Attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne : «C’est plus possible de vivre ici»

Après l’attaque du commissariat de Champigny dans la nuit de samedi à dimanche, les habitants du quartier prioritaires du Bois-l’Abbé déplorent autant la stigmatisation que la violence.

 Champigny-sur-Marne, ce dimanche. Après l’attaque du commissariat par une quarantaine de jeunes durant la nuit de samedi à dimanche, les habitants ont observé la déferlante médiatique devant le commissariat.
Champigny-sur-Marne, ce dimanche. Après l’attaque du commissariat par une quarantaine de jeunes durant la nuit de samedi à dimanche, les habitants ont observé la déferlante médiatique devant le commissariat. LP/Marion Kremp

Ils sont une petite dizaine d'habitants à observer la mécanique médiatique qui s'est mise en place ce début de matinée. Les caméras qui passent du maire aux syndicalistes policiers, avant de saisir un agent qui revient, des lances mortiers dans les mains. Les camions de chaînes de radio qui se garent.

Ils sont là, devant le commissariat attaqué samedi soir par une quarantaine de jeunes à dire leur dégoût, à craindre, encore, « la stigmatisation ». A déplorer l'image que la violence qui s'est déchaînée dans la nuit de samedi à dimanche donne à leur quartier du Bois-l'Abbé.

Champigny : le commissariat attaqué par 40 individus armés de mortiers

Dans la nuit pourtant, certains de ces habitants du quartier prioritaire de Champigny n'ont pas daigné regarder par la fenêtre le véritable feu d'artifice qui tonnait sur le commissariat. Par lassitude. Non pas qu'une telle attaque à coups de mortiers, de barre de fer et de divers projectiles explose tous les jours, « seulement en avril dernier, ou encore en 2018 » lorsqu'une trentaine de jeunes avaient lancé des projectiles sur la façade. Mais bien parce que « la violence, au Bois-l'Abbé, ne fait qu'empirer ».

«C'est de pire en pire»

C'est en tout cas comme cela que Rosa voit les choses. Elle qui vit dans les tours de Chennevières qui font face au commissariat depuis 1968. « C'est de pire en pire, il n'y a plus aucun respect de l'autorité. Un seul commissariat ça ne suffit pas pour ce quartier, il en faudrait d'autres pour que la police occupe le terrain. C'est dommage parce qu'à part ces bandes de jeunes qui n'ont même pas 20 ans, nous on vit ici tous ensemble comme dans un village où tout le monde se connaît, on devrait pouvoir y être bien », témoigne cette habitante dépitée venue pour apporter son soutien aux forces de l'ordre.

Champigny-sur-Marne, ce dimanche. Deux mortiers ont atterri entre les deux épaisseurs de verres des fenêtres du commissariat. DR
Champigny-sur-Marne, ce dimanche. Deux mortiers ont atterri entre les deux épaisseurs de verres des fenêtres du commissariat. DR  

Un riverain sort de son immeuble situé à moins de cinquante mètres du commissariat. Comme si de rien n'était, il met quelques secondes à comprendre de quoi on lui parle. « Ah, cette nuit ? Oui, j'ai entendu du bruit, un boucan pas possible, j'ai vu les lumières d'un feu d'artifice mais je n'ai pas voulu en savoir plus. C'est plus possible de vivre ici, j'y passe le moins de temps possible, il y a trop de jeunes qui n'ont rien d'autre à faire qu'emmerder les gens », lâche celui qui est arrivé par hasard à Champigny en 2006.

«On est une grande famille et nous sommes tous affectés»

Samir Rekab devant le spectacle de l'attaque durant la nuit savait, depuis sa fenêtre, que dès le lendemain, le Bois-l'Abbé ferait « la une des journaux ». « Notre objectif c'est de faire retomber les tensions, commence le président du collectif Champigny citoyen. Il faut remettre du calme dans le quartier, ce qu'il s'est passé ça n'est pas la réalité du Bois-l'Abbé. La majorité des gens qui vivent ici n'est pas là pour tout casser au contraire, on est une grande famille. Et nous sommes tous affectés quand un événement comme celui de cette nuit fait l'actualité ».

Ce samedi après-midi, le maire Laurent Jeanne (Libres !), fraîchement élu en juin était venu à la rencontre des habitants au marché du Bois-l'Abbé. Une visite « très bien perçue », selon Samir Rekab qui avance un besoin d'écoute des habitants. Le maire qui a évincé les communistes aux manettes de Champigny depuis plus de 75 ans, a depuis quelques semaines multiplié les rendez-vous dans le quartier.

« On a frôlé le drame, il y aurait pu avoir deux morts. Et pourtant, ces derniers temps on sentait une amélioration de la situation, nous avons organisé une rencontre entre des collégiens et la police, avec les associations de femmes relais pour favoriser les échanges et la prévention de la violence », assure Laurent Jeanne, arrivé sur les lieux dès 8h30.

Et puis, la semaine dernière, une interpellation d'un jeune à scooter aurait remis le feu au poudre. « Avant d'être interpellé, le jeune a fait une chute à scooter et dans le quartier comme sur les réseaux sociaux, certains ont mis de l'huile sur le feu et invectivé la police », tente d'expliquer le maire.

« Nous n'avons pas d'élément à ce sujet, il y a deux sons de cloche, celui des jeunes et celui officiel de la police, mais une vidéo a circulé et les esprits se sont échauffés. Mais on ne sait pas si l'attaque de cette nuit est liée à ça », replace Samir Rekab qui compte occuper le terrain pour ramener le calme.