«Cette piste est un succès» : à Vincennes, les cyclistes veulent protéger leur voie

Une dizaine d’associatifs et d’usagers se sont retrouvés le long de la D 120, vendredi matin, pour appeler à la sanctuarisation de la coronapiste qui traverse Vincennes jusqu’aux portes de Paris.

 Vincennes (Val-de-Marne), le 16 octobre 2020. Une dizaine d’associatifs et d’usagers ont appelé à la sanctuarisation de leur piste cyclable.
Vincennes (Val-de-Marne), le 16 octobre 2020. Une dizaine d’associatifs et d’usagers ont appelé à la sanctuarisation de leur piste cyclable. LP/C.L.

« Regardez-la, elle, prenez vite une photo! C'est comme si on l'avait commandée pour illustrer notre propos, c'est parfait! » Vincennes (Val-de-Marne), vendredi à l'aube : une automobiliste se gare en plein sur la piste cyclable, au niveau du panneau séparant la commune de Saint-Mandé, à un jet de pierre de l'hôpital Bégin. Et à dix mètres d'une opération d'associatifs et d'usagers du vélo appelant… à la sécurisation de leur voie.

Casque sur la tête et gilet fluo sur les épaules, ils étaient une dizaine à se retrouver au petit matin le long de la D 120. Avec un objectif : replacer les balises mobiles délimitant la piste cyclable qui traverse Vincennes jusqu'aux portes de Paris. Et un message : réclamer la pérennisation, voire la sanctuarisation, de cette « coronapiste », tracée en jaune et comptant parmi les 40 km aménagés dans le Val-de-Marne au sortir du confinement, pour favoriser l'usage de la petite reine.

Si le nombre de cyclistes aperçus, malgré les températures presque hivernales, témoigne du succès de l'opération à Vincennes, force est de constater que le partage de la chaussée rebute encore un bon paquet d'automobilistes. Ici, une voiture en warning, garée le temps de récupérer un paquet de cigarettes. Là, un camion stoppé pour livrer le commerce d'en face. Les cyclistes jouent les équilibristes pour éviter de mettre pied à terre.

«Pour un dispositif sécurisé, qualitatif et pérenne»

Secrétaire de l'association Vincennes à Vélo et conseiller municipal d'opposition, Olivier Sester redresse une des balises étrangement remisées sur le trottoir et justifie la manifestation toute symbolique : « L'objectif est d'appeler à la mise en place d'un dispositif sécurisé, qualitatif et pérenne. On voit bien depuis le déconfinement que cette piste est un succès. Il faut maintenant en faire un axe cyclable majeur jusqu'à la capitale. »

Une voiture garée en plein sur la coronapiste. LP/C.L.
Une voiture garée en plein sur la coronapiste. LP/C.L.  

Ça tombe bien : comme la D 86 du carrefour de Beauté à la garer RER à Nogent, l'avenue de Paris à Vincennes fera l'objet d'une étude pour déterminer les aménagements complémentaires nécessaires à sa pleine utilisation.

En attendant, les cyclistes n'ont pas intérêt à rouler le nez en l'air. « Les conducteurs se garent en double file avec l'impression de ne pas gêner, mais c'est vraiment dangereux pour nous, dénonce Anne-Françoise Gabrielli, usagère et conseillère municipale d'opposition à Saint-Mandé. Les deux plus gros freins à la pratique du vélo sont la sécurité et la peur du vol. Faites de vraies pistes et vous verrez que les gens s'y mettront encore plus. L'offre créera la demande. »

«Grand projet de transformation»

Pour Patrick Conan, président de Fontenay à vélo et participant à l'opération, cette cohabitation délicate sur le bitume annoncerait une future idylle : « Ces petits moments de crise sont inhérents à tout grand projet de transformation. Ces difficultés font partie du mouvement de transition vers le vélo. »

Comme la D 120, près de 90 % des coronapistes dessinées par le conseil départemental devraient être pérennisées, certaines empruntées par plusieurs milliers de vélos chaque jour. Des portions ont cependant déjà été rayées de la carte. Faute notamment de continuité possible avec d'autres pistes protégées, à Fontenay-sous-Bois (D 86) et Chevilly-Larue (D 7). Ou accusées de congestionner le trafic routier à Saint-Maur (D 86) et Créteil (D 19).