Chennevières-sur-Marne : les agents de la petite enfance ne veulent pas être privatisés

Réunies devant la mairie mardi matin, ces professionnelles craignent de perdre beaucoup avec la gestion privée des crèches communales souhaitée par la mairie. Le maire s’en défend.

 Chennevières-sur-Marne, ce mardi 2 février. En colère et inquiètes, plusieurs dizaines de personnes ont pris part à ce rassemblement devant la mairie.
Chennevières-sur-Marne, ce mardi 2 février. En colère et inquiètes, plusieurs dizaines de personnes ont pris part à ce rassemblement devant la mairie. LP/Gérald Moruzzi

Pas de bavoirs, de tétines, ni de biberons, mais des pancartes, des banderoles et des drapeaux. Plusieurs dizaines de personnes ont pris part à un rassemblement devant la mairie de Chennevières-sur-Marne, mardi matin. Derrière les masques, une même inquiétude souvent mâtinée de colère animait les regards et les discussions parmi ces agents du service petite enfance de la ville, en poste dans deux crèches et un multi-accueil. La gestion de ces structures est appelée à être confiée à un prestataire privé et la perspective ne les enchante guère.

« On a été prévenues de ce projet de passage en délégation de service public que début janvier, on était sidérées et on l'est toujours aujourd'hui », confie l'une des manifestantes, en poste depuis de nombreuses années. Arrivée beaucoup plus récemment, sa collègue avoue être dans le flou quant à son avenir. « Franchement, on ne sait pas grand-chose de ce qu'on nous prépare », glisse-t-elle devant l'entrée de l'hôtel de ville, protégée par la police municipale. La jeune femme s'interroge notamment sur « les futures conditions de travail », mais aussi « le maintien des acquis sociaux et des rémunérations ».

Un service public à défendre

Sur les pancartes brandies et dans les slogans déclamés, ces professionnelles mettent en avant un service public en danger et qu'il est nécessaire de défendre. « Elles ont voulu travailler dans le public, et on va les obliger à travailler pour un prestataire privé, et ce sans concertation préalable », souligne Grégoire Bagot, secrétaire général du syndicat CFDT Interco 94, vent debout contre cette externalisation annoncée, à l'image de ses collègues de la CGT agents territoriaux du Val-de-Marne. « Si j'avais voulu aller dans le privé, je l'aurais fait directement », pointe une jeune manifestante.

Comme ses collègues assistantes maternelles, les personnels des crèches et des haltes-garderies étaient appelés à la grève ce mardi par le collectif « Pas de bébé à la consigne ». L'objectif était de protester contre une réforme portée par le secrétaire d'Etat en charge de l'enfance et des familles Adrien Taquet. Une réforme qui devrait induire la présence de moins d'adultes auprès des enfants. Du côté de Chennevières, le passage en délégation de service public de l'ensemble des structures petite enfance fait aussi craindre une dégradation du service rendu.

Des parents inquiets…

Que les enfants soient moins bien encadrés à l'avenir fait peur à Hind, 27 ans, venue soutenir ces femmes mobilisées tout au long de la semaine. « Je suis très satisfaite du personnel de la crèche où est accueilli mon fils, elles sont tout le temps à l'écoute, et j'espère que cela toujours le cas à l'avenir », confie cette maman. Elisabet, 37 ans, a aussi marqué son soutien mardi matin. « Leur travail, ce n'est pas qu'un mode de garde, souligne-t-elle. C'est aussi tout un accompagnement, un soutien à la parentalité. »

Maire divers droite de Chennevières-sur-Marne, Jean-Pierre Barnaud met en avant qu'avec la sortie de terre de nouvelles constructions et l'arrivée de nouveaux contingents d'enfants en bas âge, « le taux de satisfaction diminue ». « Notre offre est un peu contrainte et nous souhaitons l'accroître ». Un objectif qui passera nécessairement par un élargissement des horaires d'accueil des bambins.

… et un maire qui se veut rassurant

Il n'en faut pas plus pour faire bondir cette manifestante croisée entre deux pancartes : « Nous avons toujours répondu à la demande, pointe-t-elle. Je veux bien que l'on étende les horaires de 7 heures à 19 heures, comme cela semble se profiler, mais je peux vous dire que dans notre crèche, s'il y a trois enfants à 17h30, c'est le grand maximum. »

Jean-Pierre Barnaud se veut rassurant, alors que la colère de ces agents vient surgir jusque sous ses fenêtres. Sur les salaires notamment : « Entre le public et le privé, il est certain que les charges sociales ne sont pas les mêmes, déclare l'élu. Nous allons veiller à ce qu'il n'y ait pas de perte de salaire net. » Sur le passage en délégation de service public, il précise ne pas en faire « une religion ». « Par exemple, pour la propreté, nous allons remettre en régie des choses que l'on faisait jusqu'à présent avec des prestataires extérieurs. »