de vie s'en vont. Qui reste ? Une population défavorisée. Chez moi, cela a clairement participé à la fuite des classes moyennes. On a désormais le prix au m2 le plus bas du Val-de-Marne. Ce PEB est un poison ! »

Réduire les constructions mais bâtir davantage ?

« L'Etat n'en est pas à sa première incohérence car il nous demande sans cesse de construire davantage de logements d'un côté mais, de l'autre, il cherche à geler toute évolution du territoire ! », s'étrangle François Durovray.

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Les autorités prennent le problème à l'envers, estime Didier Gonzales : « L'Etat veut empêcher ou réduire l'installation de gens sous les pistes d'Orly pour éviter de les exposer au bruit. C'est envisageable avec un aérodrome ex nihilo, au milieu d'une rase campagne, mais impossible avec un site comme Orly qui a été construit au cœur d'une zone urbaine dense. Et en parallèle, on nous explique qu'on ne construit pas assez, notamment de logements sociaux! »

Les élus ne comprennent pas non plus pourquoi le sujet est mis sur la table. Il a déjà été tranché en 2009 à l'Assemblée nationale où les parlementaires avaient empêché l'extension de la zone C.

Plutôt réduire le bruit à sa source

En réalité, ils attendent du PPBE de réduire le bruit à sa source et non de réduire le nombre de personnes exposées au bruit. Valérie Pécresse s'inscrit dans cette logique : « Nous allons lancer une étude avec Bruitparif et l'Institut Paris région sur le trafic aérien afin d'étendre le couvre-feu de 23 h 30 à 23 heures à Orly. Nous demandons un malus sur les avions bruyants et un bonus sur les moins bruyants, ainsi qu'une une vraie sanction financière pour les vols atterrissant hors couvre-feu, via la taxe d'atterrissage. Nous allons aider au lancement de l'avion à hydrogène en 2025 et sa mise en service en 2035, demander d'accélérer les procédures de descente en continu à Orly, bien moins bruyantes, car l'objectif actuel de 40 % en 2023 est insuffisant. Nous allons voter une aide allant jusqu'à 500 000 euros pour insonoriser les bâtiments municipaux concernés par le Plan de gêne sonore (PGS) car la loi empêche de cumuler les aides. Si vous l'avez déjà touchée il y a 30 ans pour insonoriser une crèche ou école, vous ne pouvez pas y prétendre à nouveau actuellement. »

Villeneuve-le-Roi, le 21 janvier. Valérie Pécresse, présidente de la région, fait partie des nombreux élus s’opposant fermement à ce projet. LP/Marine Legrand
Villeneuve-le-Roi, le 21 janvier. Valérie Pécresse, présidente de la région, fait partie des nombreux élus s’opposant fermement à ce projet. LP/Marine Legrand  

Le réseau Drapo et l'association Oyé 349 ont invité les élus à se rendre mardi en préfecture pour assister au CCE. « On a besoin de votre présence, le préfet va prendre la température », résume Luc Offenstein, président d'Oyé 349.

La majorité des membres du CCE devrait voter contre le PPBE. Mais leur avis n'est que consultatif. Les autorités pourraient passer outre, même si elles sont tout de même censées retravailler le texte en cas de désaccord total avec la CCE.